‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 32 sur 436 · CHAPITRE XXVIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIL

LE SOMMEIL MAGNETIQUE.

Les Électro*Biologistes Américains (ils ont pris ce nom pour ne pas s^appeler Magnétiseurs) font tenir par ceux qui se prêtent à leurs expériences un petit miroir composé, m'a-t-on dit, de deux métaux. Vous fixez les yeux sur ce nniiroir, où la lumière se joue ; vous restez longtemps à le considérer, et le sommeil magnétique s'empare de vos sens : alors l'illusion commence. En Egypte , au rapport des voyageurs, les diseurs de bonne aventure se servent du même procédé. Ils versent un peu d'encre dans le creux de la main d'un enfant qui leur sert de Pylhonisse. L'enfant expose cette goutte d'encre au soleil, et la regarde fixement. Bientôt il ferme les yeux, il frémit, il s'agite; le soilk saisi de Vesprity comme on disait dans les Cévennes; le voilà mvi en extase^ comme on parlait du

temps de S. Pâul ; le voilà somnambule, comme on dit aujourd'hui ; il devient un voyant, comme la Bible appelle Samuel.

Je ne sais si la mer sombre que je regardais à mes pieds, et où la lumière miroitait, me fit l'effet de la goutte d'encre des Égyptiens et du miroir magique des Américains; mais je crus sentir que, si je ne m'arrachais pas de ce lieu, je pourrais bien, moi aussi, tomber en extase.

C'est un état que je n'ai jamais cherché, que j'ai, au contraire, toujours évité autant que je l'ai pu. Je le crois susceptible d'illusions de tout genre. Dès ma jeunesse, heureusement, je trouvai un guide éclairé qui me familiarisa avec ses phénomènes.

toi qui as, le premier, commencé à élever un phare sur tous ces faits de l'histoire qui semblent en dehors de la Nature ou contre les lois de la Nature, et devant lesquels les plus hardis esprits n'avaient su avant toi que balbutier des doutes ou trembler; — toi avec qui je fus lié d'une amitié si tendre qu'aujourd'hui même, après tant d'années que tu m'as quitté, je ne puis t'appeler qu'une partie de moi-même, — Alexandre Bertrand, je pense à toi, l'homme le plus moral et le plus véridique que j'aie connu ; je pense à ta vie si courte et à ta mort si douloureuse. Hélas! pour avoir si bien employé le peu de temps que tu as vécu, tu n'as recueilli jusqu'ici que le dédain et l'oubli 1

Je voulus m'éloigner. Je parvins à ramener mes pieds sur le roc ; et m'étant redressé , non sans beaucoup de peine, je fis en bronchant quelques pas. Mais bientôt, de fatigue, je m'assis sur une espèce de pic arrondi qui formait l'un des angles du Bocher. J'avais maintenant le dos tourné à la mer et les yeux vers le rivage.

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