‹ La Grippe à Bourges: Contribution à l'étude épidémiologique, clinique, anatomique et bactériologique de la grippe épidémique de 1918 dans le centre de la FranceChapitre 21 sur 33 · ANSE · texte numérisé non relu

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que par foyers épars dans certaines localités jusque Ià à peu près indemnes, ou, par une sorte de réviviscence, dans des localités qu’elle avait atteintes auparavant, mais de façon légère.

À la fin de l'hiver 1919, par contre, elle a réapparu un peu partout. En Février notamment, et surtout au mois de Mars, on l'a observée à nouveau dans toute la France, aisément reconnaissable à ses hémorragies, ses complications pulmonaires graves, rappelant en tous points les formes de Septembre. Elle a réapparu avec ses caractères épidémiologiques propres, par pelits foyers épidémiques de famille ou de maison. Elle s'est accompagnée, à chacune de ses réapparilions, d’une recrudescence des décès.

La maladie régnante au contraire, celle que l'on côtoie chaque jour pendant la saison froide, se présente maintenant sous une forme toute nouvelle.

Ce qui frappe en effet maintenant chez la plupart des malades, c'est le polymorphisme de la maladie régnante qui se manifeste tantôt sous forme de bronchites, de broncho-pneumonies à formes communes: tantôl sous forme d'états septicémiques de courte durée, se compliquant parfois de phlébites pendant la convalescence; de congestions pulmonaires traînantes ou de broncho-pneumonies subaiguës; ou encore de pleurésies, purulentes le plus souvent, et à pneumocoques: bref un ensemble de manifestations qui ne diffèrent nullement quant à leur aspect clinique des manifestations saisonnières annuelles habituelles à l'hiver.

Un autre fait important, c'est Le caractère sérié de

PAR ces manifestations qui prennent naissance à un moment donné et partout en même temps sous la même forme; c'est l'apparition au cours de ces manifestations polymorphes de certains symplômes considérés communément comme étant propres à la grippe, et qui leur donnent un air de famille : telles que la langue porcelainée, le facies grippé classique, les asthénies de longue durée, l’hypotension artérielle avec dilatation cardiaque.

L'épidémie dans son mode d'extension s'est complètement modifiée. Elle procède maintenant par vagues successives, diffusant très loin el avec une extrême rapidilé. On ne voit plus, dans l'ensemble, de foyers épidémiques, et telle est la brusquerie de son extension à un vaste territoire où elle semble naître partout et presque simultanément, qu'on se demande si la contamination est bien seule en cause, et si, sous des influences cosmiques par exemple, le contage ne s’éveille pas partout à la fois, la contamination inter-humaine ne survenant qu'après coup pour parfaire la diffusion.

L'étude des poussées et des recrudescences de l'épidémie est des plus suggestive. Les manifestations polymorphes que nous observons à ce moment apparaîssent de façon évidente aux changements de temps, le rôle des perturbations àlmosphériques est frappant dans leur apparition. C’est d'une façon très nette en effet, au moment des refroidissements brusques avec humidité — le rôle du froid humide nous a semblé prépondérant; — les jours de dégel ou inversement pendant les brèves périodes précédant la gelée, alors que

Ja température est proche de 0° et saturée d'humidité, que l'épidémie présente normalement une brusque recrudescence.

L'épidémie dans sa marche est liée maintenant et: indiscutablement aux perturbations météorologiques; elle contraste par là singulièrement avec ses caractères initiaux. Et ces différences sont si tranchées maintenant au point de vue clinique et épidémiologique entre la grippe du printemps et ce que l’on continue pendant l'hiver à appeler « la grippe », qu'il semble vraiment qu'entre temps la maladie régnante ait changé non seulement de forme, mais encore de nature.

Si l’on ne perd pas de vue ce fait, d'autre part, que les formes de Septembre réapparaissent encore parfois, typiques dans leur forme, et par petits foyers, on arrive à cette conclusion que tout se passe maintenant comme si deux épidémies différentes évoluaient côte à côte : l’une permanente, diffuse et procédant par vagues, avec des manifestations polymorphes et sériées dans leur apparition, réalisant tous les caractères des maladies a frigore, et rappelant de façon frappante les fèvres saisonnières ou les grippes sporadiques. L'autre, intermillente et maintenant de second plan, constante dans sa forme el dans ses mani- Jeslations, se présentant exaclement avec les caractères cliniques et épidémiologiques de la grippe compliquée avant sa diffusion.

Poursuivons plus loin l'étude des faits, et nous ferons cette constatation nouvelle que les deux épidémies dans leur évolution réagissent l’une sur l’autre. Chaque

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fois que la grippe nerveuse réapparaît à l'origine des pneumopathies, on voit renaître les formes œdémateuses et congestives, hémorragiques et à marche rapide du début de la période grave. À ce moment, el à ce moment seulement, réapparaissent les bronchopneumonies mortelles typiques de la fin de Septembre. Le syndrome grippal initial vient-il à disparaître, la maladie régnante redevient plus bénigne, ses manifestalions revêtent un aspect banal; elle s’atténue de façon générale el a tendance à s'étendre.

Ces faits que nous énonçons, d’ailleurs, sont d'un ordre très général. Partout, pendant la période d'automne et d'hiver, les recrudescences de mortalité ont coïncidé avec la réapparition des formes graves, toujours les mêmes, rappelant celles du début, avec leurs tendances hémorragiques, la congestion de la face, la dureté du pouls, leur évolution en deux temps au décours de la grippe qui était elle-même très souvent reconnaissable. Toujours elles sont apparues suivant le même mode épidémiologique des pelils foyers très délimilés, à marche explosive, qui apparaissent à nos yeux comme

la signalure épidémiologique de la pandémie grippale.

La conclusion à tirer de ces faits, si nous envisageons les données anciennes, en nous servant de l'épidémiologie comme de fil conducteur, est que la concep-. üon de la grippe doit êlre démembrée et que l’on est en

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