‹ La Grippe [Texte imprimé]Chapitre 19 sur 21 · TRAITEMENT DE LA GRIPPE A FORME PULMONAIRE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE LA GRIPPE A FORME PULMONAIRE

La grippe à forme pulmonaire comporte des indications thérapeutiques spéciales, qui peuvent être ainsi résumées :

Il faut:

1° Combattre l’infection générale qui parfois domine la scène.

2° Parer aux dangers des localisations pulmonaires et favoriser leur résolution.

3° Surveiller et soutenir le cœur.

Traitement général

Bien qu’il n’y ait pas, à l’heure actuelle, de traitement spécifique de la grippe, on peut cependant faire état de cette notion que les complications pulmonaires sont souvent de nature pneumococcique ou streptococcique et il, est logique d’opposer à ces agents infectieux, des médicaments spécifiques : sérum anti-pneumococcique et antistreptococcique. Ces sérums, isolés ou associés, ont été employés à doses variant de lo à 20 cm^ et même 8o cm^ ; répétés le lendemain, ils ne déterminent pas de réaction fâcheuse; il est légitime de redouter les accidents d’anaphylaxie (en particulier chez les nombreux soldats qui oht reçu des injections de sérum antitétanique); aussi toutes

les fois qu’il y aura un doute à ce sujet, il sera sage de recourir à la méthode de Besredka, injection sous-cutanée de 1 cm^ de sérum, 4 heures avant l’injection de la dose voulue ou administration d’un lavement de sérum; cette sérothérapie aurait surtout un effet préventif vis à vis des manifestations pulmonaires; il est nécessaire d’y recourir dès le début de l’infection ; il est d’ailleurs utile de déterminer quel est l’agent microbien prédominant dans l’expectoration : streptocoque ou pneumocoque.

En résumé, méthode inoffensive, mais sur laquelle on ne peut encore fonder de solides espérances, ce qui oblige à recourir à d’autres procédés de traitement.

Parmi les très nombreuses méthodes thérapeutiques opposées aux infections générales, nous retiendrons seulement celles qui paraissent susceptibles de rendre de réels services au cours de la grippe.

\Jhydrothéraf>ie est souvent commandée, imposée, pourrait-on dire, par l’hyperthermie élevée et persistante. Les bains froids sont mal acceptés par le malade ; les enveloppements humides, généralisés ou localisés au thorax, sont beaucoup mieux supportés. La technique sera la même que dans la fièvre typhoïde.

Les résultats sont moins frappants que dans cette dernière maladie; il est rare d’obtenir un abaissement thermique appréciable et durable, de voir augmenter la diurèse ; par contre, l’agitation du malade, le malaise indéfinissable qu’il éprouve, sont toujours très améliorés; ce fait établi par les observations des malades eux-mêmes suffit à lui seul à justifier les enveloppements froids dans les formes hyperpyrétiques.

Les injections de sérum artificiel (sérum physiologique, sérum glucosé) ne donnent pas de résultats bien nets, sauf chez les malades dont la tension artérielle est très abaissée; dans ce cas, le sérum artificiel additionné d’adrénaline est

d’une réelle utilité (X gouttes de la solution d’adrénaline à 1 p. 1000, dans 25 o cm^ de sérum à renouveler une fois dans les 24 heures). Ce mode d’administration est bien supérieur à l’administration par voie buccale; on peut recourir aux injections intra-musculaires (3 à 4 milligrammes par jour); on s’abstiendra de l’adrénaline, dans les formes d’œdème aigu infectieux.

On a fondé de grands espoirs, en Suisse, en particulier, sur les injections de métaux colloïdaux (ferments métalliques), parmi lesquels deux surtout ont été utilisés : l’électrargol et l’or colloïdal (collobiase d’or).

L’électrargol s’emploie en injections intra-veineuses à la dose de 10 cm^ qu’on pourra renouveler les jours suivants. L’or colloïdal s’emploie à doses plus faibles : 1/2 ou 1 cm^ pour la première injection, 1 ou 2 cm^ les jours suivants. L’usage des doses faibles, au moins au début, pour tâter la susceptibilité du sujet, évite les réactions pénibles, en particulier le frisson, qui apparaît d’ordinaire une demi-heure après l’injection et n’a d’ailleurs pas de conséquences fâcheuses.

Dans quelques cas, les métaux colloïdaux donnent d’excellents résultats, dont un des plus appréciables est la disparition au moins temporaire et souvent brusque, de la fièvre; chez d’autres sujets, ils paraissent sans action, sans qu’il soit possible d’expliquer cette différence, ils n’en constituent pas moins une méthode d’une réelle valeur.

