CAUSES DÉTERMINANTES
Sous ces diverses influences, l’agent pathogène de la grippe se dissémine facilement. Depuis les recherches de Pfeiffer (1892), qui ont suivi la grande épidémie de 1889- 1890, il est admis que le microbe spécifique de la grippe est un cocco-bacille. Il a la forme d’un bâtonnet très court et très ténu, colorable par le Ziehl dilué, ne se cultivant bien que sur les milieux additionnés de sang; il se rencontre d’une manière constante dans les produits d’expectoration, plus rarement dans le sang (hémoculture) ou dans les diverses localisations viscérales de la grippe. L’inoculation
de cultures de ce bacille détermine chez le lapin des manifestations morbides, rappelant celles de la grippe (dyspnée, asthénie générale). Le même résultat s’obtient par inoculation de cultures tuées, ce qui met en évidence l’existence d’une toxine grippale.
La spécificité du bacille de Pfeiffer n’a pas été admise sans conteste, certains n’y voyant qu’un saprophyte banal des voies respiratoires.
Tout récemment, Nicolle et Lebailly ont communiqué les résultats de leurs recherches sur l’agent pathogène de la grippe épidémique; leurs expériences aboutissent aux conclusions suivantes : la grippe est due à un virus filtrant, transmissible au singe par voie nasale et sous-conjonctivaie, capable de réaliser un syndrome analogue à la grippe par inoculation sous-cutanée, mais non par inoculation intra-veineuse.
On a également voulu faire jouer un rôle important aux spirochètes constatés souvent dans les crachats des grippés.
Quelle que soit l’opinion sur le microbe spécifique de la grippe, un fait doit être mis en évidence. Si la grippe est due à un agent déterminé, les complications et en particulier les complications respiratoires qui constituent son vrai facteur de gravité, ont pour cause des agents microbiens non spécifiques dont deux se rencontrent avec une égale fréquence : le pneumocoque et le streptocoque, plus rarement le pneumo-bacille, l’entérocoque. S’agit-il des saprophytes habituels de l’organisme, qui deviennent virulents sous l’influence de l’infection grippale elle-même, ou de races propres ayant une virulence particulière? La question n’est pas résolue, mais on ne saurait méconnaître l’accroissement de virulence de ces germes pathogènes par passages successifs d’un malade à un autre, les faits cliniques rappelant tout à fait, à ce point de vue, les expé-
riences d’exaltation de virulence. Le pneumocoque, le streptocoque surtout, jouent, dans l’évolution de la grippe, un rôle indiscutable, et c’est contre eux en grande partie, que doivent être dirigés les efforts prophylactiques et thérapeutiques.