‹ La Grève GénéraleChapitre 11 sur 32 · DR UNE · texte numérisé non relu

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Mais le mouvement syndical allait bientôt perdre de son caractère modéré; une Fédération des Syndicats: allait se fonder et l'idée de grève générale devait rapi-

dement sourdre au milieu d'elle.

SIT. La renaissance des associations ouvrières (1886-1894).

A. La Fédération des Syndicats el la brusque résurrection de la grève

générale au congrès de Bordeaux (1888).

L'entente entre collectivistes et anarchistes n'avait pas duré, et l'égalité fut prompte à combattre les théo. ries abstentionnistes. Quant au parti syndical, il faiblit avec rapidité. Le dernier congrès de Bordeaux (1882) ne réunit que 23 délégués bordelais; deux étaient venus de Paris, un du Nord, un d'Algérie (1). Tous les yeux se tournent vers le parti collectiviste qui va être pour longtemps déchiré par des querelles personnelles. Les préoccupations politiques y sont au premier plan : le premier but à atteindre c’est le Parlement.

Ce n’est qu'un peu plus tard que l'on devait s'occuper à nouveau de la révolution économique. Après la Commune il y avait plus à faire qu'à méditer la rénovation du monde. Il fallait se préoccuper de l’organisation des ouvriers, de l'application des lois protectrices des travailleurs. On se tourne alors vers le législateur pour lui

demander un minimum « nécessaire » et ce minimum

(1) Bibliothèque du Musée social, n° 65182.

de protection, de mesures favorables une fois accordé, au moment où le législateur prudent et soucieux des réalités ne voudra pas aller plus loin, alors l'esprit de révolution soufflera de nouveau; les masses s’irriteront de l'impuissance de l’action politique (1) et chercheront d’autres moyens d'aboutir; elles regarderont autour d'elles et, se sentant à nouveau unies, fonderont leurs espérances sur leur solidarité, voulant désormais obtenir par l’intimidation ou la violence ce qu'on ne leur accordait pas de plein gré. L'oubli de la grève générale au milieu de ces périodes de réorganisation, est tout naturel. Les forces révolutionnaires sont à bout, vaincues, écrasées. Or la puissance de la grève générale et sa popularité sont en corrélation directe et nécessaire avec l'existence d'une vaste el puissante association ouvrière. Tandis que l'Internalionale mourait lentement, la grève générale tombait dans l'oubli pour ne ressusciter presque spontanément qu'avec la naissance d’une. Fédération de syndicats.

La loi de 1884 venait de reconnaître aux syndicats l'existence légale. Leur développement fut lent tout d’abord, car les ouvriers se heurtaient à la résistance

et à l’ostracisme des patrons. Mais leur nombre aug-

(1) Aux élections de 1881, l’insuccès fut avoué par les collectivistes eux-mêmes. Dans le Prolétaire, M. Lavy estimait les voix socialistes à 20.000 pour la Seine et 30.000 pour la province. C'était l'échec du programme socialiste, qui se renouvela encore aux élections législatives de 1885; G. Weill, op. cit., passim.

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