‹ La grisette de qualite dramevaudeville en quatre actesChapitre 18 sur 39 · COUPLET · texte numérisé non relu

COUPLET

Je ne suis qu’ouvrière,

Et pourtant, plus qu 'ailleurs.

Je me pique d’avoir des mmurs.

Sans me moutrer trop fière,

S’ili sont trop familiers,

Je repousse nos bacheliers l En travaillant à ma fenêtre J'adresse un sourire à chacun,

Et sans jamais me compromettre,

Je sais n’on rebuter aucun, . ,

Mais je n'en aime qu'un.

Mais je bavarde, je bavarde! et j’oublie...

(A Diana.) Madame veut-elle inc permettre de lui essayer ?

* Diana, le Ministre, Isabelle.

** Diana , assise, Isabelle, le Ministre, assis.

DIANA. Certainement., il faut bien voir comment cela va; mais dépéchez... le bal ne va pas tarder è commencer.

ISABELLE, gui a placé la coiffure. Madame la trouve-t-elle bien ainsi?

DIANA. Oui, je crois que ce n’est pas mal.

Je suis contente de vous, mon enfant ; prenez cette bourse sur ma toiletle.

ISABELLE. Celte botirse?

DIANA. C’est |K)ur acquitter voire mémoire.

ISABELLE. >Iais, madame, il y a dix fois plus que vous ne me devez.

DIANA. Non, car j'entends qne personne ne porte les toilettes que je porte moi-même ; et si je vous oblige à ne travailler que pour moi seule, il est naturel que je paye en conséquence.

ISABELLE. Cependant...

DIANA. Et puis, on m’a dit que tu avais une mère vieille et inûrmc... laisse-moi t’aider à la soulager ; et c’est encore moi qui te devrai du retour.

Elle lui donne U bourse,

ISABELLE. Obi madame, croyez...

DIANA, l'ii'emenl et sans l’écoutgr. A propos, cher duc, j’ai un service à vous’demandcr.. .

LE MINISTRE. A moi !

DIANA. Il s’agit de m’appuyer auprès dn premier ministre, dont je sollicite un régiment

LE MINISTRE, riant. Un régiment pour vous?

DIANA. Pour mon mari I

LE MINISTRE. Que signiffe?

DIANA. Puisqu’il n’y a pas d’antre moyen d’éire reçue i la cour, il faut bien que j’épou.se un homme dont le nom m’ouvrira les portes de l'Escurial.

LE MINISTRE. Je comprends ; mais ce mari...

DIANA. On le fora capitaine, et il recevra le soir môme du mariage son ordre de départ

LE MINISTRE. Et un gentilhomme accepte un pareil marché?

DIANA. Il l’acceptera, c’est un pauvre diable... sans patrimoine, sans ressources, un petit noble d’Aragon.

ISABELLE, d part. D’Aragon !

DIANA. Beau nom, cependant, don Manuel de Vargas...

ISABELLE, à part. Grand Dieu!

DIANA. Qu’avez-vous donc, petite?

ISABELLE, Irouéfée. Rien... rien; j'ai eu peur de piquer madame. (.4 part.) Lui ! oh! c’est impossible, ce serait trop affreux I

LE MINISTRE, se levant*. Et ce don Manuel est-il jeune, est-il beau?

‘ Istbellt, Ditoi, le Ministre.

DIANA. Qn’importeT An surplus, je l'ignore, je ne le connais pas.

ISABELLE, à part. Ah I

DIANA, c'est aujourd'hui seulement qu'il doit être question entre lui et moi de celte affaire.

ISABELLE, d part. O mon Dieu I mais il tant que je le voie, que je lui parle.

DIANA. Don Alanoel rient ce soir à mon bal; et comme nous ne nous sommes jamais vus, il ne me reconnaîtra que grâce à la couleur de mon domino et au ruban que j'aurai an bras.

ISABELLE, d part. Quelle idée!... mais ce domino, ce ruban... si je pouvais savoir. . .

DIANA. Une proposition de mariage, des fiançailles sous le masque! ce sera piquant, n’est-il pas vrai, cher ducî

LE ui.MSTBE. En effet I

DIANA. Eh bien, petite! que faites-vous donc?... qu'avez-vous à rêver ainsi?

ISABELLE. Moi, madame! je pensais, je réfléchissais...

DIANA. A quoi donc?

ISABELLE. Je pensais que pour se faire reconnaître il fallait à la senora du ruban, et j'en ai là du bleu...

DIANA. Du bleu? c'est du cerise que je dois porter.

ISABELLE, d part. Du cerise, ah ! [Haut.) Mais dn cerise, cela se verra-t-il assez sur un domino...

DIANA. Sur un domino noir , certaine— menL

ISABELLE, d part. Un domino noir !

LE MINISTRE. Mais il se fait tard; vos salons ne vont pas tarder à se remplir... il faut que je vous quitte.

DIANA. Eh bien, passez par mon boudoir; de cette manière vous n'aurez à craindre d'être rencontré par aucun de mes invités...

et vous pourrez en même temps écrire au ministre pour ce brevet.

LE MINISTRE. VOUS V tenez donc absolument?

DIANA. Absolument.

LE MINISTRE. Allons, soit I il faut bien faire tout ce que vous voulez.

DIANA. Vous êtes adorable !

ENSEMBLE

Aifi : Final de don Paequal,

V«oez donc écrire

Ce que|e désire;

Mon âme n'aspire

Qa'à Mile fiiT«ar« i

Il faut me remettre Vile celte lettre D'où pour moi doit naître Bientôt la grandeur.

LE MIMiNTaE.

Veuillez me conduire.

Car je dois souscrire A ce que désire Ici Totre co?ur.

Je vais vous remettre Vile cette lettre D’où pour vous doit naître Bientôt la grandeur.

ISABELLE, d part.

Que ra*t-il écrire!

Je guis au martYre!

Mon cœur qui soupire Pressent un malheur!

Hélas t cotte lettre Qu'il va lui remettre Eq mon cœur fait naître Et trouble et frayeur.

Le ministre et Diana sortent à droite.

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