LES NOCES DE CANA
Je m'arrêtai un instant, et poursuivis ainsi :
— toi qui es devant moi , qui t'entretiens avec moi sans que je te voie, loi qui figures pour moi la Femme et l'Avenir, dis ! pourquoi Jésus , dans l'Évangile , adresse-t-il ces dures paroles à sa mère : Femme, qu'y a-t'il entre toi et moi?
— Dis-le-moi toi-même, répondit la Voix dans l'ombre. Ce mot de Jésus m'a toujours révoltée; il m'a toujours paru une tache dans l'Évangile. Quand j'étais petite, on m'expliquait cela par la grandeur du Fils de Dieu. Je ne disais rien, mais je n'en pensais pas moins. Que sommesnous donc, nous autres femmes, qui donnons le jour aux hommes , si le Dieu fait homme n'a aucun rapport avec nous?
— Mais ne voyais-tu pas qu'ailleurs , dans ce même Évangile» Jésus pardonne à la femme adultère? Gomment t'expliquais-tu ce contraste : d'un côté la douceur de Jésus pour la femme coupable» de l'autre sa brutalité à l'égard de sa mère?
— On me l'expliquait.
— Comment?
— Toujours par la grandeur du Fils de Dieu, jointe à sa bonté et à sa miséricorde sans bornes.
— Pauvre enfant! le Vieux qui est là caché derrière moi disait tout à l'heure que les Mythes Grecs ont grand besoin (Têlre compris. M'est avis que les Mythes Juifs, aussi bien que les Mythes Chrétiens, ont aussi grand besoin d'explication.