‹ La Grève GénéraleChapitre 12 sur 32 · AVE · texte numérisé non relu

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menta rapidement(1)et l'on eut vite l'idée de les fédérer. La Fédération fut créée au congrès national des syndicats ouvriers de Lyon de 1886. On craignit un moment que ce congrès ne continuât la tradition modérée et on lui reprocha d'avoir accepté des subventions des pouvoirs publics. Gette crainte était peu fondée ; les révolutionnaires dominèrent vite le congrès et firent repousser la loi de 1884 comme étant une « loi de police » ; ils recommandèrent au prolétariat de créer par tous les moyens possibles des organisations ouvrières pour les mettre en face de celles de la bourgeoisie à titre défensif et, ils l’espéraient, à titre « bientôt offensif ». L'histoire du parti guesdiste est, pendant toutes les années qui vont suivre, intimement liée à celle de cette Fédération des Syndicats. Tandis que le parti possibiliste limite son action à Paris et aux Ardennes, le parti guesdiste se consacre à la propagande. Roubaix a vu le septième congrès du P. O0. Le huitième n'aura lieu qu'en 1890, à Lille, pour préparer le divorce du parti guesdiste et de la Fédération des Syndicats en repoussant la grève générale. Cette idée, qui n’a trouvé aucune :

place dans l'ordre du jour du congrès de Lyon, à laquelle on fait timidement allusion au congrès de Montluçon (1887), est brusquement discutée au troisième congrès national des syndicats ouvriers (Bordeaux, Le Bouscat,

1888). Comment s'expliquer cette brusque réapparition ?

(1) De 68 en 1884, ils passent à 280 en 1886.

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1° Les influences indirectes : les événements de Belgique.

De même qu’en 1873 la grève générale, depuis longtemps discutée en Belgique, fut agitée au congrès de Genève sur l'initiative des Belges, de même, en 1888, les événements de Belgique des deux années 1886 et 1887 contribuèrent à la réapparition de cette idée en France. L'Internationale était morte. Mais l'esprit international renaissait timidement et les Français suivaient attentivement les soulèvements populaires de Belgique.

A la suite de la décadence de l'Internationale, un parti politique s'était constitué en Belgique. Dès le début de son existence, il se préoccupa de réaliser une importante réforme. Il poursuivit avec opiniâtreté l'obtention du suffrage universel. Dès 1880, des manifestations furent organisées à Bruxelles, manifestations encore bien timides. Le 15 août, le cortège des manifestants avait déployé des drapeaux rouges, mais un commissaire de police pria « poliment » les socialistes de déposer leurs drapeaux; les drapeaux furent roulés (1), les ouvriers restaient encore indifférents. Les résultats des manifestations pacifiques étaient nuls. Aussi le Parti ouvrier lui-même chercha-t-il d’autres movens de lutte. Au congrès de 1881, où l’on s’occupa de réorganiser le mouvement pour le suffrage universel, plusieurs

orateurs « préconisèrent la propagande en faveur du

(1) Louis Bertrand. op. cit., p. 342-343,

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» refus du service militaire aussi longtemps que le suf- » frage universel ne serait pas la loi du pays » (1). C'était recourir à un moyen d’intimidation, à un moyen de pression sur le gouvernement. Mais c'était là un moyen illégal. Il ne devait pas trouver faveur auprès des membres d'un parti politique. Ceux-ci devaient s’enthousiasmer d’une idée plus séduisante qui leur paraissait susceptible d'attirer à eux les masses wallonnes. Hostiles, au fond, à la méthode de la grève, mais soucieux de ne pas rebuter l'esprit révolutionnaire, ils devaient faire dans leur programme une place à l'idée formidable de la grève générale... en la défigurant toutefois. La grève qu'ils recommandèrent était une grève simplement réformiste, préconisée dans un but politique, grève qui devait jusqu'au bout rester /égale el pacifique, sans aucune idée d’exproprialion (2). L'histoire des événements de Belgique sortirait donc du cadre de cette étude s'ils n'avaient eu, malgré tout, une influence sur la réapparition de la grève générale en France, et s'ils ne montraient bien l'utopie de ceux qui

ont longtemps voulu réaliser pacifiquement la révolution

(1) Louis Bertrand, op. cit., p. 346.

(2) Cette idée n'était d’ailleurs pas nouvelle. Ce n’était pas la première fois que l’on essayait d'accaparer la grève générale dans un but politique. On à vu qu'en 1842, en Angleterre, des assemblées chartistes réclamaient la « grève générale » afin d'obtenir la réalisation de leurs vœux, et notamment le suffrage universel (CF. supra, p. 23).

sociale : une fois livrées à elles-mêmes, les masses devaient vite s’abandonner à la violence. Le conseil général du Parti ouvrier (1) développa pour la première fois sa conception de la grève générale dans un manifeste de l’année 1886.

« Si le gouvernement et la classe capitaliste dont il

» est issu... persistent à refuser au travailleur le redres-

» sement de ses griefs légitimes, celui-ci n'est-il pas en

» droit de refuser tout téavail à une société qui le traite » en paria, et à proclamer la grève générale de tous les » métiers ? Qu'on y réfléchisse, le droit de se mettre en » grève, le droit de coalition existe dans nos lois. A

» défaut d’autres droits qu'on lui refuse, le peuple

ou

» pourrait donc exercer celui-là, et étendre à foutes les

> industries et à toutes les régions du pays le refus de

ou

» travail adopté en ce moment par les ouvriers de nos

» bassins houillers » (2).

es

Comme le montre cette dernière phrase, le manifeste

(4) Le Parti ouvrier belge avait été définitivement constitué en

(2) Cette conception est foujours restée celle du P. 0. B. A propos du projet Millerand : « La grève et l’arbitrage obligatoires », voici l’objection que faisait le Peuple, en 1904 : « Avec la loi Mil- » lerand, nous ne voyons plus la possibilité des grèves de solida- » rité ou des grèves générales. Dans l’hypothèse où, par exemple, » notre Conseil général déciderait qu'il y aurait lieu de chômer » dans tout le pays pour conquérir le suffrage universel, nous » n’entrevoyons pas la possibilité d'une grève générale, si ce

» n'est en molant la loi »,

avait été précédé d'une grève dans les bassins de Charleroi et du Borinage (18 mars). Quelques jours après le 18 mars, des bandes d'ouvriers précédés d’un drapeau rouge parcouraient tout le pays de Charleroi. On aurait dit une Jacquerie..….. « Le soir, l'aspect du pays est » sinistre... Cinq châteaux ont flambé entièrement après » le pillage et la dévastation des caves et des mobi- » liers » (1).

Ce n'était pas là une grève spacifique et légale. Les Wallons s'étaient laissés aller à toutes les violences. Aussi, le congrès du P. 0. B. de Gand (25-26 avril) déclara « regretter les événements de Liége et de Charleroi ». La grève cessa, le travail fut repris peu à peu. Sans doute il y avait eu des excès. Mais la puissance même du mouvement avait montré qu'une grève générale était possible. La Revue socialiste, en France, publiait les manifestes du P. 0. B. et consacrait quelques études à la Belgique. Le Cri du Peuple narrait longuement tous les événements de cette « guerre sociale ». C'était une année mouvementée pour le socialisme belge, « une des plus mouvementées..…. depuis 1830 » (Bertrand).

Le P. 0. B. ne renonçait pas à la grève générale. Il organisa tout d’abord pour le 13 juin une manifestation en faveur du suffrage universel. Elle fut interdite. Un

congrès extraordinaire se réunit alors à Bruxelles, en

(4) Revue socialiste, 1886, p. 444.

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