Parmi les anti-infectieux généraux administrés par voie digestive, la première place revient à Zû quinine : c’est le médicament auquel on recourt presque instinctivement, dans tous les états infectieux avec fièvre élevée. Elle ne paraît pas, dans la grippe, modifier d’une manière nette la marche de la température. Si ses propriétés antipyrétiques semblent faibles, elle n’en conserve pas moins sa valeur comme tonique général. Mais à ce point de vue, elle

devrait céder le pas au quinquina, beaucoup moins irritant pour la muqueuse gastrique.

On peut administrer le quinquina en poudre, sous forme de cachets (ce qui aurait l’inconvénient de faire absorber un grand nombre de cachets) ou en poudre délayée dans du café.

Il est plus facile et peut-être plus efficace aussi, de s’adresser à l’extrait de quinquina qu’on prescrira en potion à la dose de 4 à 6 grammes par jour, comme dans la formule suivante :

Extrait de quinquina. ^

Acétate d’ammoniaque. (

Potion de Todd ou potion simple.q. s pour 120 cm^.

1 cuillerée à soupe toutes les heures.

Cette formule a l’avantage d’admettre l’association d’autres médicaments (strychnine, toni-cardiaques, sédatifs de la toux) dont les indications seront étudiées plus loin.

On a recommandé également comme médication antiinfectieuse générale Xurotrof>ine à la dose de 1 à 2 grammes par jour, soit par voie digestive, soit en injections intraveineuses (solution concentrée à l/io).

L’alcool chez les sujets déprimés, ou au contraire chez les alcooliques, peut être indiqué ; on le donnera sous forme de vins généreux, de potions de Todd, de cognac ou de rhum qui auront l’avantage d’aromatiser les infusions.

Cette médication anti-infectieuse et tonique générale est seule applicable dans les grippes graves, sans complications pulmonaires prédominantes. Lorsque celles-ci apparaissent, leur thérapeutique doit passer au premier plan.

Traitement des accidents pulmonaires

L’apparition d’un foyer pulmonaire entraîne comme conséquences : de la toux suivie d’expectoration, de la dyspnée et parfois de l’asphyxie par diminution fonctionnelle du poumon, de la fatigue du cœur par suite du surcroît de travail imposé au muscle cardiaque, souvent atteint luimême par l’infection grippale.

D’où ces indications fondamentales :

d) Calmer la toux, symptôme très pénible, que les malades supportent mal s’il se prolonge ; mais on ne supprimera pas la toux aux dépens de l’expectoration, processus heureux qui doit, au contraire, être favorisé et dont la disparition exagère les dangers de l’obstruction alvéolaire ; calmer la toux, tout en favorisant l’expectoration, tels sont les deux buts qu’il est nécessaire de concilier.

ti) La dyspnée comporte un traitement particulier. C’est surtout en agissant sur le foyer pulmonaire lui-même qu’on peut espérer la modifier.

c) Quant aux indications tirées de l’état du cœur, elles se résument en l’emploi judicieux des toni-cardiaques.

A) Tous les calmants de la toux ont été essayés dans la grippe : au premier rang se place l’opium et ses dérivés ; c’est là une médication délicate à manier, car elle risque de gêner l’expectoration. On préférera la codéine dont l’action sédative est peut-être plus marquée, sans action secondaire fâcheuse.

L’aconit réussit bien, surtout dans les quintes de toux d’origine laryngée; la belladone, qui diminue les sécrétions et possède une action antispasmodique, a, dans certaines formes, une heureuse influence.

Ces divers médicaments peuvent être associés comme dans les deux formules suivantes :

1° Teint, de rac. d’aconit . . .

Eau de laurier cerise.

Sirop de belladone.

Sirop de codéine . . . . . 1

Sirop de tolu.j

Eau distUlée de tilleul. . . .

XX à XXX gouttes 5 gr.

10 gr.

3o gr.

q. s. pour 120 cc.

Potion pour 24 heures.

1 cuillère à soupe toutes les 3 heures.

2° Extrait de racines d’aconit. .

— de belladone.

— de codéine.

— de datura.

Baume de tolu .......

Baume du Pérou.

âa 5 milligrammes âa 5 centigrammes

pour une pilule n° 3 o : 4 à 6 par 24 heures.

Cette dernière formule a l’avantage de calmer la toux, sans gêner l’expectoration.

On se trouvera bien d’associer à ces sédatifs de la toux, des inhalations fréquentes, dont les formules peuvent se varier à l’infini. Telle la suivante :

Acide phénique..

Teint, de racine d’aconit . .

Eau de laurier cerise ....

Teinture de Benjoin . . . ) Teinture d’eucalyptus. . . ) Alcool à 90" ..

