‹ La Grippe [Texte imprimé]Chapitre 4 sur 21 · GRIPPE LÉGÈRE SANS LOCALISATIONS VISCÉRALES · texte numérisé non relu

GRIPPE LÉGÈRE SANS LOCALISATIONS VISCÉRALES

Cette forme est encore à l’heure actuelle, et quoi qu’on en ait dit, la plus fréquente ; c’est en particulier celle des sujets jeunes, au-dessous de i 5 ans, des individus sains, vigoureux, placés dans des conditions hygiéniques satisfaisantes. '

Le début est exceptionnellement brutal, ne répondant guère à la description de l’épidémie de 1889, où la grippe terrassait le malade. Tel sujet qui a pu, le matin, se livrer à ses occupations, se sent fatigué dans le courant de l’après-midi, interrompt son travail quelques heures plus tôt que d’habitude, et s’alite dans la soirée; début rapide, brusque même, mais non brutal.

Cette période d’invasion ne se révèle par aucun trouble caractéristique et la grippe ne peut guère être soupçonnée, en dehors de toute notion d’épidémicité, avant l’apparition de la céphalée, symptôme constant qui marque en quelque sorte le début clinique de la grippe. C’est une céphalée frontale, sus-orbitaire, plus rarement unilatérale, continue, augmentée par les mouvements, et surtout par l’élévation des globes oculaires, parfois accompagnée de douleurs de la nuque; elle peut être assez intense pour arracher des cris au malade qui la compare à un broiement, à un martellement. En même temps s’installent d’autres manifestations douloureuses : telles les douleurs des membres (le malade est brisé, comme « roué de coups ») qui prédominent aux grosses articulations, souvent aussi à la face interne des tibias, d’une intensité telle qu’elles rappellent chez quelques sujets, les douleurs de l’ostéomyélite aiguë.

La rachialgie est la règle; spontanée, non améliorée par le repos au lit, difficile d’ailleurs à localiser : la pression des symphyses sacro-iliaques, .des masses musculaires sacro-lombaires, la fiexion du tronc ne l’augmentent pas.

A ces douleurs qui rendent tout sommeil impossible, s’ajoute une faiblesse musculaire, asthénie profonde, rendant le malade incapable de tout effort physique et intêllectuel.

Dès le début et très rapidement, la fièvre se manifeste : après quelques frissonnements, sans grand frisson solennel, la température s’élève et chez les sujets examinés, 2 ou

3 heures après les premiers malaises, le thermomètre indique déjà Sg”, 46° et même davantage. .

En résumé, une courbature fébrile intense, avec céphalée et asthénie, résume toute l’histoire clinique de la grippe simple, pendant la première journée'.

Dès le lendemain, alors que déjà les phénomènes douloureux s’atténuent, d’autres signes complètent le tableau clinique. Parmi les troubles digestifs, un seul est vraiment constant; l’anorexie qui peut aller jusqu’au dégoût et au refus de toute nourriture, même liquide. La langue est saburrale, épaisse (sans répondre cependant à la description classique de la langue porcelainée de la grippe), l’haleine est fétide ; ces troubles digestifs paraissent souvent dépendre de la constipation fréquente chez les grippés légers ; de fait sous l’influence d’un laxatif ou d’un lavement évacuateur, en quelques heures, la langue se nettoye et la fétidité de l’haleine disparaît.

Les manifestations respiratoires font-elles partie du cortège symptômatique de la grippe légère? Oui, et d’une manière constante, si l’on comprend sous ce nom lè coryza avec enchifrènement et léger catarrhe oculaire et larmoiement, la toux déchirante, dans le cas de trachéite, souvent même quelques râles de bronchite sonores, disséminés, sans modifications de la sonorité pulmonaire, mais ce sont là des signes inconstants et surtout très passagers.

Les urines sont diminuées, foncées, exceptionnellement albumineuses, sauf chez les sujets atteints antérieurement de néphrite où une grippe, même très atténuée, peut amener une recrudescence de l’albuminurie.

• Il y a lieu d’insister sur un symptôme mentionné à plusieurs reprises au cours de l’épidémie actuelle : la dissociation du pouls et de la température, le pouls restant toujours plus lent que ne le comporterait l’élévation thermique ; habituellement, avec une température de 39 ° 5 - 40 °,

le pouls bat à 80-90, dans les grippes à terminaison favorable (c’est le cas des grippes simples, envisagées ici). La bradycardie disparaît dans la station verticale.

Cette dissociation sphygmo-thermique doit être retenue comme élément de diagnostic et de pronostic.

Toutes ces manifestations durent deux ou trois jours, rarement plus, puis la fièvre tombe. La défervescence est d’ordinaire brusque, accompagnée de sueurs profuses, qui marquent l’entrée en convalescence, d’où l’habitude du public, d’ailleurs rationnelle, de chercher à provoquer une abondante sudation dès le début de la grippe.

- L’apyrexie persiste-t-elle après la défervescence?

Suivant l’opinion classique, on constate souvent après un ou deux jours de température normale, de nouvelles ascensions de un ou deux degrés, la courbe prenant alors dans son ensemble la forme d’un V (Teissier). Cette modalité paraît assez rare dans l’épidémie actuelle ; par contre, chez de nombreux malades, on remarque, après une phase d’apyrexie très nette, de petites poussées fébriles, qui paraissent dues aux premiers levers ou à une alimentation trop précoce ou trop substantielle ; elles manquent, en effet, chez les malades qui prolongent leur séjour au lit, et sont maintenus à la diète jusqu’à la disparition des signes d’embarras gastrique.

Si la période fébrile de la grippe simple est de courte durée, elle est loin de résumer à elle seule toute l’évolution de la maladie. Le grippé, apyrétique dès le troisième jour, le quatrième jour au plus tard, n’est pas guéri : l’anorexie, l’asthénie, avec fatigue rapide, l’inaptitude à tout effort intellectuel, l’instabilité thermique persistant au delà d’une semaine, entraînent une convalescence dont la durée est toujours supérieure à celle de la période aiguë de la maladie; par contre, les rechutes vraies paraissent tout à fait exceptionnelles.

La grippe simple est d’un pronostic favorable, celui-ci doit cependant être réservé; trop souvent, une grippe d’allure bénigne se complique vers le troisième, quatrième jour, de manifestations pulmonaires, réalisant un tableau clinique tout différent.

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