LA MARQUISE, ISABELLE
La Marquise sans dire un mol «* dirige vers la porte de droite.
ISABELLE. Ma mère!... vous voulez sortir... me quitter... mais vous m’accusez donc aussi, vous?... mais il n’y a donc pas dans votre c«ur une voix qui vous crie que votre fille n’est pas coupable... quelque chose qui vous dit : Elle aime trop sa mère pour avoir voulu la tuer à force de honte et d’infamie?... Oh 1 c’est bien vrai, allez, manière, c’csl bien vrai. .. je vous aime trop pour cela !
LA MARQUISE. Non, jo ne vous crois pas.... je ne vous crois pas.
Elle se laisse aller dans le fauteuil.
ISABELLE, d gtnoMX. Écoutez, ma mère, écoulée bien le son de ma voix, et tous saurez si je mens... Mettez la main sur mon cœur, et vous saurez si je yoûs trompe... Ma mère, par les caresses que vous m’avez tant de fois prodiguées, |>ar les larmes que vous avez versées sur le malheur de votre enfant, je vous jure que je suis innocente.
LA MARQUISE. Innocente !... Oh! si cela était vrai, mon Uieu!...
ISABELLE. Ab! vous me croyez!... vous me croyez, n’est-ce pas?... Est-ce que je pouvais oublier en un instant tant d’affection, de soins et de tendre.ssc?.. . est-ce que je ne devais pas me dire : Mais si je me déshonore. .. il faudra bien que ma mère me maudisse et me chasse... et alors, elle sera donc seule, tonte seule dans le monde, elle ne m’aura pins |X)urla soutenir... pour guider ses pa.«... et elle est aveugle, mon Dieu!
Am : Elle partie. (Delatuor.)
C'est Toa; quitiopuîs mon enfAncc Avec formé mon co>ur Aui le^'oos de l'honneur ;
C'est TOUS qui, par votre indulgeooe.
D'un devoir à remplir Ne fai^iex un plaisir ;
C'est TOUS dont, aux jours de muère,
La \oix toujours me consola ;
Et moi, soins, tendresse si chère,
J’aurais oublié tout cela t...
Oh I non, uns le rendre è ma mère Je ne pouvais partir,
Je ne pouvais mourir!...
LA MARQiiSE. Mais, au nom du ciel, explique-toi donc! car, malgré moi, tes accents me pénètrent, me persuadent., car une mère ne demande pas mieux que de croire fl l’innocence de sa fille!...
LSABELLE. oh! merci, merci, ma mère...
et maintenant, vous saurez tonte la vérité.
LA HARQi isE. Parle, parle vite !
ISABELLE. Je vous ai dit que le duc d’Alrala nous envoyait de l'argent., et qnelqnefoLs je vous lisais des lettres... Eh bien, ma mère, je vous trompais... Monsieur d’Alcala ne nous a jamais écrit., jamais il ne noos a rien envoyé.
LA MARQUISE. C’était doDC Vrai T... Mais alors... alors, d’où venait donccct argent?...
ISABELLE. D’où il venait, ma mère?...
tJhaque jonr je voyais diminuer nos ressources ; je voyais, en tremblant, arriver l’instant fatal où il ne noos resterait plus rien... vous ne vous plaigniez pas, ma mère, mais quelquefois, quand vous vous croyiez teule, je vous voyais pleurer!...
LA MARQUISE. Après?... après?...
ISABELLE. Je savais bien quels devoirs m’imposait le nom de San-Lucar... je savab
qu’aucun reproche... qu'aucun souvenir honteux ne devait jamais s’attacher è ce nom... mais je savais aussi que vous soulfriez, ma mère... je savais aussi que vous manquiez de pain... et moi, votre fille, moi, que voDs aviez nourrie, je ne pouvais pas vous laisser manquer de pain !
LA MARQUISE. Mais enfin, enfin ?... qu’astu donc fait?
ISABELLE, à genoux. Pardonnez-moi, ma mère... j’ai travaillé!...
LA MARQUISE, 3e levant. Travaillé!... tiavaillé!...
ISABELLE. Oui, les talents futiles que vous m’aviez donnés dans un temps plus lirureiix, je les ai fait servir à notre subsistance. lorsque vous me crov icz inactive ou endormie, je me mettais h l’ouvrage... je travaillais sans relâche. Je vous ai caché mou secret, parce que vous ne m’auriez pas laissée p.isser toutes mes nuits dans les larmes et le travail ; par tendresse pour moi, vous vous seriez condamnée au besoin, afin de m’éviter des fatigues et des veilles ; et je ne le voulais pas, moi !... Je ne voulais pas non plus qu’il tendit honteusement la main, lui... lui, qui m’abandonne maintenant !. . . et j’avais fait deux parts de mon travail et de mon temps, le jour pour Ini, la nuit pour vous!...
LA MARQUISE. Oh ! pauvre enfant, pauvre enfant que j’ai méconnue!...
ISABELLE. Je faisais des parures que de belles dames achetaient sans se douter qu’elles leur venaient de mademoiselle de San-Lucar.
Pour reporter mon ouvrage, j’avais pris im nom d’ouvriérc... C’csl dans une de ces maisons que le ministre m’a rencontrée ; il n’a vu en moi qu’une fille de rien, mic petite griselte ; et voilà pourquoi, en me retrouvant à la conr...
LA MARQUISE. As.sez... assez!... ah! je comprends tout maintenant... et nous t’accusions, nous, nous que ton travail nourissait... nous te repoussions, toi, si noble et si dévouée!... mais où es-tu donc, Isabelle?...
pourquoi donc te tiens-tu loin de moi?
ISABELLE. J’attends que vous m’ayez pardonné, ma mère...
LA MARQUISE. Te pardonner 1... oh! r’ert plutôt à toi de me pardonner mes injustes soupçons... Mais viens donc, viens donc sur mon ccenr I
ISABELLE, *’y jetant. Ma mère!... [Elle$ 3e tiennent etnbraeeies.) Mais lui, lui. Manuel qui me croit coupable... qui vent partir?...
LA MARQUISE. Oh! nous le détromperons; noos l’empêcherons ce départi... Mais pouiquoi n’avoir pas parlé hier? pourquoi ne nous avoir pas fait cet aveu lorsque nous te sup- {dions de t’expliquer?
MAGASnr THEATRAL.
ISABELLE. PonrqnoiT ah t c’est qne devant tonte cette foule je ne pouvais rien dire!... c’est qu’il s'agissait d'un secret d’état... ’c’est
S ue le ministre m’avait défendu, sur le salut e mon père, de nommer le lien où nous nous étions rencontrés. .. c’est qn’cnfin j’avai s donné ma parole. . .