DIAGNOSTIC
Le diagnostic de la grippe est facilité par la notion d’épidémicité ; de plus, l’évolution clinique de l’affection est si spéciale, que souvent le malade ou son entourage posent le diagnostic avant l’arrivée du médecin.
Mais la grippe, malgré sa fréquence, même en temps d’épidémie, n’est pas la seule maladie, et d’autre part, sa symptomatologie est assez polymorphe, pour que, dans certains cas, le diagnostic puisse rester hésitant. Le diagnostic peut se poser dans les premiers jours avec la fièvre tyfihoîde, lorsque la grippe n’a pas eu le début brusque, qui habituellement la caractérise. La prostration extrême, l’élévation thermique avec bradycardie relative, la dépression et même l’adynamie, des épistaxis abondantes, parfois de la diarrhée, peuvent en imposer pour une dothiénentérie, que distingueront cependant l’ahsence d’hypertrophie splénique très exceptionnelle dans la grippe, de taches
rosées; l’erreur, si elle était commise, ne serait que de courte durée.
La méningite cérébro-sliinale a un début analogue par plus d’un côté à celui de la grippe : céphalée intense, avec hyperthermie brusque, douleurs cervicales et dorsolomhaires. Aussi, lorsque les deux épidémies coexistent dans une même région, c’est souvent la ponction lombaire, qui seule tranchera le diagnostic.
Plus difficile serait le diagnostic avec la « dengue », puisqu’on a voulu, au début de l’épidémie actuelle, comme en 1889-1890, repousser l’origine grippale des accidents constatés pour les attribuer à la dengue. En réalité, celle-ci est peu fréquente en France, elle s’accompagne de douleurs plus marquées, l’éruption ne manque presque jamais, et elle ne provoque pas de complications pulmonaires.
Chez les militaires évacués du front, les accidents respiratoires dus à l’intoxication des gaz (ypérite), peuvent rappeler les formes pulmonaires de la grippe, et le diagnostic est parfois d’autant plus hésitant que trop souvent la grippe trouve chez de tels sujets un terrain tout préparé.
L’accès f}(^ludéen peut simuler la grippe au début; l’erreur ne serait possible, que s’il s’agissait d’un paludisme antérieurement latent, car le paludéen, instruit par l’expérience, fait facilement lui-même le <iiagnostic entre l’accès paludéen et l’accès grippal.
Certaines maladies infectieuses au début, rougeole (à cause du catarrhe oculo-nasal), variole (à cause du lumbago), rhumatisme articulaire aigu (à cause de l’intensité des douleurs des jointures), peuvent prêter passagèrement à discussion.
Les formes intestinales sont souvent difficiles, en dehors de l’examen bactériologique, à distinguer de la dysenterie, d’autant plus qu’il existe de petites épidémies familiales de dysenterie bacillaire.
D’autre part, il est certain que la grippe, suivant sa localisation, peut simuler diverses maladies épidémiques : le typhus exanthématique (brusquerie du début, hyperthermie, allure ataxo-adynamique), le choléra (dans les cas de grippe à forme diarrhéique avec cyanose et mort dans l’algidité), la (jeste à forme Jjneumonique, cette dernière erreur ayant souvent été commise par l’opinion publique.
Un autre point mérite d’être envisagé; de nombreux malades, au cours de l’épidémie actuelle, se considèrent comme atteints de grippe légère à forme traînante, qui se traduit par un état subfébrile, de la toux sans expectoration, des sueurs fréquentes, une sensation de fatigue insolite.
En réalité, il s’agit souvent alors, d’une poussée tuberculeuse discrète que le médecin dépistera facilement, si le malade lui-même ne néglige pas de se faire examiner sous prétexte qu’il a la chance d’avoir une grippe assurément tenace, mais sans gravité suffisante pour l’empêcher de vaquer à ses occupations.
En résumé, le diagnostic de grippe est facile, mais un examen quotidien minutieux est nécessaire pour dépister les complications pulmonaires, suivre leur marche, apprécier le degré de résistance de l’organisme et plus particulièrement du cœur. Reconnaître la grippe n’est rien; déterminer avec précision la forme de grippe à laquelle on a à faire, notion d’où dérivent les indications thérapeutiques, est par contre, une œuvre souvent très délicate qui nécessite toute l’attention du praticien.