‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 143 sur 436 · UN APOLOGUE · texte numérisé non relu

UN APOLOGUE

En vérité, dis-je ensuite, rougissant moi-même de ma susceptibilité à cet endroit, je ne sais si c'est une influence

140 LA GRÈVE B£ SAMAREZ,

me venant de toi en ce moment qui me rend si pointilleux sur le chapitre du style.

Je serais cependant excusable de me défendre sur ce chapitre, s'il fallait croire ce que vous aimez tant à répéter après Buffon : Le style, c*est l'homme.

Mais le style, pour vous, souvent c'est ce qui flotte Toreille^ conviens-en; ou bien encore c'est la figure, c^est rimage.

Je ne suis pas le premier à me plaiaére des poètes à cet égard.

ti On ne consulte que VoreMe , dit Pascal, parce qu'an «< m^anque de cœur. »

Et il ajoute :

(( Si la foudre tombait sur les lieux bas, les poètes et <( ceux qui ne savent raisonner que sur les choses de cette (( nature manqueraient de preuves. »

Au fond, je crois que c'est moins Tamour-propre qui me fait te parler ainsi que l'amitié et la justice blessées. Je me suis beaucoup occupé de tes vers dans ma vie, je m'en suis occupé d'une façon sérieuse, comme d'une chose sérieuse. T'es-tu jamais occupé ou as-tu paru t'occuper de ce que renferment mes écrits?

Écoute un apologue.

Tu connais ce beau vers :

Nous ne vivpns jamais, uou^ attendons la vie.

(Jui a dit celte chose profonde? Tu me réponds : André Ghénier, et tu t'extasies, et tu ajoutes : Vois si les poètes ne sont pas de grands penseurs !

Eh bien, sais-tu qui a dit cela le premier? C'est Pascal !

c( Nou& ne vimns jamais ^ nous espéivw de vivre, »

LIVKE Ih t4i

Chénier n'a fait que copier Pascal; on pourrait même dire qu'il a gâté ee qu'il copiait. A-t-il mh une note peur dire : Cette pensée est de Pascal? Or combien d'bommes depuis cinquante ans ont été se répétant à eux-mêmes le vers d'André Gbénier, et ont attribué cette belle chose à André Chénier, parce qu'elle était en vers !

Yoict la morale de ma fable :

Vous autres poètes » vous venez souvent après; je ne dis pas que vous ne veniez quelquefois avant. Mais vous ne mettez jamais de note, et vous voulez que toute récompense soit pour vous, que toute individualité disparaisse devant la vôtre.

Et voilà ce qui a rendu Pascal amer contre vous.

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