DEUXIEME PARTIE
Grévistes
LANTIER, LATOUR, GUÉRIN, quelques ouvriers se réunissent sur le devant de la scène. Une ou deux femmes. L'orateur, le père Mautard les y rejoignent. Quelques petits groupes d'ouvriers, disperses dans la salle, causent ensemble et s'en vont peu à peu pendant toute la durée de la deuxième partie.
Le père Mautard, arrivant. — Hé bien! ça y est; pour dire que ça y est, ça y est.
Lantier. — T'en as le regret?
Le père Mautard. — J'ai pas à en avoir regret, mon fi. — Le vin est tiré, comme dit l'autre, il faut le boire.
Un ouvrier (i) qui arrive on courant. — MaUValsC
nouvelle ! mauvaise nouvelle !
Le groupe. — Eh bien quoi ? Qu'y a-t-il !
Jean Hugues. — la Grève
Un ouvrier, (i) — La troupe est là !
Un ouvrier. (2) — Déjà !
Un ouvrier, (i) — Oui î oui ! je l'ai vue comme je vous vois.
GuÉRiN, riant. — Ah ! ah ! G'est pas ça que j'attendais. J'aurais préféré autre chose...
Un OUVRIER. (3) — Moi aussi ! Rires.
L'orateur, à l'ouvrier (i). — 11 ne faut pas vous tourmenter pour si peu.
Un ouvrier. (3) — Sont-ils nombreux ?
Un ouvrier, (i) — Oui, pas mal, près de cent cinquante.
Un ouvrier. (2) — Des dragons ?
Un ouvrier, (i) — Non, de la ligne.
Un ouvrier. (3) — Où logent-ils?
Un ouvrier, (i) — Où ils logent? Chez le patron, pardi.
Un ouvrier (3) riant. — En voilà un qui ne doit pas être à son aise !
Un ouvrier. (4) — Dame, il n'y a pas de quoi être rassuré. Le contremaître, le père Bizot, a pris un mauvais coup. Il a la tête en sang, à ce qu'il paraît... Vous pensez s'ils sont à la noce !...
Un ouvrier. (2) — Qui c'est qui a cogné?
Un ouvrier. (4) — On ne sait point. Celui qui l'a fait ne le dit pas. Et quant à moi, j'en sais pas plus que les autres.