CHAPITRE XIL
DÉJACQUES ET SEIONEURET.
Pourquoi Déjacqoes me fait-il toujours souvenir d'Aodré Chënier? Est-ce parce qu'il est poète aussi?... Il est certain que ses vers pourraient quelquefois donner de la jalousie aux plus grands poètes. Il a dans le faire quelque chose de Burns.
Mais c'est aussi parce qu'il me rappelle la plus belle pièce peut-être d'André Chénier^ son Mendiant :
Tout pâle, demi-nu, la barbe hérissée,
Il remuait à peine une lèvre glacée,
Des hommes et des Dieux implorait le secours,
Et dans la forêt sombre errait depuis deux jours.
Seulement lui, il n'invoque ni les Dieux ni les hommes. L'autre jour, Seigneuret le trouva près d'eipirer. Il s'était condamné à mourir de faim. Il y avait quarante-huit heures qu'il n'avait mangé. Il s'était couché tout habillé sur un coffre , car il n'avait pas de lit, et il était resté là roide et froid, résolu à s'observer mourir. Ce fut par hasard que Seigneuret le découvrit.
Avec quel zèle, avec quelle ardeur, avec quelle tendresse cet athée Seigneuret le secourut, le força de vivre !
Le voilà ! comme il a l'air triste ! Sa personne a de l'élégance et de la noblesse. Sa voix est douce , sa parole calme, son ton pénétré; il semble avoir pris pour modèle, au physique, le Christ sur la croix ; en le voyant, vous penseriez aux temps
Où sur les saints autels les crucifix d'ivoire Ouvraient des bras sans tache et blancs comme le lait.