1 gramme

q. s. pour 100

1 OU 2 cuillerées à café dans un bol d’eau bouillante ou d’infusion d’eucalyptus (inhalation à renouveler plusieurs fois par jour).

B') Parmi les modifications de l’expectoration, certains expectorants sont prescrits suivant une tradition classique : kermès, oxyde blanc d’antimoine, extrait de polygala. Ils paraissent peu actifs et doivent céder le pas à d’autres médicaments d’action plus certaine.

Telle la poudre de Dowerr qui s’associe avantageusement à la quinine et à l’ergotine (celle-ci destinée non à

agir sur les hémorragies pulmonaires, mais à exciter les fibres musculaires des bronches).

Poudre de Dower-.0 gr. 20

Sulfate de quinine.0 gr. 20

P. d’ergot de seigle.ogr.io

pour 1 cachet n° 10 : 2 à 3 cachets par jour.

Le seul inconvénient de cette médication est de déterminer chez certains sujets, des nausées et des vomissements même à faibles doses.

L’acétate d’ammoniaque jouit de propriétés expectorantes marquées ; c’est, de plus, un stimulant général, son usage est donc indiqué dans la grippe à forme pulmonaire, où il donne effectivement de bons résultats, à la dose de 5 à 6 grammes par 24 heures.

Mentionnons encore la térébenthine qui, à doses faibles, fluidifie et facilite l’expectoration.

Lorsque l’expectoration se supprime malgré la persistance des signes de foyer pulmonaire (formes bronchoplégiques), on obtient souvent d’excellents résultats de la strychnine, à la dose de 5 ou 6 milligrammes par 24 heures (granules de sulfate de strychnine à 1 milligramme), seule ou associée à d’autres médicaments.

Ce sont là les seuls médicaments qui paraissent utiles • on ne retire, par contre, pas grand profit des antiseptiques pulmonaires (hyposulfite de soude, eucalyptus, bien que ce dernier médicament ait donné des résultats sous forme de lavements d’infusion d’eucalyptus).

C) Comment agir sur le foyer pulmonaire lui-même?

Les révulsifs ont-ils, dans la grippe à forme pulmonaire, une réelle efficacité?

Il est d’usage d’y recourir sous forme de cataplasmes sinapisés, sinapisme, vésicatoires (qui comptent encore des partisans); pratiquement ces méthodes ne paraissent pas procurer au malade un soulagement appréciable.

II n’en est pas de même des ventouses sèches qui, nombreuses et répétées, diminuent rapidement la dyspnée. Si l’eflFet ne se produit pas, on aura recours aux ventouses scarifiées, sans craindre de réaliser une saignée locale impor tante (6 à lo ventouses scarifiées à chaque base, qu’on fera saigner le plus possible. C’est là une ressource précieuse dont le seul inconvénient est de fatiguer le malade. Aussi, dans certains cas dont l’évolution clinique rappelle tout à fait celle de l’œdème aigu du poumon (et il n’est pas douteux que souvent les manifestations pulmonaires de la grippe répondent au type d’œdème pulmonaire infectieux), la saignée générale sera-t-elle préférée aux ventouses scarifiées, présentant sur celles-ci l’avantage d’une moindre fatigue pour le malade et d’une action plus rapide; dans certaines formes avec obstruction bronchique, dyspnée intense et cyanose, une saignée copieuse permet d’obtenir une résurrection.

La saignée provoque un véritable drainage du poumon. On doit en rapprocher l’abcès de fixation, d’apparence bien différent, et qui agit cependant par un mécanisme analogue, réalisant un drainage leucocytaire ; il peut être indiqué d’y recourir sans attendre cependant, comme on le fait trop souvent, l’échec de toutes les autres méthodes thérapeutiques, ce qui explique les insuccès fréquents de ce mode de traitement.

Les soins consécutifs à la formation de l’abcès ont une grande importance ; l’abcès sera incisé d’une manière assez précoce, drainé au point déclive ; il faut éviter les larges décollements et les infections secondaires.

En agissant ainsi sur le foyer pulmonaire, on obtient presque toujours une amélioration manifeste de la dyspnée. Si elle persiste, on peut la calmer par des inhalations d’oxygène, et après tous les échecs, se pose la question du sédatif par excellence de la dyspnée, la morphine. A priori.

on a tendance à la rejeter; elle gêne l’expectoration et apporte une nouvelle intoxication chez un sujet profondément atteint et déprimé. Cependant, dans certaines formes asphyxiques ou lorsqu’il existe (et le cas n’est pas exceptionnel) des signes de pleurésie diaphragmatique, il est vraiment difficile, après insuccès des autres sédatifs, de refuser au malade le secours d’une injection de morphine. On réduira les inconvénients de ce médicament au minimum en n’usant que de faibles quantités (cinq et même trois milligrammes, cette dernière dose pouvant être renouvelée dans les vingt-quatre heures), et en associant à la morphine un toni-cardiaque — spartéine, caféine — ou un tonique général, tel que la strychnine. Cette dernière association, en apparence paradoxale, donne cependant en pratique de très bons résultats.

