L'AFFAIRE TÉRY
Plusieurs de nos abonnés, pour se former en connaissance de cause un jugement raisonné, juste, nous ont demandé de publier l'article Wagram, sur lequel s'est portée l'attention dans l'affaire Hervé. J'ai transmis aussitôt leur demande à Hervé. Cet article est postérieur à l'ouverture des poursuites, au commencement de l'affaire. J'espère que nous en recevrons le texte à temps pour le publier dans le septième cahier. Il faut noter que, conformément à la méthode que nous avons toujours suivie, Hervé a conduit lui-même son affaire dans les cahiers, en toute indépendance, en toute liberté, sous sa responsabilité. Je ne suis intervenu aussi que sous ma responsabilité. Je continuerai.
Les événements sont trop avancés pour que l'on puisse plus longtemps se taire. J'apporterai dans le prochain cahier mon témoignage. Non pas que j'aie à faire des révélations sensationnelles. Je n'ai pas découvert un crime inouï. Je reproche au contraire à M. Gustave Téry d'avoir commis les fautes usuelles dans une affaire ou elles devaient-avoir les plus déplorables conséquences.
En attendant que nos abonnés aient ainsi les renseignements qui leur sont indispensables pour agir, je me permets de recommander à ceux d'entre eux qui sont universitaires une sagesse exacte. Je sais qu'en recommandant la prudence, l'attention, je fais un personnage ingrat. Les braves gens de ce pays ont toujours mieux
LETTRE A M. GUSTA^^E TER Y
aimé les chefs qui les font battre que les honnêtes gens qui les avertissent.
Tout de môme je recommande aux universitaires une sagesse parfaite. Ce n'est pas un conseil que je leur donne. Je n'ai pas qualité. Depuis que j'ai fini mon apprentissage, j'ai renoncé à donner conseil. Mais je forme devant eux un pourvoi suspensif. Qu'ils attendent le septième cahier. Après ils seront libres de faire des bêtises. Au contraire s'ils commencent par faire les bêtises, ils ne seront plus libres de ne pas les avoir faites.
Je commence par publier une réponse que j'adressai à M. Gustave Téry au temps de l'affaire Deherme. Il avait mis en cause les cahiers dans la Petite République. Il fit appel ensuite à mes sentiments de bon camarade pour ne publier pas ma réponse dans le journal. J'eus la faiblesse de céder. J'eus le tort d'oublier qu'il faut presque toujours être un mauvais camarade pour être un bon citoyen.
Nos abonnés replaceront cette lettre à sa date dans la deuxième série :
Cahiers de la Quinzaine, 16, rue de la Sorbonne, au second,
dimanche 24 mars iç)oi
Mon cher camarade, Je lis dans la Petite République de ce matin, au début de ton article : Chronique de renseignement. — Leur libéralism.e. — xi propos de V incident Denis-Deherme :
Le comte Albert do Mun, Charles Péguy et la (Jroi.v m'accusent d'intolérance. Il s'agit encore de l'incident Denis-Deherme.
sixième cahier de la troisième série
Il est fort spirituel de m'introduira entre le comte Albert de Mun et la Croix. Mais c'est d'un esprit à la fois injuste et cruel.
C'est une plaisanterie de grand seigneur. Tu appartiens à un grand journal. Tu es édité par un administrateur qui a fort bien su conduire ses affaires. Sans avoir de renseignements particuliers, je pense que tu parais à près de cent mille exemplaires. Plus de deux cent mille personnes, socialistes et bourgeois, connaissent par toi les hommes et les événements universitaires, les événements de la pensée, les résultats du travail intellectuel. Ces deux cent mille personnes auront de moi cette idée que je suis quelqu'im d'intermédiaire entre le comte de Mun et les rédacteurs de la Croix. Cela est injuste.
Comment veux-tu que je me défende? Je tire à seize cents. J'ai un administrateur admirable, qui ne fait aucune affaire. En admettant que les cahiers circulent beaucoup, trois mille et quelques cents lecteurs sauront la vérité de ce débat.
Vous journalistes quotidiens vous avez une redoutable puissance, une autorité. Vous en usez parfois légèrement. Le septième cahier de la deuxième série publie un article de 48 pages intitulé casse-cou. Sans même en donner la référence, vous en faites une boutade. La justice, mon cher camarade, vaut mieux que l'esprit.
Boutade inexacte : Je ne t'ai pas accusé d'intolérance formellement. J'ai noté ton article comme un symptôme inquiétant d'intolérance croissante. Je ne suis pas volontiers accusateur, ni condamneur, ni flétrisseur. Tout le monde n'est pas des congrès.
LETTRE A M. GUSTAVE TERY
Réellement tu as contribué à supprimer sous des clameurs la parole d'un adversaire. J'ai dit et je maintiens que, dans les circonstances où nous sommes, toutes les fois que de la parole articulée est couverte par du bruit, par de la clameur inarticulée, quand même la parole serait celle de nos pires ennemis, et quand même la clameur serait de nos amis, pour qui sait voir au fond, c'est nous qui sommes vaincus.
Je n'examine pas si la liberté n'est qu'un mot creux ou une forme vide. Mais je crois profondément que nous devons sauvegarder le plus et le mieux que nous pouvons les mœurs de la liberté intellectuelle, de la patience intellectuelle, de la délibération intellectuelle.
Les abonnés des cahiers ont eu dans mon article ton article entier, conformément à la méthode qui, aux cahiers, nous paraît seule juste. Ils ont donc eu la phrase omise par M. le comte de Mun. Il y a contradiction logique et morale entre tes deux attitudes. Si vraiment tu voulais engager avec l'abbé Denis une courtoise discussion, tu devais protester contre les clameurs qui d'avance écrasaient cette discussion.
