SCÈNE ÏII
IS.ABl'XLli, l'EKIiZ.
FEREZ. Lc' voili qui s’en vont l’oreille basse... Ah? voits avez joliment fait, mademoiselle, de rabattre leur insolence... .le me tenais à quatre pour ne pas éclater...
ISABELLE. Bon Ferez!... .Mais dis-moi, que fait ma mère?
FEREZ. Toujotn's seule dans sa chambre.
ISABELLE. Pauvre mère!... Oli ! il fam que je la voie, que je lui parle!
FEREZ. Si vous l’ordonniez, j’essayerais...
ISABELLE. Non, il faut respecter .ses ordres... il faut attendre... Bt mou consin, tu ne l’as pas vu, Ferez?
FEREZ. Pas encore, mademoiselle.
ISABELLE. Hélas!
On entend Minncr.
FEREZ. Madame la marquise qni appelle...
ISABELLE '. Eh bien ! va. Ferez, et ne lai dis pas que je suis ici.
SCÈJNE IV.
ISABELLE, puis LA MARQUISE «f FE- REZ.
ISABELLE, sruU. Il n’est pas verni... Depuis hier il se lient éloigné de moi... Pauvre Manuel I comme il doit souffrir!... Quel regard de mépris il attachait sur moi!.. . et lorsque après mon évanouisscinent je suis revenue b moi , je me suis trouvée seule, toute seule ici., et malgré mes larmes, mes prières, ma mère a refusé de m’entendre!... Mais Manuel!... il ne m'aime donc plus, lui!
puisqu’il me croit cou|rahle, puisqu’il me
fuit puisqu’il ne daigne pas même me
demander de me justiGcr... Devant tout ce monde je ne pouvais pas, je ne devais pas le faire... Mais ici, ù lui, j’aurais pu tout ^re sans danger.
Air éê MadtwunaelU de iféran^.
Lor«qu’à la fois tout m’abandoone,
Fuis'jelpur taire mon secret ?.«.
Que fe ministre me pardonne,
' Perez, Isabelle.
Mais je le sens, il me tueraitl
I)e mon serment je medéliere;
Je l'ai (fardé pendant un jour ;
Mais plu» d’un jour je ne puis vÎTre Sans leur amour. (6ù )
Cid ! ma mi“rc !
LA MARQiiisK, entrant avec Ferez. Il n’y a personne avec nous ici, l’erezT
Isabelle fait signe à Perrr. de dire que non.
PERF.7.. Personne, madame la marquise.
LA MARQUISE. C’csl lïien. Je te l’ai dit {elle s’assied), je veux être seule, toujours seule inaintenaiiL
FEREZ , reijnrdnnt Itahelle. Et pourtant, madame la marquise, voici une lettre qu’on vient d’apporter pour vous.
LA MARQUISE. Pour moi!
FEREZ. Et il faudrait quelqu’un... pour vous la lire... voire fille!...
LA MARQUISE. Ma fille!... je n’ai plus de fille, Ferez... Elle a brisé tous les liens qui m’attachaient à elle... Sa faute a élevé entre nous une barrière éternelle...
ISAREl.l.E, à paî t. Que je souffre ! que je souffre!...
LA MARQUISE. Lis-iiioi donc cette lettre.
Ferez... puisque c’est loi seul à présent qui peux me rendre cet office.
FEREZ. Madame la marquise. ..
LA MARQUISE. Allons, lis, je le veux.
FEREZ. J’oliéis. {Il ouvre la lettre.) Elle est de votre neveu, le chevalier de Vargas!
ISAF.ELLE. De Manuel !...
LA .MARQUISE. Fauvrc jeune homme!... et lui aussi il doit être bien malheureux I
FEREZ, limnt. « Madame la marquise, si » je n’avais à vous offrir que de vaines con-
• solations, je me serais abstenu de renou-
• veler vos douleurs en vous écrivant Dieu i> sait si j’aimais Isabelle, Dieu sait que pour » elle j’aurais donné ma vie... »
ISAREl.l.E , d pari. Bon Manuel!...
FEREZ, continuant. « Mais, après ce qui O s’est pas.sé, mon amour a dû s’éteindre,
» et si je ne puis oublier celle qui devait être « ma compagne, du moins je dois m’en sé- « |)arer pour toujours... »
ISABELLE, d part. Que veut-il dire T...
FEREZ. » Je suis donc allé trouver le mi- » iiislre, j’ai supplié son excellence de m’en- » voyer en Flandre, où nous faisons la guerre » en ce moment (le soir j’aurai mon ordre . de départ, et demain j’aurai quitté Madrid a pour jamais!... »
ISABELLE , d part Ciel!... il part 1. il m’abandonne!...
FEREZ. • Adieu, madame.., A défaut do
* La Marquise, Ferez, Isabelle.
a bonheur tranquille que j’espérais, je cotirS » chercher le bruit et les dangers des champs a de bataille... Puissé-je bientôt y rencontrer a la mort!... a
ISABELLE, jetant un cri. La mortl...
grand Dieu !...
LA MARQUISE, *< levant. Ou’entends-jc!...
Eh quoi. Ferez, vous me trompiez. .. elle était ici, malgré ma défense...
FEREZ. Madame la maixiiiise...
LA MARQUISE. 11 .'uflit. Sortez...
FEREZ. J’obéis!... (A part.) Pauvres femmes !
^ ENSEMBLE
i“ Air du Duc (VOlonne.
LA MARQI t>E, à part.
Sa yoit, arcenU Ont troublé me« &ens.
Sa prwnoe rh mon cœur Kéveille U doukur I Ab! jie ro^tonA pas!
Pauvre mère, hélas!
Je pourrai^ m’atteiulrir Je doi< la fuir I
laADELi-R, d part.
Sa VOIX, «CS accents Ont troublé mes sens !
Son aspect dans mon cœur Réveille la douieurl Mais ne tremblons pas 1 Pauvre mère, hélas 1 Oui, je veux Tattendrir Et la fléchir!
PERKz, d part.
Ce ton menaçant Me rend tout tremblant!
Moi, leur vieux serviteur.
Je ressens leur douleur I Mais ne restons pas!
Pauvre mère, hélas!
Puisse-t-elle Valtendrir Et la fléchirl
Il tort par le fond.