LIVRE m
Ne voyez-vous pas, entre Faust et Manfred, la Révolution Française?
II y a des raisons sans doute pour que Faust soit éclos en Allemagne ou plutôt sur les bords du Rhin (car l'éducation de Gœthe fut en grande partie Française), et il y a des raisons aussi pour que Manfred nous soit venu d'Angleterre.
Mais c'est dans Tesprit humain qu'ils sont venus tous les deux, et il n'y a pas de carte géographique dans l'esprit humain pour des hommes du génie de Gœthe el de Ryron, et dans les temps où nous sommes.
Faust et Manfred^ que vous avez choisis pour caractériser Gœthe et Byron, sont deux créations comparables sous le rapport de l'Art; mais ce sont deux créations différentes en essence, et qui marquent clairement et distinctement deux phases de l'esprit humain.
Ces deux phases se suivent sans doute; mais elles diffèrent comme la situation d'un homme qui serait encore à dix pas d'un précipice, et celle d'un homme qui aurait le précipice ouvert à ses pieds, et qui tantôt prendrait le vertige, tantôt s'élancerait sur une cime plus haute, essayant de se sauver en s'élevant.
Il y a, de cette différence, un signe jusque dans la forme plastique de ces deux grandes œuvres. Tandis que Faust, hanté par son démon , ne sort pas des villes, ou, s'il, quitte les plaines, ne s'élève pas plus haut que quelque taupinière, Manfred gravit de montagne en montagne , et s'élève toujours. C'est une ascension spirituelle, qui conduit, hélas! aux glaciers. Sic itur ad astral dans un temps comme le nôtre.