LIVRE III
a afin que nous la connaissions ions deux. — A ces paroles,
a Patrocle , vous répondîtes avec un profond soupir : — le
V plus fort des Grecs, Achille, fils de Pelée, ne vous indignez pas
if contre moi , car les Grecs sont accablés de maux. Tous les plus
« vaillants de Tarmée gisent dans leurs navires, après avoir été
« blessés de loin ou de près. Le robuste Diomède aélé frappé d'un
« javelot, et Ulysse et Agamemnon d*une lance. Eurypyle a reçu
« une flèche dans la cuisse. De savants médecins les entourent ,
K et pansent leurs blessures. Mais vous êtes inexorable, Achille.
« Que jamais un ressentiment comme le vôtre ne s'empare de
« moi ! Ne serez-vous vaillant que pour notre perte ? Qui secour-
« rez-vous â l'avenir, si présentement vous ne détournez pas des
a Grecs la ruine et la honte? Cœur sans pitié ! non, Pelée n'est
« point votre père, ni Thétis votre mère : c'est l'Océan, ce sont
« les roches escarpées qui vous ont enfanté ; car votre âme est
<( cruelle. »
— Assez , dis-je au Vieux, nous connaissons la suite de cette scène : qui ne la connaît pas? Qui ne sait comme Achille est attendri, comme il s'excuse! Lui qui aurait laissé périr toute l'armée d'Agamemnon jusqu'au dernier, une larme de Patrocle a bouleversé son cœur. Il lui permet d'aller au secours des Grecs ; mais quelles recommandations ne lui fait-il pas de revenir aussitôt qu'il aura repoussé les Troyens! 11 trouve même un prétexte dans sa grandeur et dans son orgueil pour lui persuader de ne pas s'exposer. Il lui dit : Tu nuirais à ma gloire! Ne le laisse pas emporter au désir de combattre sans moi. « Grand .< Jupiter, s'écrie-l-il à la fin, et vous Minerve, et vous a Apollon, faites que pas un Troyen, que pas un Grec a n'évite la mort, et que nous survivions Patrocle et moi, a afin de renverser seuls les murs sacrés d'Ilion. »
— Ah! dit la Voix dans Tombre, cette amitié-là, c'est de l'amour. Jamais l'amour n'a eu des mouvements plus vifs et plus violents, des compassions plus tendres.
— Comme s'il n'y avait que l'amour, répondis-je , qui ait ses paroxysmes î L'amitié a les siens aussi !