‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 94 sur 436 · LIVRE IL î · texte numérisé non relu

LIVRE IL î

avec moi... en moi! Ne vois-tii pas que je suis comme Werther, ou comme ce pauvre Gaffney? Un rideau a été tiré de devant mon âme, et le spectacle de la vie infinie s'est métamorphosé pour moi en un tombeau éternellement ouvert. Peut-on dire : « Cela est», quand tout passe, quand tout, avec la vitesse d'un éclair, roule et passe? Voilà, puisqu'il faut t'en instruire, ce qui me remplit de tourment. Qu'est-ce qui existe, quand tout passe?

— Lui : L'Art.

— Moi : Comment! l'Art! Ainsi Dieu n'existe pas.

— Lui : Dieu! chose incertaine. Mais l'Art existe.

— Moi : C'est la Mort qui règne dans toute la création ; les créatures sont si transitoires qu'elles n'existent réellement pas...

— Lui : Non, mais l'Art existe, et il fait subsister ce qu'il prend sous son patronage. Les hautes murailles d'Ilion ont arrêté dix ans les Grecs; c'est peu de chose pour de si fortes tours. Mais voilà trois mille ans qu'elles fixent les regards du Genre Humain, et il les contemplera encore dans bien des siècles. Cependant Virgile a montré Ilion en ruine; ses palais, ses temples en flammes. Ils brûlent dans Virgile, ils renaissent dans Homère.

— Moi : Ah ! voilà la théorie d'Horace !

— Lui : Mais oui , et c'est la vraie. Qu'as-tu à opposer aux arguments d'Horace? Veux-tu que je te les reproduise? Je sais mon Horace par cœur.

Écoute rOde à Censorinus :

9S LA GRÈVE d£ SAMAREZ.

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