‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 427 sur 436 · LIVRE Ili · texte numérisé non relu

LIVRE Ili

« core une fois celai qu'il avait aimé; et, la pierre ayant été « écartée ^ Lasare sortit avec ses bandelettes et la tête entourée « d'an suaire. Cette apparition dut naturellement être regardée u par tout le monde comme une résurrection. La foi ne connaît « d'autre loi que l'intérêt de ce qu'elle croit le vrai. Le but qu'elle « poursuit étant pour elle absolument saint, elle ne se fait aucun « scrupule d'invoquer de mauvais arguments pour sa thèse, « quand les bons ne réussissent pas. Si telle preuve n'est pas soft lide, tant d'autres le sont!... Si tel prodige n'est pas réel, tant « d'autres l'ont été!... Intimement persuadés que Jésus était ft thaumaturge , Lazare et ses deux sœurs purent aider un de ses « miracles à s'exécuter, comme tant d'hommes pieux qui , con- « vaincus de la vérité de leur religion , ont cherché à triompher « de l'obstination des hommes par des moyens dont ils voyaient « bien la faiblesse. L'état de leur conscience était celui des stig- « matisées, des convulsionnaires, des possédées de couvent, en- « traînées par l'influence du monde où elles vivent et par leur « propre croyance à des actes feints. Quant à Jésus, il n'était pas « plus maître que S. Bernard, que S. François d'Assise, de « modérer l'avidité de la foule et de ses propres disciples pour le a merveilleux. La mort, d'ailleurs, allait dans quelques jours lui « rendre sa liberté divine, et l'arracher aux fatales nécessités « d'un rôle qui chaque jour devenait plus exigeant , plus difficile « à soutenir. Tout semble faire croire, en effet, que le miracle « de Béthanie contribua sensiblement à avancer la fin de Jésus. <c Les personnes qui en avaient été témoins se répandirent dans « la ville , et en parlèrent beaucoup. Les disciples racontèrent le « fait avec des détails de mise en scène combinés en vue de l'ar- « gumentation. Les autres miracles de Jésus étaient des actes « passagers acceptés spontanément par la foi, grossis par la re- « nommée populaire, et sur lesquels, une fois passés, on ne reve- « nait plus. Celui-ci était un véritable événement qu'on prétentf dait de notoriété publique , et avec lequel on espérait fermer la « bouche aux Pharisiens. Les ennemis de Jésus furent fort irrités « de tout ce bruit. Ils essayèrent, dit-on, de tuer Lazare. Ce qu'il

a y a de certain , c'est qae dès lors un conseil fnt assemblé par

« les chefs des prêtres, et que dans ce conseil la question fnt net-

« tement posée : Jésus et le Judaïsme pouvaient-ils yivre ensem-

« ble? Poser la question « c'était la résoudre; et, sans être pro-

« phëte , comme le veut rËrangéliste , le grand prêtre put trés-

tt bien prononcer son axiome sanglant : Il est utile qu'un homme

n meure pour tout le peuple (i). »

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