‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 435 sur 436 · LIVRE 111. Ai · texte numérisé non relu

LIVRE 111. Ai

« Ci mourir sans faiblesse et sans ostentation? Quand Platon it peint son juste imaginaire, couvert de tout Topprobre du « crime, et digne de tous les prix de la yertu, il peint trait pour « trait Jésus-Christ : la ressemblance est si frappante, que tous a les Pères Tout sentie, et qu'il n'est pas possible de s'y tromper. « Quels préjugés , quel aveuglement ne faut-il point avoir pour « oser comparer le fils de Sophronisque au fils de Marie! Quelle « distance de l'un à l'autre! Socrate mourant sans douleur, sans <c ignominie , soutient aisément jusqu'au bout son personnage ; « et si cette facile mort n'eût honoré sa vie , on douterait si « Socrate, avec tout son esprit, fut autre chose qu'un sophiste. « Il iQventa, dit-on, la Morale; d'autres avant lui Tavaient mise « en pratique : il ne fit que dire ce qu'ils avaient fait; il ne fit que « mettre en leçon leurs exemples. Aristide avait été juste avant « que Socrate eût dit ce que c'était que justice. Léonidas était « mort pour son pays avant que Socrate eût fait un devoir d'ai- « mer la patrie. Sparte était sobre avant que Socrate eût loué la « sobriété. Avant qu'il eût défini la vertu, la Grèce abondait en « hommes vertueux. Mais où Jésus avait-il pris chez les siens ^ cette morale élevée et pure dont lui seul a donné les leçons et « l'exemple? Du sein du plus furieux fanatisme la plus haute ssl- « gesse se fit entendre , et la simplicité des plus héroïques vertus « honora le plus vil de tous les peuples. La mort de Socrate , phi- « losophant tranquillement avec ses amis, est la plus douce qu'on tt puisse désirer. Celle de Jésus expirant dans les tourments, inu jurié, raillé, maudit de tout un peuple, est la plus horrible « qu'on puisse craindre. Socrate prenant la coupe empoisonnée « bénit celui qui la lui présente, et qui pleure. Jésus, au milieu « d'un supplice affreux, prie pour ses bourreaux acharnés. Oui, cf si la vie et la mort de Socrate sont d'un sage , ta vie et la mort a de Jésus sont d'un Dieu. Dirons-nous que l'histoire de l'Evan- « gile est inventée à plaisir ? Ce n'est pas ainsi qu'on invente, « et les faits de Socrate, dont personne ne doute, sont moins at- « testés que ceux de Jésus-Cbrist. Au fond, c'est reculer la diffi- « culte sans la détruire. Il serait plus inconcevable que plusieurs

a hommes d'accord eussent fabriqué ce livre, qn*il ne Fest qu'un

<( seul en ait fourni le sujet. Jamais les auteurs Juifs n'eussent

« trouvé ni ce ton , ni cette morale ; et TEvangile a des caractères

(( de vérité si grands, si frappants, si parfaitement inimitables,

(( que rinventeur en serait plus étonnant que le héros. »

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