S TZ
leront plus et les Journaux ne paraïitront pas ». Ne croirait-on pas relire cette autre description enfantine de la grève générale parue en 1873 dans la Solidarité révolutionnaire de Barcelone?
Quel pouvait être le sort d’une telle grève? Uette grève générale était vraiment la généralisation des grèves partielles, en ce sens que, comme elles, elle ne
devait pas se terminer par l'expropriation de la classe
Lettre
bourgeoise. Mais sa durée pouvait être longue. Aussi déclara-t-on qu'il fallait « l'organiser ». On préconisa des caisses de résistance afin de soutenir cette grève immense; la création de grands magasins d’approvisionnement pour nourrir la masse énorme des chômeurs. Anseele disait : « C'est avec des pommes de » terre et du pain que nous bombarderons la bour- » geoisie ». — « Oui! disait un autre manifesie du Parti » ouvrier, partout nous organiserons des sociétés coopé- » ratives dontles bénéfices accumulés nous permettront, » travailleurs de Belgique, de cesser le travail le même » jour dans tout le pays. Ce moyen suprême et qui » fiqure dans nos lois, qu'on le sache, sera employé » (1).
Le 15 août eut lieu, à Bruxelles, une grande manifestation en faveur du suffrage universel à laquelle prirent part 30.000 personnes (2).
Le mouvement continuait, mais l’année 1887 allait voir naître un conflit entre le Parti ouvrier et les Wallons. Certains excès avaient eu lieu, en 1886, à Liége et à Charleroi. Ils allaient se reproduire avec encore plus de violence. Le Gouvernement avait réussi à maintenir l’ordre. La demande d’une revision de la constitution se heurtait à l'opposition des catholiques et des libéraux. Que pouvait contre cette hostilité l’organisation des
manifestations pacifiques ? Leur échec semblait donner
(1) Revue socialiste, 1886, p. 759. (2) Louis Bertrand, op. cit., p. 435.
raison aux révolutionnaires qui prônèrent bientôt la grève générale violente. Il fallait agir de suite, ne pas se consacrer à une préparation énervante en songeant à créer des magasins d'approvisionnement ou à mettre de l'argent en réserve. Tout en maintenant à la grève son but réformiste, il fallait lui donner une forme violente; il fallait surprendre le gouvernement par la promptitude et effrayer la bourgeoisie qui ne pourrait que capituler devant cet immense soulèvement du peuple belge.
L'homme qui, à cette époque, se fit le champion de cette idée fut Alfred Defuisseaux, l'auteur du Catéchisme du Peuple. Il était, à cause même de ses idées révolutionnaires, sympathique aux ouvriers houilleurs du Hainaut et de la province de Liégé. Les ouvriers wallons, de race latine, accueillirent avec joie cette idée d’une grève violente qui devait leur procurer une satisfaction immédiate. Mais le Parti ouvrier ne parlageait pas cet enthousiasme. L'échec du mouvement de l’année précédente lui avait montré que la réalisation de l'idée était prématurée. Cette modération fut attaquée par les Wallons. Des querelles s'élevèrent entre Defuisseaux et les membres du Conseil général. Defuisseaux fut exclu du P. 0. B. Au congrès de Dampremy (avril 1887), ses amis demandèrent sa réintégration qui fut repoussée par 120 voix contre 68. Ils demandèrent alors que la grève générale fut déclarée sur l'heure. Mais la discussion n'aboutit pas et aucune résolution ne
fut prise.