‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 274 sur 436 · LEIBNITZ ET BAYLE · texte numérisé non relu

LEIBNITZ ET BAYLE

— C'est moins étonnant que tu ne penses, répondis-je. Que reproche-l-on, au premier chef, à Shelley? Dis.

— L'athéisme, si j'en crois M. de Lamartine.

— Et que reprochait-on à Bayle ?

— L'athéisme.

— Donc, si Leibnitz avait ressemblé àM. de Lamartine. . •

— Il aurait appelé Bayle un oiseau de nuit, cela va de soi.

— Surtout au moment où il s'agissait de répondre à Bayle, et de défendre contre lui la Justice divine (1). Au lieu de cela, que fait Leibnitz?

— Dis-le-moi à ton tour.

. — Il compare Bayle au Daphnis de Virgile.

— Un autre athée sans doute.

— Un athée, du moins, qui cherchait Dieu; un athée que Virgile aperçoit, après sa mort, vêtu de lumière, d'une lumière blanche, candidus, comme Jésus sur la montagne où il conversa avec Moïse et Élie; car cette vision de Virgile rappelle la Transfiguration dans l'Évangile. El Leibnitz de s'écrier : L'homme que je vais combattre voit maintenant bien plus clair que moi. Gomme Daphnis,. il admire, lumineux, le seuil de l'Olympe, son nouveau séjour; il voit sous ses pieds les nuages et les astres :

Candidus insueli miralur limen Olympia Sub pedibusque videt nubes et sidéra Daphnis.

— Ah ! pourquoi M. de Lamartine n'a-t-il pas autant de cœur que Virgile , autant d'esprit que Leibnitz !

, — Je n'aurais pas besoin de défendre Shelley, n'est-ce pas?

(1) Dans sa Théodicée.

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