COMMENTAIRES DE NOS OBSERVATIONS
Nous sommes en présence de malades dont pour la plupart l'affection n’a pas été de longue durée; l’évolution a été chronique d'emblée (sauf dans l'observation VIT où la malade souffrait depuis l’âge de seize ans). Dans l’observation VI, au contraire, la maladie fut très courte, à peine un mois, mais sans doute grâce à l’oxy-ferriscorbone sodique, car cet ulcère, traduit par une niche géante, aurait eu, croyons-nous, une évolution d'emblée chronique.
Les douleurs sont d’abord tardives, régulières, et ne tardent pas à devenir permanentes, rebelles à tout traitement médical classique, du moins dans la majorité des cas, prenant en somme le type de l’ulcère calleux grave; elles siègent au creux épigastrique.
L'appétit est le plus souvent conservé; s’il Y a anorexie, elle n’est pas élective; quand le malade refuse certains aliments, c’est volontairement, par crainte d'augmenter ses douleurs. Les nuits sont bonnes (sauf dans l’observation V et l’observation VI).
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Nous n’avons enregistré de vomissements que dans deux observations : alimentaires (observation 1), aqueux (observation V); dans un cas, une hématémèse légère (observation VII) et dans un autre, un mélœna (observation HI).
L’amaigrissement est important (de 8 à 15 kg.) et s'établit en quelques mois. Dans l'observation VIT, on pouvait même songer à un cancer, car si les signes cliniques avaient disparu pendant quelques jours à la suite d’une injection intrapéritonéale de novocaïne, la niche ulcéreuse s'était agrandie. $
Les injections d’oxy-ferriscorbone sodique pratiquées dans tous les cas au moment où les douleurs sont devenues rebelles à toute thérapeutique ordinaire, ont amené une disparition rapide des signes cliniques et radiologiques. Les gains de poids sont considérables et peuvent être enregistrés dès la première série d’injections d’oxy-ferriscorbone. En général, les douleurs disparaissent au cours de la première série de piqûres; au bout d’un certain délai, elles ont parfois reparu, aussitôt calmées par une nouvelle série d’injections. Trois séries ont parfois été nécessaires pour obtenir leur disparition. Chaque fois que le Professeur agrégé J. Dubarry a pu le faire, il a pratiqué une ou deux séries d’injections d’oxy-ferriscorbone sodique de consolidation, après disparition des signes cliniques et radiologiques. Mais jusqu’à l’an dernier, il ne disposait que d’une quantité très limitée d’ampoules d’oxy-ferriscorbone sodique et ne pouvait pas faire des traitements aussi complets que maintenant.
Les malades, revus plusieurs années après leur traitement, se portent très bien et ont repris leurs occupations, à l’exception de la malade de l’observation IV que nous commentons plus loin.
Les niches auxquelles nous avons affaire ont l’aspect typique décrit par Haudek, ovoïde avec bulle d’air (observations I et IT). Toujours de grande taille. Elles mesurent entre 20 mm./20 mm. et 60 mm./30 mm.; elles sont donc
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très profondes. Bref, rien ne nous empêcherait de conclure en face de ces images, à des ulcères perforés bouchés. Dans plusieurs cas, on note une diminution du calibre de l’estomac en regard de la niche, sans que l’on puisse parler de biloculation.
L'observation IV est particulièrement intéressante. Au début, nous sommes en présence d’une énorme niche du type calleux géant qui, en raison de sa taille, peut faire penser à un ulcère grave, térébrant, dont la seule thérapeutique légitime est l’intervention chirurgicale. Or, après une série de vingt injections d’oxy-ferriscorbone sodique, on constate une modification de la forme de la niche, qui devient ovoïde, du type Haudek, de la taille d’une prune. Puis cette niche s’efface complètement et, deux ans après, nous n’en trouvons aucune trace sur la paroi extérieure de l'estomac. Ainsi, l’aspect typique de niche de Haudek n'apparaît ici qu'à un stade de Pinvolution de la niche.
Dans tous les cas, la niche ulcéreuse a disparu après le traitement médical.
Nous nous permettons de revenir sur l’observation IV que nous venons de commenter au point de vue radiologique, pour signaler que cette malade est morte en grande asystolie deux ans après avoir été traitée pour son affection ulcéreuse de la petite courbure, et a pu être autopsiée par le Professeur agrégé J. Dubarry qui a constaté la présence d’un ulcus duodénal calleux perforé en péritoine libre, dans la phase agonique de son asystolie, ulcus qui était passé inaperçu aû milieu des phénomènes asystoliques. L’examen anatomique et histologique a montré que l’ancien ulcère s'était cicatrisé avec :
a) Une zone interne, où l’on note la disparition de l’épithélium et des glandes, remplacées par un tissu fibreux peu vasculaire où pullulent les microbes. Cette mince couche fibreuse repose sur un tissu réticulé assez lâche, dans les mailles duquel existent de très nombreuses cellules volumineuses à protoplasma bourré de vacuoles et de granulations.
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Ces cellules donnent l'impression de macrophages, elles sont isolées, dispersées sans ordre, ne formant ni cordons ni acini;
b) Une zone moyenne avec un tissu fibreux très dense en tourbillons; on y trouve, plus ou moins intactes, les différentes couches de la muscularis mucosæ ;
c) Une zone externe sous-séreuse épaissie, riche en filets nerveux. Vaisseaux peu nombreux et de petites dimensions.
C'est la seule observation où nous avons pu faire la preuve anatomique de la guérison de l’ulcère gastrique au niveau duquel on observait un tissu cicatriciel solide, sans signes histologiques d'inflammation. Il n’y avait pas de périgastrite visible à l’autopsie, alors que pendant son activité l’ulcère devait être entouré par une forte réaction conjonctive et inflammatoire à en juger par les dimensions exceptionnelles de la niche (60 mm./30 mm.) avant le traitement par l’oxy-ferriscorbone sodique.