‹ La Grippe à Bourges: Contribution à l'étude épidémiologique, clinique, anatomique et bactériologique de la grippe épidémique de 1918 dans le centre de la FranceChapitre 31 sur 33 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Dans les circonstances où nous lavons observée :

La grippe épidémique de 1918 a évolué en trois phases :

Du mois d'Avril au mois d'Août, elle s'est présentée comme une maladie générale fébrile, d'allure extrêmement vive et rapide, sans détermination viscérale, à symplômes nerveux prédominants. Elle comporte : de la congestion faciale avec épistaxis etconjonctives injectées donnant à ces malades un aspect très spécial; — une céphalée nettement disproportionnée avec la gravité de la maladie; — une rachialgie parfois très intense, en « coup de barre »; — des douleurs musculaires vives; — une trachéo-bronchite insignifiante; — de la dissociation, légère, mais habituelle, du pouls et de la température.

Dans le décours de la grippe et chez certains malades nous avons vu survenir, sans que rien chez eux ait

attiré l'attention, des râles fins par grosses bouffées, sans souffle, emplissant la poitrine. Il semble que l’on ait saisi sur le vif le processus débutant et complètement latent de l'œdème aigu pulmonaire si spécial à la grippe.

La maladie guérit sans rechute en 3 à 6 jours; — elle semble immuniser d’une façon très nette.

Son mode épidémiologique est très particulier : elle procède par foyers distincts, exactement délimités, d'apparition explosive et n’intéressant que les collectivités. Le maximum des atteintes a lieu le 3° ou le 4 jour, l'épidémie terminant son cycle local en quinze jours en moyenne.

L'’épidémie dans son ensemble a üne marche bondissante, en une série d'accalmies et de recrudescences. Elle n’est aucunement influencée dans sa marche par les perturbations atmosphériques.

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Dans le courant du mois d'Aoùût la grippe se complique : elle sé complique sur place. Les manifestations observées sont d'ordre pulmonaire. Les broncho-pneumonies, à forme Loxique ou suffocante, ont une marche très rapide et des tendances hémoptoïques. Elles apparaissent chez des sujets atteints de grippe, au 4° jour de la maladie. Les grippes à ce moment alternent dans les hôpilaux avec les broncho-pneumonies.

Au milieu de Septembre, en peu de temps, l'épidémie diffuse. La maladie maintenant est partout, dans les

villes comme dans les campagnes. Elle atteint indifféremment les collectivités et les individus isolés. Elle s'étend comme une vague uniforme et de densité égale sur la population tout entière; il n'existe plus à ce moment de foyers épidémiques nets.

L’épidémie évoluant, et parallèlement à sa diffusion :

1° Les broncho-pneumonies ont une marche moins rapide; elles perdent leurs caractères si tranchés du début et revêlent des formes communes.

2 La grippe initiale se reconnaît de plus en plus rarement à l’origine des broncho-pneumonies; elles ont lieu maintenant d'emblée, elles semblent indépendantes de la grippe telle que nous l'avons précédemment décrite, qui se raréfie de plus en plus et tend à disparaître.

En rapprochant ces faits, on a l’impression qu'un élément nouveau s’est introduit dans l'épidémie dont il modifie la forme et-peut-être la nature. On conçoit difficilement en effet, une maladie qui, changeant d’allure clinique, changerait en même temps et profondément dans sa forme épidémiologique. Il semble que l'on ait affaire à présent non plus à la grippe, mais à une épidémie de broncho-pneumonies qui, ayant pris naissance en pleine épidémie de grippe et d'abord intriquée avec elle, évoluerait maintenant de façon autonome et la pro-

longerait en quelque sorte.

De Novembre 1918 à Mars 1919 la grippe épidémique n'apparait plus que de façon intermittente, par petits foyers de famille ou de maison, avec une recrudescence générale en Février et en Mars. Par ses caractères cliniques et épidémiologiques elle reproduit exactement les formes de Septembre.

