ACTE PREMIER
GuÉRiN. — Ça va bien. — Il te racontera son affaire mieux que moi. Je ne suis pas un parleur.
Laxtier, entrant. — Bonjour la compagnie, ils se
serrent la main.
Latour. — Eh bien? Quelle tuile!... Te voilà débauché à cette heure, à cause que...
Laxtier, dune voix concentrée. — A causc que le père Bizot est un cochon !
GuÉRiN. — Ça, c'est la vérité vraie. Encore hier, il m'a retenu une pièce de cinq sous pour être resté trop longtemps aux cabinets. Rires. Ah mais ! c'est comme je vous le dis.
Laxtier, un peu plus calme. — C'est un cochon, y a pas à sortir de là, celui qui dirait le contraire est un menteur.
Gl'Érix. — Oui. oui, c'est la vérité, aussi vrai que je crache, ii crache.
Latour. — C'est bon, laisse causer.
Laxtier. — Voilà l'histoire. — Vous connaissez mon compagnon ? le père Mautard, un vieux de la vieille, solide au poste, qui dit toujours son mot, un forgeron fini, quoi, signes dassenUment. Il m'envoie rechanger sa grosse lime d'Allemagne au magasin, rapport à quelques lopins qu'il avait à ébarber. Moi, tranquille comme Baptiste, j'y vas. On s'attend pas toujours au mallieur, pas vrai ?
Jean Hugues. — la Grèce
Latour. — Pour sûr.
Lantier. — J'y vas donc, comme de juste. Je blague un peu avec l'artilleur, lorsque ce grand fainéant de Bizot m'arrive quasi par derrière et me crie : « Qu'est-ce que tu fous là? T'as pas fini de perdre ton temps, méchant bavard, va-t'en boulonner et... »
Madame Latour, entrant. — Ne vous arrêtez pas, je vous en prie. J'étais à écouter ce qu'on disait sur vous, monsieur Lantier... Tout le monde se passionne, c'est à ne pas croire.
Latour. — C'est bon, c'est bon; sers à boire et laisse le finir.
Madame Latour sert à boire et continue. — D'ailleurs, je leur ai dit que vous étiez à causer ici, et ils vont venir à quelques-uns...
Latour, avec des gestes d'impatience. — C'est bon! c'est bon !
Lantier, un peu démonté. — Je ne sais quoi répondre. Enfin, je lui dis : « Excusez-moi, je viens chercher une lime... » Mais avant que j'aie fini, voilà l'autre chien qui se met à crier : « Ta lime ! . . . ta lime !... Mais tu la changes tous les deux jours ! C'est pour flemmarder... et patati... et patata... » Il n'en finissait plus.
GuÉRiN. — Il marronnait, le frère.
Lantier. — Quand il s'a tu, j'y ai dit tout sim-