ACTE II
grève! la grève! — C'est ça! — Mort aux patrons!... les patrons n'en faut plus... Peu à peu le bruit s'apaise, et, dans le demi-silence, une voix s'élève et dit :
— C'est plus facile à dire qu'à faire. Quelques voix. — Pour sûr.
Une autre voix, (i) — Pardi, avec des mots... Une autre voix. (3) — Eh! là-bas! les capons! D'autres voix. — Chut! chut! Écoutez! Silence. Le Président, mai assuré. — La parole est... à monsieur... au citoyen... au père Mautard, quoi!
Rires.
Le père Mautard, sur l'estrade. — Mes bons amis, vous avez entendu les orateurs qui ont parlé avant mon tour... Les uns voulaient qu'on chôme; les autres pas. Moi, j'ai écoutt3 avec toute mon intelligence et je ne sais plus s'il faut la grève ou s'il ne la faut point : c'est à vous de le savoir. Mouvements. Je ne sais pas parler. Je ne suis point un orateur. Je n'ai jamais été dans les écoles. Je suis un ouvrier, quoi! Vous me connaissez bien, peut-être? Mais enfin, tout ignare que je suis, j'ai mon entendement tout comme ceux de Paris et m'est avis que vous ne perdrez pas votre temps à entendre mes réflexions. Cela vous plaît-il ?
Des voix. — Oui ! oui ! parlez.
Une autre voix, (i) — Allons, vas-y mon vieux.
Le pkre Mautard. — Pour lors , voilà tout uniment ce que j'en pense. Mon compagnon — vous
Jean Hugues. — la Grèce
savez Phistoire, on vous l'a assez contée à cette heure — a été saqué à cause de la... brutalité d'un contremaître. — On peut dire ça, pas vrai?
Des voix. — Oui! oui !
Le père Mautard. — Bien, je vois que vous me comprenez. Rires. Le patron ne veut point nous entendre ; pour ce monsieur, les travailleurs sont tous des menteurs, et il n'a rien à voir entre lui et nous; eh bien ! c'est mon avis, c'est un paresseux,
et nous travaillons! Applaudissements.
Une voix. (4) — On verra à voir.
Des voix. — Taisez-vous. . . — Demandez la parole. — Écoutez ! — A la porte ! . . .
Le père Mautard. — Donc, il n'a pas voulu nous recevoir; j'estime, moi, que c'est nous traiter en chiens. .. Pause. Avec force. Eh bien ! j'aime pas ça, moi, d'être traité en chien! Mouvements. Nous sommes, chacun d'ici, autant que lui... nous sommes ses égaux. Il est né et il mourra comme nous. Aussi, quand je vois un... camarade, comme ils disent à Paris, insulté, je me dis : « Mon bonhomme, te voilà insulté avec lui ». Nous le sommes itou.
Des voix. — Oui ! oui !...
Le père- Mautard. — Qui sait si demain la chose ne t'arrivera pas à toi, père Jean; ii les désigne du doigt dans la salle — à toi, Chevct; à toi, Massard...
Des voix. — C'est vrai...