CHAPITRE XVIII
SUITE
Mais laissons cet homme d'esprit; prenons un homme de génie.
Je m'adresse à Fénelon, qui a été pour Homère ce q;ue Racine a été pour Sophocle et pour Euripide ; ce que La Fontaine a été pour Ésope et Phèdre, Boileau pour Horace et Juvénal, Molière pour Piaule et Térence; ^ Fénelon, le Poète Épique du Dix-Septième Siècle , et dont l'Épopée est née, comme un rejeton, au pied des deux Poèmes d'Homère. Je lui demande : Qu'est-ce que l'Odyssée?
Il me répond :
Des Grecs je vois le plus sage, Jouet d'un indigne sort, Tranquille dans son naufrage, Et circonspect dans le port; Vainqueur des vents en furie ; Pour sa sauvage Patrie , Bravant les flots nuit et jour.
Oh! combien de mon bocage Le calme , le frais , Tombrage , Méritent mieux mon amour!
— Oh ! oh ! les détestables vers ! dit la Voix dans l'ombre, en accompagnant sa réflexion d'un sifflet.
— Détestables de toutes façons , pour le style comme pour l'idée.
Et pourtant voilà ce que cette grande lumière du Dix- Septième Siècle, et même un peu de tous les Siècles, me répond dans cette Ode malheureuse attachée à son Télémaque, imprimée avec lui dans toutes les éditions, comme pour attester que Fénelon, de tous les Français celui qui s*est le plus passionné pour Homère, et qui l'a le plus étudié, n'a pas compris Homère.
Quoi! pour toi aussi, grand homme, l'Odyssée n'est qu'un récit de voyages imaginaires et un recueil de contes amusants ! Pour toi aussi le caractère éminent d'Ulysse, le plus sage des Grecs, c'est d'aimer Ithaque et d'être un patriote! Et tu préfères ton bocage !!!
On voit bien que, toi aussi , tu as été avec Jésus aux Noces de Cana !