‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 197 sur 436 · LIVRE m. f · texte numérisé non relu

LIVRE m. f

prème ; je veui me mettre de niveau avec toi. Sur quoi te foD(les-tu pour soutenir que i'artiste diffère essentiellement de tous les autres hommes? Sur ce qu'il a le privilège délaisser une trace personnelle et distincte^ de transmettre à la Postérité , non pas seulement son nom et ses gestes» mais son procédé (par exemple, le vers brisé ou la rime riche), son code (par exemple, TArt pour l'Art), el Toulil avec lequel il a travaillé (par exemple, Tragaldabas). Voilà ce que le poète laisse, à l'exclusion du vulgaire composé de Jupiter, de Sésostris, d'Alexandre, de Socrate, de Pythagore, de Platon, d'Aristote, de Colomb, etc., etc.

Le poète laisse ses ouvrages ; cela va sans dire. Mais,

que deviennent ses ouvrages? quel cas en fait-on après sa

mort ? Ah ! c'est une autre paire de manches ! Combien

de poètes font naufrage! Ronsard, par exemple, et tant

d'autres !

Tu me diras qu'il ne s*agit pas de ceux qui font naufrage, que tu parles des grands artistes, ûes Artistes-Soleils ^ c3e ceux qui ne périssent pas , et qui par là même immortalisent leur trace personnelle et distincte. Tu te trompes : 1. es plus grands artistes peuvent faire naufrage. Il ne subsiste de Phidias que bien peu de chose , ce que lord Elgin volé à la Grèce. Mais où sont les œuvres d'Apelles , de ^raxitèle, de Lysias, et de tant d'autres dont il ne reste C3ue le nom ?

Homère a été sauvé, mais tous les poètes Cycliques ont ipéri. L'ouvrage inachevé de Lucrèce nous est parvenu, xnais Ennius a disparu.

Voilà d'abord un premier rapport qui ne te donne pas l'aison .

En voici un second qui te donne tort.

Page 1