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IV

sixième cahier de la troisième série

M. Camille de Sainte-Croix appartient à un journal où de petits jeunes gens, qui se poussent dans les grandeurs par une utilisation de l'art, célèbrent euxmêmes leurs propres anniversaires, au bout d'un an de leur existence, en des banquets retentissants, sous la présidence et avec le concours d'hommes politiques.

Ces jeunes gens feraient bien de festoyer un peu moins et de produire un peu. Ils parlent bien, mais ils parlent trop. Ils mangent et boivent bien, et portent bien les santés. Cela ne suffit pas pour que celui de leurs aînés qui est généralement considéré comme sérieux traite aussi grossièrement Racine à l'usage du peuple. C'est de la démagogie que de bafouer, pour l'amusement de la foule, des snobs, et des arrivistes, un grand poète mort.

Ces jeunes gens font profession de descendre au peuple, (i) Ils feraient mieux de rester chez eux. Ces journalistes feraient bien de rester dans leurs salles de rédaction. Pour enseigner au peuple que Jean Racine était un petit morveux, mieux vaut encore laisser le peuple tranquille.

Dans quelques mois les amateurs de déjeuners, dîners, soupers et banquets, les amateurs de défilés, revues, tambours et marches militaires, les amateurs de décorations vont précipiter leurs platitudes aux •pieds du radicalisme officiel, héritier politique de Victor Hugo. Qu'il nous soit donc permis de dire aujourd'hui que nous aimons, que nous respectons un grand poète mort, non monnayable.

(1) Je descends-au-peuple ; tu descends-au-peuple ; il descend-aupeuple...

Plusieurs de nos abonnés nous demandaient que jouer de bref dans une représentation populaire. Nous nous en sommes référés à Maurice Bouchor. Il a bien voulu nous envoyer cette réponse, qui n'était pas destinée sans doute à la publication Ainsi on est prié de la lire non comme une consultation, non comme une contribution, mais comme une réponse particulière à beaucoup d'abonnés :

Pour ce que vous m'avez demandé, je ne puis, à mon

grand regret, vous l'envoyer : je ne connais vraiment

rien de court, de simple, de pas niais, de pas malsain,

que je puisse vous indiquer. Mon avis est qu'il faut jouer

et lire du Molière, le plus possible ; du Regnard, du

Beaumarchais, et autres classiques, depuis la Farce de

Patelin jusqu'à la scène des Bavards, de Boursault

(Mercure Galant); dire des fragments de Hernani, de

Riiy Blas, des Biirgraves; du Shakespeare, et, si c'est

pour le comique, la Mégère apprivoisée, de P. Delair,

est une très bonne adaptation. Dans les modernes, j'ai

vu Claiidie, de George Sand; on peut lire la Quenouille

de Barberine, de Musset; Grégoire, de Banville; le

Flibustier, de Richepin. Il est bien difficile de monter

V Ennemi du Peuple et les Tisserands; ce sont pourtant

de belles choses. Vous voyez que tout cela est bien

connu, et bien peu de chose. Dans les farces adaptées

du Moyen-Age (le Cuvier, le Pâté) il y a encore à

prendre.

Maurice Bouchor

Nous publierons de Romain Rolland un cahier sur le théâtre populaire.

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