ACTE II
Le père Mautard. — Si nous laissons passer cette injustice sans dire notre mot, nous serions donc des lâches... Pause. Avec force : Mais nous serions aussi des idiots ! Mouvement. Oui ! des idiots ! car si le patron veut que nous vivions comme des bêtes brutes, séparés les uns des autres, nous savons, nous, que nous sommes des personnes humaines et que le mal qu'on fait à Paul retombe sur Pierre. On ne doit pas toujours considérer ses gros sous, mais on doit penser autre chose... à s'aimer, à s'unir... enfin, je ne sais pas, moi, mais vous
comprenez... Murmures d'assentiment. Moi, VOyez-VOUS,
quand Lantier ma appris comment il avait été débauché, j'étais comme un lion. Ah! le contremaître a bien fait de ne pas venir. Montrant ses poings. Il ne serait point sorti vivant de ces poings ! Applaudissements. — Plus calme. Eh bien! mes petits amis, c'est pas tout ça ; /aut pas s'emballer. Vous êtes assez grands pour vous conduire. Vous avez entendu des parlottes pour et contre la grève. Vous allez choisir.
Des voix. — La grève ! la grève!
Le père Mautard. — Écoutez donc! vous allez choisir. — Si vous choisissez la grève, c'est le chômage, la paie qui ne se fait plus, c'est la lutte d'aujourd'hui, de demain. Réfléchissez bien avant de vous décider, car une fois que la grève sera
Jean Hugues. — la Grèce
voulue, vous seriez des menteurs et des traîtres si vous ne teniez point. Songez, mes amis, que vous prenez un engagement d'honneur. D'un côté, rentrer à l'atelier, et manger sa soupe comme par le passé; de l'autre, vous vous serrerez la ceinture un peu de temps, mais vous aurez fait votre devoir... et c'est quelque chose. Voilà ce que j'avais à dire.
Applaudissements; le Président se lève. — Silence.
Le Président, parier embarrassé. — Avant de mettre la grève à votre... à votre sentiment... le gars de Paris m'apprend, pour que je vous apprenne... que sa société de Paris...
L'orateur. — Oui, le syndicat.
Le Président. — Faites excuse... le syndicat de Paris envolera cinquante francs s'il y a grève, et qu'une... qu'une...
L'orateur. — Souscription.
Le Président. — Qu'une souscription sera faite par les journaux de Paris...
Des voix. — Bravo, les Parisiens!
Le Président. — Les syndiqués d'ici...
Une voix. — Ils ne sont pas des tas !
Le Président. — ...Verseront leur secours de grève à la caisse du comité.
Des VOIX. — Vivent les syndiqués!
Le Président. — ... Maintenant, voulez-vous la grève, oui ou non?