LIVRE
Mais que d'âicreté dans ses paroles, et quel désordre daDs ses idées !
Commeat ee peète prolétaire est-il arrivé à cette Doire misanthropie» à ce désespoir forouche?
Ah ! peuirétre, jeune enfant, avait-il lu, dans cette même pièce qu'il me rappelle :
LHndigent espère en vain du sort,
En espérant toujours, il arrive à la mort.
Dévoré de besoins, de projets, d'insomnie, Il vieillit dans l'opprobre et dans rignomiuie. Rebuté des bumaios, durs, envieux, ingrats , Il a recours aux Dieux, qui ne l'écoutant pas.
Pourquoi avoir recours aux Dieux , s'ils ne nous écoutent pas? se sera-t^il dit» et pourquoi être un objet de mépris pour les hommes, s'ils sont si durs?
G'est ain&î qu'il aura absorbé le poisoA qui le fait vivre , car le poison, comme dit Byron, a aussi sa vitalité : viialiiy offMnsan.
Et aujourd'hui, quand on lui dit :
L'homme est né p«ur souffrir
11 répond, avec André Chénier :
Il est né pour changer.
Changer! Il crut apparemment que tout alfaît changer, à la Révolution; il trouva les hommes après. comme avant, durs, envieux, ingrats. Il devint lui-même dur, envieux, ingrat. Le flot le porta en Angleterre, et puis sur ce rocher. 11 croyait apparemment trouver l'égalité dans la proscription. 11 y trouva des riches et des pauvres, et le voilà portant sa misère la menace à la bouche.
spleen des René et des Obermann , tu me fais pitié , quand je pense à ce désespoir! J'ôte à Obermann sa richesse qui lui permet, dans l'exil, d'exhaler sa plainte calme et mélancolique sur les grèves d'où partent les navires et où reviennent les débris. J'ôte à René son nom, le souvenir de sa famille et de son château, et son Christianisme de tradition, et l'espoir de voir revenir un régime possible puisqu'il avait déjà duré si longtemps. Je mets l'ambition de l'un, la rêverie de l'autre, dans un homme qui meurt de faim, et j'ai l'impuissance absolue et l'enfer. Je ne puis pas même me consoler en disant avec Gray, dans son Cimetière de village :
« Là dort quelque Hampden rustique, quelque Milton muet et a sans gloire, quelque Gromwell innocent des maux de sa patrie. »
Non! car ceux dont parle Gray ne s'étaient pas éveillés!
Le bruit que faisaient les Fantômes continuait toujours.
Entre Déjacques et Seigneuret, dis-je encore, quel contraste et pourtant quelle similitude ! Au fond c'est le même tourment. Il faut renverser la pensée de Gray, et dire :
a La science déroula sous leurs yeux ses vastes archives, riches tt des dépouilleftdu temps : le souffle de Tindigence glaça leurs « nobles transports, et tarit pour eux les sources du génie^ »
Seigneuret est, comme savant, ce que Déjacques est comme artiste. A quoi lui sert d'avoir étudié le droit et la médecine ! Les ruses de la chicane, l'éloquence prostituée des avocats, ont fait de lui un sophiste; la science dès chimistes, les leçons des physiolojçistes, ont fait de lui un