Je ne traiterai pas ici la question au fond. Je n'y suis pas prêt. Je la traiterai dans les cahiers aussitôt que je le pourrai. Je ne suis pas quotidien. Je ne suis pas tenu de traiter les questions que je n'ai pas étudiées. Je maintiens seulement que la question de la liberté de l'enseignement dans l'enseignement libre est moralement la plus grave et la principale de cette année.
Je ne traiterai pas même, historiquement, la question Deherme. Elle tient à la question générale. J'ai voulu protester, — et je maintiens ma protestation, — contre le zèle que l'on a eu de casser les reins à Deherme. Si
sixième cahier de la troisième série
vous cassez les reins à Deherme, qui est un honnête homme, à ce que tout le monde m'a dit, que ferez-vous à Edwards, qui est un malhonnête honune, tout le m,onde le sait. Mesurez vos peines. Appropriez vos sanctions. N'oubliez pas que vous prononcez pour deux cent mille consciences. Et là où il faut des raisons, des objurgations, des distinctions, des réserves, des délibérations, à la rigueur des blâmes, selon vous, évitons le cassage de reins.
Je me permets de recommander à tous les socialistes révolutionnaires — j'entends ici recommander au sens thérapeutique — la lecture du livre tout récemment publié par M. Aulard : Histoire politique de la Révolution française . On y lira ce qui advient d'une révolution qui pratique trop le mutuel cassage de reins. La première partie est intitulée : les origines de la démocratie et de la république ; la deuxième : la république démocratique; la troisième : la république bourgeoise ; la quatrième ; la république plébiscitaire. Les suivantes se nommeraient : V empire; la restauration; Louis- Philippe; le second empire; la république bourgeoise.
Charles Péguy
En ce moment de l'année où se font la plupart des abonnements et réabonnem,ents à toutes les reçues, nous rappelons à nos abonnés que nous avons un intérêt commercial considérable à ce que ces abonnements et réabonnements soient faits par la librairie des cahiers.
Le Gérant : Charles Péguy Ce cahier a été composé et tiré au tarif des ouvriers syndiqués Imprimerie de Suresnes (E. Païen, administrateur), 9, rue du Pont. — 5377
Nous mettrons en vente le lo janvier, jour de sa pul>Iicalion :
Jean Jaurès. — Études Socialistes, un volume de Lxxvi H- 27O pages, cdlW- par la S<>ci(Hr d'Editions littéraires et artistiques, librairie Paul Ollendorir, un volume à trois francs cinquante.
U ai' er Hase ment que l'on a pu lire dans le quatrième cahier de la troisième série n'a pas été réimprimé dans l'édition OUendorll'.
Vient de paraître à la librairie Jacques, en vente à la librairie des cahiers :
Georges Sorel. — La ruine du monde antique, Conception matérialiste de l'histoire, un volume de 284 pages 3 francs 5o
A dater du premier janvier igo2 le Mouvement Socialiste va demeurer 10, rue Monsieur-le-Prince ; il paraîtra tous les samedis, sur ^8 pages: le numéro coûtera 20 centimes, pour la France et la Belp^ique^ 12.J centimes pour les autres pays, V abonnement i ofrancs pour la France et la Belgique, i -j francs pour les autres pays.
Nous tenons gratuitement à la disposition de nos abonnés :
Marcel et Pierre Baudouin : Jeanne d'Arc, drame en trois actes;
Jérôme et Jean Tharaud : la lumière :
Pierre Baudouin : Marcel, premier dialogue de la cité harmonieuse.
Envoyer un franc pour les frais d'envoi.
Pour savoir ce que sont les cahiers, on peut envoyer soixante centimes à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers. S, rue de la Sorbonne. On recevra en spécimen le premier cahier de la troisième série. Pour trois francs cinquante on recevra si.\ cahiers spécimens.
Xous acceptons que nos abonnés paient leur abonnement par mensualités de un ou deux fF'ancs.
Xous avons donné le bon à tirer après corrections pour deux mille si.x cents exemplaires de ce si.xième cahier le samedi 12S décembre i yo i .
Nous mettons ce cahier dans le commerce; nous le vendons un franc.
Four la représentation nous en vendons six exemplaires pour cinq francs douze exemplaires pour neuf francs vingt exemplaires pour treize francs.
Nous avons publié un dossier de l'affaire Hervé dans
le quinzième cahier de la deuxième série. — Mémoires et dossiers pour les libertés du personnel enseignant
I franc le premier cahier de la troisième série o Jranc 60
le cinquième cahier de la troisième série i franc
Le deuxième cahier de la troisième série est
Charles Guieysse. — Les Universités populaires et le mouvement ouvrier i franc
Nos Cahiers sont édités par des souscriptions mensuelles régulières et par des souscriptions extraordinaires ; la souscription ne confère aucune autorité sur la rédaction ni sur l'administration : ces fonctions demeurent libres.
Nous servons :
des abonnements de souscription à cent francs ; des abonnements ordinaires à vingt francs; et des abonnements de propagande à huit francs.
Il va sans dire qu'il n'y a pas une seule différence de service entre ces différents abonnements. Nous voulons seulement que nos cahiers soient accessibles à tout le monde également.
Le prix de nos abonnements ordinaires est à peu près égal au prix de revient; le prix de nos abonnements de propagande est donc très sensiblement inférieur au prix de revient.
Nous ne consentons des abonnements de propagande que pour la France et pour la Belgique.
Nos cahiers étant très pauvres, nous ne servons plus d'abonnements gratuits.
Bibliothèques
Université d'Ottawa
Echéance
Libraries University of Otta Date Due