Conclusions
A) Excès de culture des déchets de l'espèce. —
A l'heure actuelle, les déchets de l'espèce humaine, c'est-à-dire les enfants aveugles, sourds-muets, arriérés, nerveux, vicieux, idiots, imbéciles, crétins et épileptiques, sont, d'une façon générale, mieux protégés par la charité publique et privée, que les femmes enceintes.
Les aveugles et les sourds-muets sont en grande partie assistés et instruits dans des institutions nationales, départementales ' et privées. On ne saurait d'ailleurs trop admirer ces institutions.
A Paris et dans le département de la Seine, le conseil municipal et le conseil général, sous l'impulsion de M. Bourneville (1877-1899) ont
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organisé des établissements spéciaux, dans lesquels les idiots, imbéciles et arriérés^ qui forment la catégorie la plus nombreuse des enfants anormaux, sont l'objet de soins spéciaux.
Aujourd'hui, on fait beaucoup pour améliorer l'existence de ces non-valeurs de la race, qu'on cultive soigneusement, sous l'étiquette de traitement médico-pédagogique ou d'orthophrénopédie (i) (dressage des jeunes dégénérés).
Ce développement de la tératoculture ne constitue-t-il pas ce qu'on pourrait appeler une dépense de luxe ?
En tout cas, au point de vue des intérêts de l'humanité, son importance est véritablement bien secondaire, surtout si on la compare à la puériculture, qui nous parait constituer le type de la dépense de première nécessité.
En province, il n'y a guère que dans les départements de la Seine-Inférieure et de la Vendée, qu'on ait créé des sections spéciales pour les enfants idiots, imbéciles et arriérés.
Le bon sens populaire a heureusement
(i) DrTHULiÉ, Paris, Progrès médical, et F, Alcan,
réagi contre cette idée singulière du sanatorium d'idiots.
Mais un projet de loi actuel, soumis à la Chambre des députés depuis 1888, modifie la loi de i838 sur les aliénés. Ce projet prescrit la création de quartiers annexes pour les épileptiques, idiots et crétins, et oblige les départements à construire des sections spéciales, ou des asiles spéciaux, pour les enfants idiots.
Nous ne demandons certes pas qu'on en revienne à la coutume de Lacédémone , et qu'on remplace le gouffre du Mont-Taygète par le marteau-pilon ; nous n'admettons même pas que la société ait le droit de soumettre ces déchets de l'espèce à la craniectomie, a la castration et a la clitoridectomie, comme on l'a proposé récemment.
Qu'on se borne à les faire rentrer dans l'oubli, d'où ils n'auraient jamais dû sortir.
Dans les pays Scandinaves, en Allemagne, en Suisse, en Angleterre et en Belgique, il existe, pour ces enfants anormaux, des classes spéciales annexées aux écoles primaires.
Ce système, qui va être inauguré prochainement en Italie, nous parait être de beaucoup le meilleur et le plus économique.
Rien n'est plus rationnel, que de placer simplement à la remorque des écoles pri-
maires, Tannée des microcéphales, idiots, convulsionnés, névropathes, dégénérés, incapables, épileptiques, dépravés, débiles de corps et d'esprit, qui encombrent la société, au dépens de laquelle ils vivent d'une façon plus ou moins onéreuse, et dont ijs constituent le cap ut mortuum .
B) Insuffisance actuelle de la puériculture intra-utérine. — Après tout ce que nous venons de dire, il nous paraît inutile de démontrer, d'une façon spéciale, la réalité de cette insuffisance.
« L'assistance maternelle, dit M. Strauss(i), « est tout entière a créer sur le territoire « de la République ; insuffisante et défec- « tueuse où elle existe, elle fait à peu près « totalement défaut dans l'immense majorité « des communes. »
La future mère étant abandonnée par les pouvoirs publics, et par la charité privée, qu'il y a-t-il d'étonnant à ce qu'elle cherche si souvent dans le suicide un oublia son malheur, ou à ce qu'elle ait recours aux pratiques en usage dans ces officines louches, dont Zola fait un tableau si dramatique dans Fécondité.
(i) P. Stkauss. Puériculture cl dépopulation, 1901, P 47-
Si elle a le courage ou la lâcheté (suivant le point de vue auquel on se place), de gravir jusqu'au bout le calvaire de sa grossesse clandestine, qu'on ne s'étonne pas si elle ne peut résister à la tentation, et se laisse aller à supprimer en un instant la cause de tous ses maux.
