‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 359 sur 436 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

SUITE. — LES POBRATIMI.

J'allais lui demander : « Mais toi , as-tu payé ? » quand tout à coup elle reprit :

— A propos ! explique-moi donc ce terme [Slave si étrange dont tu t'es servi en parlant de l'Amitié d'Achille et de Patrocle.

— Lis Hérodote, dis-je...

— Ah! tu veux maintenant que moi, femme, je lise Hérodote !

— Tu verras chez les Scythes deux amis, devant la Lance fichée en terre, signe de la divinité invisible qui punit les parjures, s'ouvrir la veine, mêler leur sang dans une coupe, et boire chacun la moitié de cette coupe. C'était un mariage.

— Un mariage d'hommes? dit-elle.

— Un mariage d'amis. Et cette coutume existe encore. Prends le chemin de fer, et va en Thessalie, dans le pays d'Achille et de Patrocle! Tu pourras voir devant un Autel Chrétien, qui a remplacé la Lance, un prêtre sanctifier un mariage semblable. Il y a dans le rituel Esclavon une formule pour bénir solennellement devant le peuple assemblé l'union de deux amis ou de deux amies. Les amis unis de cette manière prennent le nom de Po-Bratimi, c'est-à-dire à la place de frère, et les amies celui de PoSestrime, c'est-à-dire d la place de sœur. S'assister réciproquement dans tous les besoins et dans tous les dangers, venger les injustices faites à son ami, donner sa vie au besoin pour son Pobratimi, voilà le serment, et tel est le devoir. Ces liaisons, disent les voyageurs, sont moins sujettes aux désaccords et aux querelles que les mariages, et la désunion entre dçux Pobratimi ou Posestrime est même aujourd'hui un événement scandaleux.

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