LIVRE II
culte , comme celui de Bérauger et de tous les autres , était ailleurs ; n*en parlons pas.
Saint-Simon donc fut mon maitre. Ce que je suis, je le devins le jour où il fit briller à mes yeux ce dogme de la Perfectibilité humaine, auquel alors personne ne pensait, et que les plus méchants, aujourd'hui, répètent comme un Credo.
Eh bien , je pense à mon maitre.
Je me le représente toujours écrivant à un ami : M Depuis quinze jours je mange du pain et je bois de « l'eau, je travaille sans feu, et j'ai vendu jusqu'à mes haie bits pour fournir aux frais de copie de mon travail. C'est « la passion de la science et du bonheur public, c'est le « désir de trouver un moyen de terminer d'une manière «c douce l'effroyable crise dans laquelle toute la Société c( Européenne se trouve engagée, qui m'ont fait tomber a dans cet état de détresse. »
Oh ! ne va pas croire que je fasse allusion à ma propre situation, comme si je voulaiscréer l'antinomie de deux égoïsmes et l'antithèse de deux personnalités; ne va pas dire que tu vois l'orgueil à travers les trous de mon manteau. Je n'ai pas cherché la pauvreté, je l'ai rencontrée ; ou plutôt elle m'a pris dans mon berceau, et ne m'a jamais quitté : tant d'hommes, hélas! sont comme moi! Si je n'imitais Saint-Simon que par ce côté, je ne l'imiterais pas. Mais est-ce que le Chrétien, tout en pratiquant la vie spirituelle de Jésus, ne le suit pas sur son Calvaire?
Laissons ce qui me regarde, et pensons à toi, aux services que tu peux rendre à l'humanité.
C'était en 1812 que Saint-Simon méditait ainsi sur la situation du monde. Que dis-tu de Tétat du monde aujourd'hui?
iU LA GREVE DE SAMAREZ.
Si ce que Ton appelle ici I'Action, ou un semblant d'action , a été nécessaire pour accompagner tes chants, je ne t'en fais pas un reproche. Mais il ne faut pas que nous soyons comme le chien qui lâche sa proie pour l'ombre.
Ne pourrions-nous pas, au lieu de nous agiter dans le vide, faire un peu comme Saint-Simon, examiner où en est aujourd'hui l'esprit humain, et chercher le remède ?j