CHOEUR
Air du Cme^rt d la coltr.
Honneur, honneur à l'excellence Qui près d'elle noua donne accès 1 OlTrons-lui donc à l'audience Nos hommages et nos placets.
Entre liabelle aree la Marqmit.
LA MABQUISE. Le ministre va venir?
MANCEL. Oui, ma tante...
ISABELLE. Et je vais lui remettre votre placct.
UN HüissiEB. Son excellence.
Entre le premier Ministre; tout le monde M dëcoom; le Ministre salue, et s’approche de la foule, qui luir^ met des pUcet«.
MANUEL, prend Isabelle par la main et la conduit près du Ministre. Elle tient les yeux baissés et lui présente le placel. Monaeigiieur...
LEMINISTRE. Donnez, donnez, mon enfant.
ISABEU.E, levant les yeux, (irand Dieu!
LE MINISTRE. Qu’ai-je vu! Comment c’est toi , petite I
Lo« (rois Cousins reparaissent.
TOUS, étonnés. Petite!
LE MINISTRE. Qui t'amène ici?... Est-ce que lu viendrais aussi solliciter?
ISABELLE. .Monseigneur !
MANUEL. O ciel! ce ton... quelle horrible pensée. ( A Isabelle. ) C’est li vous, à vous qu’il parle ainsi ! ... à vous, qui ne connaissez pas, qui n’avez jamais vu le ministre ?
ISABELLE. Que répondre, mon Dieu!
HECTOR, avec ironie. Mais monseigneur la connaît très- bien!
GUZMAN, de même. Et il la tutoie trèsbien.
LEMINISTRE. Allons, petite, rassure-loi...
tu es assczjoliepour obtenir facilement quelque grâce; ou verra ce qu’on peut faire en ta faveur!... surtout, si tu sais être discrète. (Se tournant vers les seigneurs.) Mais voyez, voyez donc, messieurs, commeelle tremble.. . Toi, si insouciante, si joyeuse parfois... toi, qui chantes si gaiement le printemps et les amours!...
MANUEL. Oh! infamie!
ISABELLE. Mais, monseigneur! (A part.) Oh! quelle honte I quelle honte!
HERCULE, à part. Et nous qui voulions l’épouser...
LA MARQUISE. A qui doue son excellence parle-t-elle ainsi?
HERCULE. A qui? mais c’est...
MANUEL, lui saisissant le bras. Silence!
ISABELLE, avec fermeté. Pardonnez-moi, monseigneur, mais vous vous mépreuez sans doute sur ce que je suis et .sur ce que je demande... Si je suis venue dans ce palais...
LE MINISTRE, bas, et sévèrement. Serait-ce, inadeuioisclle, pour abuser d’un secret que vous avez surpris?
ISABELLE. Un secret?...
LE MINISTRE, bas. N’ôte.s-vous pas cette petite qu’hier j’ai rencontrée chez...
ISABELLE, avec force, .le suis... je suis la fille du marquis de San-Lucar.
LE MINISTRE. La fille du marquis de San- Lucar!
LA MARQUISE. Ma fille... c’était â ma fille que le ministre parlait avec ce mépris!
ISABELLE. .Non, ma mère, non. Son excellence ne savait pas... elle ne (louvait deviner. .. elle a été trompée par les ap|iarcnres, par le lieu où nous nous sommes rencontrés.
LE MINISTRE, bas. Pas un mut de plus, madcmoist.lle.
MANUEL. Rencontres!... rencontrés hier, cette nuit, n’est-ce pas, monseigneur?
LE MINISTRE, Sévèrement. Monsieur de
Vargas, le premier ministre ne doit compte qu’au roi de ses actions.
HERCULE, aux deux autres. Décidément ça se complique.
HECTOR , de même. Je n’y comprends plus rien.
LA xiARQuiSE. Isabelle ! expliquez-vous, je vous l’ordonne!...
LE MtMSTRE, bas. Et moi , je vous le défends’... {La prenant à part.) Mademoiselle, j'ignore le motif qui vous a conduite sous un déguisement et sous un nom d’emprunt dans la maison où nous nous sommes vus hier; mais souvenez-vous bien qu’il faut que tout le monde ignore que j’y suis allé... et souvenez - vous bien aussi que de votre silence dé|>cndent le salut de l’état, la liberté et la vie de votre père.
ISABELLE. Démon père!... grand Dieu!
LE MINISTRE, à Isabelle. Si vous dites un mol, il est perdu !
ISABELLE. Je me tairai, monseigneur ; je me tairai !
Deux heures sonnent.
LEMI.NISTRE. Deux heures !... Au conseil, messieurs!... au conseil.