CHEZ LATOUR
Chambre d'ouvrier, ornée de quelques images et de l)Oules de verre étamées. Haute cheminée de campagne avec poêle. Au lever du rideau les mères Bajoie et Latour causent près de la fenêtre, à droite. La mère Bajoie est assise, un panier à ses pieds. La mère Latour met la table pour son mari et pour elle.
Madame Bajoie. — Jamais je ne l'ai vu aussi saoul; il était plein; plein comme une courge, avec des yeux!... Quand il est arrivé, je me suis dit : «Ma petite mère Bajoie, attention, gare au grain ; plus souvent qu'il coucherait dans mon lit quand il se met dans cet état. » Il a voulu faire le cascadeur. .. je Tai poussé un peu rudement et il est tombé sur le carreau... Et ma foi, il s'y est endormi, quasi un grand veau.
Madame Latour. — On a bien de l'ennui quand lin homme se poivrotte.
Madame Bajoie, linienompani. — Pom* ça, oui, le vôtre est si convenable, il ne boit que de l'eau, et poli, que vous en êtes bienheureuse.
Jean Hugues, — la Grèce
Madame Latour. — Possible, mais on a bien ses malheurs aussi. Ainsi mon petit...
Madame Bajoie, même jeu. — Pour en finir avec mon histoire, v'ià-t-i pas que le matin, pas moyen de réveiller Arthur... un plomb, mère Latour, un vrai plomb... Alors qu'est-ce que je fais ? J'attrape une grande bassine d'eau froide et je vous la lui flanque sur le nez. Ah ! ça a pas été long ! 11 a juré tout ce qu'i savait, mais l'heure pressait, j'en fus tôt débarrassée. Regardant par la fenêtre. Les voilà qui rentrent... Je me sauve lui tremper une soupe. A revoir, mère Latour.
Mère Latour. — A revoir. La mère Bajoie va pomsortir, la porte s'ouvre et Latour entre.
Latour. — Salut, mère Bajoie.
Madame Bajoie. — Salut et au revoir, père Latour : je m'en vas, mon bonhomme m'attend.
Latour. — S'il vous attend ! Il est comme moi, la soupe de ce matin lui est descendue dans les talons.
Sort madame Bajoie.
Madame Latour, riant. — Allons à table, bavard, j'ai une soupe comme tu n'en as jamais mangé.
Latour, brusquement, lui donnant de l'argent. — Tiens,
la mère, la paie de cette semaine. Y a pas gras, vingthuit francs quatre-vingts...