CHAPITRE LX
Je pense à Voltaire : Un homme scrupuleux à outrance!
Je voudrais bien savoir ce que Voltaire eût dît Si on lui eût coupé une oreille pour le moindre petit pamphlet. Je serais curieux aussi de savoir si , en regardant les rochers de quelque cent pieds de hauteur, dans une étroite cellule, entre quatre murs, il aurait eu des pensées comme cette page que j'ai prise au hasard dans le poème de Prynne :
He feares no prison who knowes to despise Freedome, life, pleasure, famé, which others prise; To whom this world 's a prison , earth a place Of exile, God a mansion, death solace.
When I consider thafc ail tombe-skmes, urnes,
And tombes, where man, meere dust, to dust returues,
Are broken pièces of some rockes ; I then
Behold my tombe-stone in each rocke I ken ;
And say : Loe hère 's the lasting monument
Wherein my body must ère long be spent,
And shut close pris'ner, till the judgement day, When ail ^ts rust and bolts shall fall away.
Which thought digested makes me still amend My life, and fites me allwayes for mine end.
Let ail revolve it oft within their minde, And they shall treasure, honey in it finde.
Non, il ne craint pas la prison Celui qui méprise la vie, La liberté, l'argent, la volupté, la gloire; Pour qui ce monde est la prison, La terre le lieu de Pexil, Dieu la demeure fortifiée.
Et la mort un soulagement.
Quand je viens à penser qu'urnes, tombeaux, sépulcres
(Où les hommes y pure poussière ,
Retournent bientôt en poussière) , Ne sont tous que fragments pris à quelque rocher,
Je vois ma tombe en chaque pierre.
Et je me dis : Voilà ton dernier monument!
La prison où ton corps longtemps sera scellé,
Sous bon écrou, mis au secret.
Pour jusqu'au jugement dernier.
Quand tomberont enfin tes fers et tes verroux.
Cette pensée est salutaire ; Elle amende ma vie, et prépare ma fin.
Laissez-la, laissez-la pénétrer dans vos âmes. Et vous y trouverez un trésor et du miel.