ACTE III
BoNTEMPS, un peu emballé. — Eh bien aloFS ! N*insultez donc jamais des hommes parce qu'ils sont d'une autre religion ou d'un autre pays... Est-ce qu'ils ont demandé à être Juifs, ou Prussiens, ou Chinois? Est-ce qu'ils ont choisi ?... On rit.
Une femme, (i) — Ma foi, ils sont tous les mêmes, on descend tous du même père.
Une femme. (2) — Puisqu'on meurt tous, on est bien bête de se faire du mauvais sang pour rien.
Un ouvrier. (2) — Paix, les pies bavardes î Vos becs, qu'on continue.
Une femme, (i) — Hé là, toi ! Voyez-vous ce perroquet !
Une FEM^kiE. (2) — Grand singe vert !
Les hommes. — Allons, en voilà assez... Pause.
Un ouvrier. — Tout ça, c'est parfaitement dit, mais, pour la grève, vous n'en avez point parlé,., qu'est-ce que vous en pensez, un peu?
Bontemps. — J'y viens. On ne doit avoir de la rancune que pour ceux qui nous font du mal. Que ce soit un Juif, un sauvage, un roi, un pape, que sais-je... Détestons-le si c'est un Juif; détestons-le s'il a passé par la sacristie.
Un ouvrier. (4) — Bien sûr.
Bontemps. — Ainsi, un patron profite de notre travail, il en vit, vous le savez aussi bien que moi, il y gagne sur nous.
Jean Hugues. — la Grève
Quelques ouvriers. — Oui ! oui ! c'est vrai !
Un autre. (3) — Gomme il y a un soleil...
Bontemps. — Qu'est-ce que ça nous fait qu'il soit prince ou général? Il nous estampera tout autant...
Un ouvrier. — Plus.
Gros-Jean. — G'est pourtant difficile. On rit.
Bontemps. — En un mot, pour en finir, Parisol est un patron. Eh bien, il est notre ennemi. Quant à cette grève, elle n'a pas réussi, c'est entendu, mais vous savez bien que c'est votre faute...
Gros-Jean. — Notre faute ?... savoir.
Bontemps. — Oui. La faute à tout le monde, aux femmes comme aux hommes.
Une femme, (i) — Aux femmes ?...
Un ouvrier. (4) — Bien sûr ; avec vos pleurnichailleries. « Y a plus de pain... plus de chaussures... le boucher me regarde d'un drôle d'œil. »
Un autre. (5) — Ou bien encore : « Va donc, grand nigaud, tu te montes le bourrichon et
puis... » Rires des hommes.
Le père Mautard. — Les femmes finiront par entendre raison ; mais ceux qui sont les plus fautifs à mon avis, ce sont ceux qui sont rentrés les premiers.
Un ouvrier. (3) — G'est pas moi, moi j'étais à battre le blé avec Pierre Viard, mon beau-frère.
Un autre ouvrier. (4) — G'est Godefroy.