PROPHYLAXIE INDIVIDUELLE
La ligne de conduite à adopter varie suivant qu’on est ou non obligé de vivre au contact de sujets atteints de grippe.
Assurément, les grippés ne sont pas des pestiférés; on peut habiter la même maison, le même palier que des sujets atteints de grippe sans courir grand risque, mais on s’expose, et toujours inutilement, en se rendant sans nécessité dans la chambre des malades, en séjournant à côté de leur lit. C’est là une grande cause de contagion surtout à la campagne, où les visites aux malades, dictées sans doute par une sympathie louable, mais parfois aussi par un simple sentiment de curiosité, sont beaucoup trop fréquentes; elles nuisent au malade qu’elles fatiguent; elles exposent à la maladie, sinon le visiteur lui-même, au moins sa famille et son entourage auxquels il rapporte les germes infectieux recueillis près du malade.
Lorsque les nécessités professionnelles (médecins, infirmiers ou infirmières), ou autres (soins familiaux), rendent obligatoire le contact avec les grippés, il est certaines précautions indispensables dont on ne saurait se départir sans engager gravement sa responsabilité.
On ne devra approcher le malade que protégé par une blouse, qui sera revêtue et laissée chaque fois qu’on entrera dans la salle ou qu’on en sortira; on ne quittera jamais le malade sans avoir pratiqué une désinfection soigneuse des mains, celles-ci risquant d’autant plus d’être contaminées qu’elles ont touché des crachoirs souvent souillés.
Le port d’un masque, quelque gênant qu’il paraisse, est une précaution d’une réelle valeur; masque très simple
formé de plusieurs épaisseurs de gaze protégeant le nez, la bouche et même les yeux, dans l’épaisseur duquel on peut verser quelques gouttes de goménol, de teinture d’eucalyptus. Ce même masque devrait être imposé aux malades après la période aiguë, pendant la convalescence, où l’expectoration et, plus souvent, la toux sans expectoration persistent comme seule manifestation morbide.
Ces mesures de protection seront complétées par une désinfection des premières voies digestives et respiratoires ; une ou deux inhalations quotidiennes, des gargarismes légèrement antiseptiques de formule variable, la désinfection des fosses nasales (goménol, qui paraît préférable au menthol) donnent de bons résultats.
Enfin, le meilleur moyen de résister à la maladie, est de lui opposer un terrain réfractaire, c’est-à-dire un organisme en pleine possession de ses moyens de défense naturels, conception que traduit cet aphorisme : le meilleur moyen de ne pas tomber malade est d’être en bonne santé. Il faudra donc, en temps d’épidémie, veiller plus minutieusement que d’habitude à sa santé, interrompre ses occupations, prendre le repos nécessaire à l’occasion de ces petits malaises qu’on néglige d’habitude un peu par indifférence, trop souvent aussi par amour-propre. On évitera tout effort physique ou moral inutiles, surtout si l’on se sent fatigué, « mal en train » selon la très juste expression populaire.