‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 86 sur 436 · CHAPITRE LXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXII

PRYNNE ET MILTON.

Quelle justice y a-t-il donc sur la terre? me dis-je pensant à ce martyr. La gloire même est une iniquité.

De toute cette époque, qu'est-ce qui reste, qu'est-ce qui subsiste, qu'est-ce qui fait encore du bruit dans le monde? Ce sont ceux qui ont mis Prynne au pilori, qui

t*ont claquemaré dans une prison, qui lai ont coupé les oreilles et brûlé les joues. C'est Charles I*^, c'est Cromwell. Est-ce que tous les ans l'Angleterre ne se met pas en deuil pour célébrer l'anniversaire de la mort de Charles !•' ! Et Cromwell î tout le monde en parle. Cromwell, c'est la grandeur de l'Angleterre.

Vraiment la consolation qoe les poètes nous donnent quand ils disent que la Mort est égale pour tous, cette cotiwlallon de l'envie n'existe même pas. Non, la Mort n'est pas é^ale pour lousi II y a encore des riches et des pauvres dans son domaine : je ne parle pas des sépultures de marbre ; je parle de cette sépulture qu'on appelle la Mémoire. Les dominateurs ont beau mourir, ils dominent encore dans la pensée des hommes ; ceux qu'ils ont foulés sous leurs pieds sont ensevelis dans l'oubli.

Et puis il me vint à l'esprit une autre comparaison.

Milton et Prynne furent contemporains; ils étaient presque du même âge, Millon un peu plus jeune; ils vécurent à peu près le même espace de temps; ils apparlinrenl au même parti. Aujourd'hui quelle différence ! Voilà Prynne ignoré et Millon illustre. On dit le grand Milton, le glorieux Milton ! Il y en a même qui ont pris à Homère et à Platon l'épithète consacrée de divin pour la donner à Milton. Mais Prynne n'a pas la moindre épithète louangeuse.

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