TRAITEMENT
Le traitement de la grippe, d'une façon générale, a été bien décevant, et l'on peut dire, sans être taxé d'un pessimisme excessif que la grippe épidémique dans ses manifestations pulmonaires de Septembre et d'Octobre a échappé à peu près entièrement à la thérapeutique.
Les mesures d'isolement sont à préconiser. L'isolement des malades les uns des autres par des box improvisés formés de draps tendus entre les lits, le port d'un masque à demeure par les malades el les convalescents, étant donné ce que l’on sait des contaminations secondaires dans les maladies, infectieuses à détermination respiratoire, est éminemment rationnel et doit être mis en pratique.
Quant à la prophylaxie de la grippe elle-même, sa brusquerie d'apparition, sa haute conlagiosité, la préco-
cité surtout de son caractère. contagieux qui semble
brest
redoutable dès les premiers instants, font qu'en général on arrive trop tard quand un cas de grippe s'est déclaré dans une collectivité, et que l'isolement du malade, si précoce soit-il, est fatalement trop tardif et de ce fait inopérant. À ce point de vue cependant l'isolement des coisins du malade, si l'on arrive assez à temps, pourrait êlre prätiqué avantageusement dans certains cas. Etant donné ce que l’on sait de la brièveté de la période d'incubalion, de la brève survie du contage dans les locaux contaminés, il semble qu'un isolement immédiat et rigoureux pratiqué pendant qualre ou cinq Jours, accompagné d’une désinfection du local par les procédés habituels, devrait permettre d'arrêter danscer tains cas une épidémie de grippe éclatant dans une collectivité et commençant par un cas unique el dépisté de suite.
Dans la grippe nerveuse simple, la thérapeutique ne peut être que palliative. Nous avons utilisé fréquemment la quinine, bien qu’elle nous ait paru souvent inefficace dans cette forme très spéciale de la maladie, et ne pas amener de sédalion netle des phénomènes douloureux qu'il importe d’atténuer.
Quant aux antithermiques vrais : aspirine, salicylates, cryogénine, ils ajoutent leur action sudorale à celle de la grippe elle-même, et amènent chez de nombreux malades des sueurs épuisantes, sans que les avanlages qu'ils présentent nous aient paru d'une facon générale contrebalancer leurs inconvénients. La grippe nerveuse ne s'accompagne pas de façon habituelle de
phénomènes de dépression, et l'emploi des toniques ne
nous a pas semblé indiqué, dans la plupart des cas tout au moins.
Dans les formes compliquées, suratguës, de Septembre et d'Oclobre nous sommes demeuré la plupart du temps complètement désarmé. Nous avons essayé les différents procédés préconisés systématiquement de différents côtés, à titre de médications héroïques et peut-être spécifiques, et aucun vraiment ne nous a apporté la conviction. Les abcès de fixation nous ont paru avoir un intérêt plutôt pronostique, à titre d'indication de la faculté plus où moins grande du malade de réagir, que vraiment thérapeutique. Le délabrement qu'ils occasionnent, la nécessité qu'ils comportent de prolonger l'hospitalisation en période d’affluence et en milieu contagieux nous ont fait les rejeter. Les métaux colloidaux, collobiases ou autres, nous ont paru échouer dans la plupart des cas.
La saignée elle-même, dans les formes asphyxiques, ne nous à pas donné les effets espérés. Nous n'avons jamais eu affaire, il est vrai, à des formes vraies d'æœdème aigu du poumon, mais à des congestions œdémaleuses plutôt, intenses et de nature franchement inflammaloire et qui, par leur nature effectivement, semblent devoir être moins influençables par la saignée générale que l’œdème aigu vrai tel qu'il a été observé en d'autres endroits, par Ravaut notamment.
Les toni-cardiaques usuels, même les plus énergiques, caféine, éther, ont échoué le plus souvent dans le collapsus cardiaque rapide des formes broncho plégiques.
Quant aux manifestations tardives de la grippe, les
dernières venues en période épidémique ou celles de la période post-grippale, les indications de traitement nous ont paru les mêmes que dans les maladies cornmunes et annuelles des voies respiratoires, avec la même efficacité d'action; elles ne présentent rien de particulier et qui puisse nous arrêler. *
Nous n'avons pas eu l'expérience des traitements biologiques, vaccins ou sérums, qui ont été proposés. Parmi ceux-ci les uns, « sérums polyvalents », sont arrivés tardivement alors que l'épidémie était en décroissance. Le sérum anti-pneumococcique éxistait cependant; malheureusement nous n'avons pu en obtenir assez tôt ni en quantité suffisante pour l’employer utilement.
Un point important est le trailement chirurgical des pleurésies purulentes survenues pendant l'épidémie. Les fails à ce point de vue nous ont paru nettement tranchés : Ou bien il s'est agi de pleurésies purulentes suraiguës, associées le plus souvent à une broncho-pneumonie ou à une.septicémie streptococcique, et l’intervention élait vouée à l'échec : dans 15 cas analogues opérés en Septembre et Octobre dès l'apparition du pus ou même avant, alors que l'aiguille ne ramenait que du sang pur, mais en tous cas très précocement, nous avons. eu 13 décès dans les heures suivantes ou pendant l'opération, unautre quinze jours plus tard; un seul de nos malades survivait six semaines après l'opération.
Dans les pleurésies purulentes communes et à marche moins rapide de la fin de l'épidémie au contraire, les indications opératoires nous ont semblé d'un ordre
plus général, mais différer cependant à certains points de vue des indications habituelles aux empyèmes ordinaires. On ne doit pas perdre de vue en effet la grande fréquence des bronchô-pneumonies bilatérales associées à ces pleurésies, et qui constituent un danger sérieux en cas d’affaissement subit du poumon pendant l'intervention. [Il nous a semblé d’une facon générale que l'on avait intérêt à n'opérer que le plus tardivement possible, pour permettre au poumon du côté opposé de récupérer au maximum sa perméabilité.
En définitive, et dans l’état actuel de nos connaissances il semble bien que le traitement de la grippe quelle quelle soit, simple ou compliquée, sporadique ou épidémique, soit le traitement habituel de toutes les maladies infectieuses, à la fois éclectique et d’opportupité. l est réalisé par les petits soins minutieux et incessants prodiqués par une infirmière experte; par l'application judicieuse et opportune des procédés de traitements usuels ; par la surveillance attentive et répélée du malade qui devra être ou plusieurs fois par jour.
Le traitement dans ces conditions est une lutte de tous les instants; il en est de la-grippe comme de la typhoïde par exemple, et la même façon de faire permettra là comme ici de lutter efficacement.