LIVRE
remplaçait l'orateur, quand l'orateur avait besoin défaire lire le texte de la loi.
Au nœud même de Tlliade, Homère ne fait-il pas une puissante allusion aux engagements sacrés qui unissaient Achille et Patrocle , engagements qu'il eût été d'ailleurs contraire à tout art de rapporter comme aurait pu faire un historien?
— C'est au Onzième Chant, reprit le Vieux, quand le sage et adroit Nestor engage Patrocle à se servir des droits qu'il a sur Achille pour sauver les Grecs :
« Mon cher Patrocle, souvenez-vous, je vous prie, des ordres
a que vous donna votre père. Ulysse et moi étions présents , et
« nous enlendimes tout ce qu'il vous dit. Qar lorsque nous fûmes
« envoyés pour assembler des troupes dans toute la Grèce si fer-
« lile en guerriers, nous arrivâmes chez le roi Pélée, et nous
û vous trouvâmes, Ménœtius et vous, auprès d'Achille. Dans ce
« moment, le roi offrait un sacrifice à Jupiter au milieu de la cour
cf de son palais, et, tenant dans sa main une coupe d'or, il faisait
ic des aspersions de vin sur les cuisses du taureau immolé, qui
<c étaient presque consumées par le feu sacré ; vous prépariez les
V chairs de la victime. Ulysse et moi nous nous arrêtâmes par
te respect à l'entrée du vestibule. Achille, surpris de nous voir,
«( accourt promptement, nous prend par la main, nous introduit,
<c nous fait asseoir, et nous présente tous les rafraîchissements
a qu'exige l'hospitalité. A la fin du repas , je pris la parole ; j*ex-
« pliquai le sujet de notre voyage, et je vous exhortai tous deux
« à nous suivre à cette expédition. Je vous y trouvai très-portés ; « votre courage et l'amour de la gloire firent plus sur vous que (c mes exhortations. Votre départ étant résolu, le père d'AchiUeet « votre père vous donnèrent à chacun leurs ordres. Pélée ordonna « à son fils de se distinguer toujours par sa valeur, et de s'élever <f par là au-dessus de tous les autres chefs de l'armée. Ménœtius
36ê LA GREVE DE SAMAREZ.
« Yous dit en notre présence : — Mon flls^ayez toujours devant « les yeux qu'Achille est au-dessus de vous par sa valeur et par « sa naissance ; mais souvenez-vous en même temps que par votre « âge vous êtes au-dessus de lui. Servez-vous de cet avantage, et « pour lui donner vos avis, et pour le conduire dans toutes ses « entreprises. Il suivra sans peine vos conseils, si vous lui en « donnez de bons. — Voilà les avis que vous donna ce sage « vieillard, et vous les avez oubliés. Il est temps que vous les « rappeliez dans votre mémoire, et que vous les pratiquiez. « Tâchez donc, par vos conseils, de vaincre le ressentiment trop <c obstiné du grand Achille. y>
— Bien! dis-je, arrête-loi là. Et maintenant dis-nous la scène où Patrocle obtient d*Achille ce que désirait Nestor.
— C'est au Seizième Chant, reprit le Vieux, et rien n'est plus sublime :
« Cependant Patrocle se présentait devant Achille, versant des « larmes brûlantes, comme une source profonde qui, d'une rocher « escarpée, verse son onde obscure. A cette vue le divin Achille a est ému de pitié; et, lui adressant la parole, il s'exprime en « ces termes : — Pourquoi pleures-tu, Patrocle, comme un enfant « qui, marchant près de sa mère, la saisit par sa robe, et Tarréte, « et la regarde en pleurant, afin que celle-ci le prenne dans ses « bras? Ainsi, Patrocle, tu verses de tendres larmes. As-tu « quelque chose à annoncer aux Myrmidons ou à moi-même ? As- « tu reçu de Pbtie quelque nouvelle qu'aucun de nous n'ait ap- « prise? On dit pourtant que Ménœtius vit encore , et que Pelée, «( ûls d'Éaque, règne toujours sur les Myrmidons. Ce serait une « grande douleur pour nous si tous les deux mouraient. Ou bien « pleures-tu parce que les Grecs périssent auprès de leurs navires, « à cause de leur injustice? Parle, ne me cache pas ta pensée ,