On ■ peut d’ailleurs remplacer la morphine par une des nombreuses formes d’opium injectable (pantopon, paveron).

Traitement des troubles cardiaques

Tous les traitements dirigés contre la congestion ou Tœdème pulmonaire, soulagent indirectement le travail du cœur. Mais, dans certaines formes, la défaillance cardiaque est si rapide ou si menaçante qu’elle comporte des indications thérapeutiques spéciales ; c’est alors qu’on recourt aux toni-cardiaques.

Au premier rang se place la digitale. Par une véritable association d’idées, c’est à elle qu’on s’adresse quand le cœur inspire quelque crainte. En réalité, contré les manifestations cardiaques de la grippe, la digitale est loin de donner des résultats, constants souvent même elle semble inactive, peut-être parce que les manifestations cardiaques relèvent

plus de troubles de rinnervation cardiaque que de lésions vraies de la fibre musculaire.

Si l’on ne veut pas s’exposer à des échecs, il est prudent de réserver la digitale aux sujets atteints antérieurement d’une affection cardiaque jusque là bien tolérée, mais pour laquelle l’atteinte de grippe peut marquer le début de l’hyposystolie. Elle sera alors donnée à doses faibles, avant l’apparition de signes d’insuffisance du ■ cœur, comme médication préventive. (Cinq gouttes de la solution de digitaline cristallisée à l/lOOO, ou un granule de digitaline cristallisée à l/io de milligramme, ou lO à 20 gouttes de teinture de digitale.) La digitale est d’ailleurs nettement contre-indiquée dans les formes d’œdème infectieux d’origine grippale.

Les mêmes remarques peuvent s’appliquer au strophantus.

Par contre, dans le traitement des troubles cardiaques, une place importante revient à la spartéine. Le sulfate de spartéine surtout administré en injections sous-cutanées, a une action rapide, sur la défaillance cardiaque, il n’a pas d’effet cumulatif, pas de conséquences fâcheuses, et peut être continué pendant plusieurs jours.

Il n’est pas nécessaire de recourir à des doses élevées : une solution à 5 o/o ou même 2 o/o dont on injectera l cm^ et qu’on renouvellera 6 ou 8 heures après, est suffisante.

On peut donner ce médicament en solution ou en potion, mais^son action est alors beaucoup moins rapide, l’absorption étant parfois retardée chez les malades dont le tube digestif n’est pas indemne.

Une excellente pratique consiste à associer au sulfate de spartéine, l’huile camphrée. L’expérience a montré que l’huile camphrée en injections sous-cutanées, devait être considérée à la fois comme un toni-cardiaque et un tonique général, mais pour en obtenir tout l’effet utile (et le

fait a déjà été établi pour la pneumonie des vieillards), il y a lieu de recourir à des doses élevées ou plus exactement à des doses fréquemment renouvelées : 4 ou 5 injections de 2 cm^ d’huile camphrée à l/lO, ou si l’effet ne se produit pas 2 ou 3 injections par 24 heures, de 10 cm^ chacune.

On a même proposé récemment d’administrer l’huile camphrée' en injections intra-veineuses à la dose de 1 ou 2 cm^ ; cette technique, qui a donné des résultats satisfaisants, sans accidents, ne paraît cependant pas devoir entrer facilement dans la pratique courante.

Lorsque les troubles cardiaques se prolongent, il devient avantageux d’alterner les médicaments destinés à soutenir le cœur; c’est alors que la caféine peut trouver son indication. Classiquement, on injecte 1 cm^ d’une solution à 25 p. 100 (1 cm 3 =0 gr. 25 ), dose qui paraît trop élevée; il est préférable de recourir à des doses plus faibles, solution à 5 p. 100 (1 cm® = 0,o5), qui seront renouvelées 2 fois par 24 heures.

La caféine a, en effet, une action brusque, mais passagère et d’autre part, à dose élevée, elle détermine souvent de l’excitation (céphalée intense, délire, nervosité); d’ailleurs son rôle dans la grippe est de soutenir le cœur, pendant plusieurs jours, et non de lui donner un coup de fouet qui risquerait de brûler ses dernières réserves d’énergie.

Page 1