La maladie régnante au contraire, celle que l'on côtoie chaque jour, comporte des manifestations polymorphes {à type de bronchites, de broncho-pneumonies communes où à forme (raînante et parfois de splénopneumonies, de pleurésies, d'états fébriles indéterminés compliqués de phlébites, etc.), — sériées dans leur apparition, — et réglées étroitement sur les perturbations atmosphériques.

Tout se passe maintenant comme si deux épidémies différentes évoluaient côte à côte : l’une permanente, diffuse et procédant par vagues, ayant tous les caractères des maladies a frigore et des grippes saisonnières; l'autre intermittente et maintenant de second plan, constante dans sa forme et dans ses manifestations, et se présentant exactement avec les caractères de la grippe compliquée avant sa diffusion.

Les broncho-pneumonies proprement grippales, celles qui sont apparues en liaison nette avec la grippe, nous ont semblé ressortir à un double processus :

1° Un processus diffus de congestion œdémateuse avec splénisation discrète et inconstante, à systématisalion vasculaire et non bronchiolitique et à marche suffocante. Elles rappellent de façon frappante, cliniquement et anatomiquement, les œdèmes infectieux aigus du poumon d’origine pneumococcique.

2 Des streptococcies pulmonaires à forme bronchopneumonique et pleurale associées, avec manifestations septicémiques et d’allure hypertoxique.

Quant aux broncho-pneumonies d'emblée des périodes tardives, elles ont revêtu des formes communes, à foyers disséminés ou de type pseudo-lobaire, et ne se distinguent, pas cliniquement ni anatomiquement, des broncho-pneumonies habituelles aux diverses infections.

Les pneumonies franches ont été exceptionnelles.

Certaines manifestations, considérées couramment comme révélatrices de la grippe telles que : le facies grippé classique, la langue porcelainée, les asthénies traînantes avec hypotension artérielle et dilatation cardiaque, sont apparues couramment dans la seconde moilié de l'épidémie. Elles ont fait défaut en général pendant la période de grippe non compliquée du début.

Les collectivités atteintes au printemps sont restées indemnes à l'automne, quoiqu’exposées de nouveau à la contagiou. L'épidémie a respecté les vieillards et les

tuberculeux. C’est l'âge moyen et l'adolescence, de 15 à 45 ans comme on l'a observé de façon générale, qui ont été le plus souvent atleints, le plus gravement aussi.

L’érythème que nous avons observé chez certains de no$ malades à revêtu un type unique : celui de l'éry-

ne

thème m arginé aberrant.

Par la confrontation des faits cliniques ét des faits épidémiologiques on arrive à scinder en deux groupes les manifestations dites grippales et x les opposer l’une à l’autre :.

On a d’une part : une maladie pandémique, d’un mode épidémiologique très particulier, à symptomatologie spéciale, conférant l'immunité. Elle peut se compliquer de congestion œdémateuse diffuse du poumon avec broncho-pneumonie ébauchée: — ou de streptococcies suraiguës. Elle soulève derrière elle. des. épidémies de bronchopneumonies, d'aliure épidémiologique distincte, qui prennent naissance en pleine épidémie de grippe, l’amplifient au point de prendre le pas sur elle, lui survivent et la prolongent.

De l'autre : des manifestations communes et à forme saisonnière, particulièrement fréquentes il est vrai en période pandémique Mais apparaissant annuellement de façon aulonome,. étroitement réglées dans leur marche sur les perturbations atmosphériques. |

ENCRES ST NR

À part la courbature et les phénomènes douloureux qui leur semblent en propre avec la maladie précédente, elles apparaissent au contraire comme des manifeslations dépressives, asthéniantes, et non immunisantes.

Différentes cliniquement, s’opposant nettement par leurs caractères épidémiologiques, elles semblent différer de par leur nature même. Les germes trouvés ici sont par ordre de fréquence le pneumocoque, le bacille de Pfeiffer et le streptocoque. Ils semblent avoir pris naissance pendant l'épidémie à titre d' « infections de sortie » sous l'influence du virus encore inconnu de la grippe épidémique.

Vu : le Président, F. WIDAL Vu : le Doyen, H. ROGER | Vu et permis d'imprimer Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris L. POINCARE.

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