Elle satisfait ainsi son désir de vengeance, contre le rejeton du séducteur qui l'a abandonnée, et contre la société tout entière, qui l'a abreuvée d'humiliations pendant de longs mois.
Qu'il nous soit permis de citer ici un des derniers jugements du président Magnaud, cette âme de philanthrope sous une robe de magistrat, qu'on a si justement surnommé Le Bon Juge :
« Attendu qu'avant de punir, le droit et le « devoir du juge est de remonter avec le plus « grand soin aux véritables causes, aux causes « initiales des infractions pénales, dont la « société lui demande la répression. »
« Que, dans l'espèce, c'est précisément à « la société elle-même, telle qu'elle est orga- « nisée, qu'incombe la plus large part du « délit qui a été commis par Marie V. . . (1).
(1) Marie .lulie V... ayant accouché clandestinement à Yinly (commune de Saint-Gcnlgouph), dans la nuit du 5 au 6 juillet 1900. Accusation d'infanticide par imprudence.
4go ETUDES SUIÎ LA GROSSESSE
« Qu'en effet celle-ci déclare qu'en dissi- « mulant sa grossesse et son accouchement, « même à sa famille, elle n'a agi que par « crainte de la sourde hostilité, et de la stu- « pide et cruelle réprobation dont, en général, « sont l'objet les filles-mères, comme si la « maternité, bien comprise, n'effaçait pas « toutes les irrégularités légales, et ne rele- « vait pas, moralement, toute femme qui en « éprouve les douleurs et les joies.
« Que, si la société actuelle n'avait pas in- « culqué et n'inculquait pas aux générations « qui la composent, le mépris de la fille-mère, (( celle-ci n'aurait pas h rougir de sa situation, « et ne songerait pas à la cacher;
« Que c'est à la société contemptrice des « filles-mères, et si pleine d'indulgence pour « leurs séducteurs, qu'incombe la plus large « part de responsabilité dans les conséquence ces, si souvent fatales pour l'enfant, des « grossesses et accouchements clandestins :
« Qu'il est seulement regrettable que Marie « V.. ., qui s'en rend compte aujourd'hui, n'ait « pas assez eu d'indépendance de caractère « et de cœur, pour s'élever au-dessus d'aussi « déplorables préjugés, causes de tant de « crimes et délits contre l'enfant, et de corn-
DELA PUÉRICULTURE TNT fi A- UTÉRINE 691
« prendre que la fille-mère qui pratique toutes « les vertus maternelles mérite d'être d'au- « tant plus respectée qu'elle est presque tou- « jours seule à supporter toutes les charges a de sa maternité »
Ces considérants, qui n'avaient sans doute pour but, dans l'esprit de leur auteur, que d'atténuer la faute, et de stigmatiser les mœurs actuelles de la société, nous paraissent constituer un vigoureux réquisitoire, contre l'insuffisance de la puériculture intra-utérine.
Nous ne saurions mieux terminer ce chapitre, que par cette citation déjà ancienne de M. Strauss (1) : « Ce sera l'un des étonne- « ments de nos arrière-neveux que, pendant « une période aussi longue, les mœurs et les « lois aient laissé la femme dans une telle ser- « vitucle, l'abandonnant sans défense en pleine « crise de grossesse et de maternité. »
7) Desiderata.
A) Nécessité de l'adoption de plusieurs méthodes de puériculture intra-utérine. — Le 19 janvier 1790, le district de Saint-Etienne du
(1) Paul Strauss. L'enfance malheureuse.
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Mont sollicita des représentants de la commune, l'impression du mémoire du citoyen Lambert, auteur du Précis de vues générales en faveur de ceux (juin ont rien, et du Cahier des Pauvres.
Ce mémoire, qui avait déjà été présenté à l'Assemblée Nationale le 22 décembre 178g, par le célèbre Guillotin, concluait à la nécessité de la création d'un Comité de mendicité, lequel fonctionna pendant toute la législature.
En résumant ses travaux à la fin de son mandat, ce Comité formula, entre autres, la demande suivante: « Art. il, Tencourage- « ment des associations de bienfaisance, « telles que la Charité maternelle et la Société « philantropique. »
Ce vœu général nous parait contenir en germe tous les procédés de puériculture, qui ont mis tant d'années à passer de la théorie à la pratique.
Il n'est pas de question plus à l'ordre du jour actuellement, que celle de la dépopulation de la France, qu'on considère à bon droit comme un péril national. En réalité, notre pays ne se dépeuple nullement. Mais l'augmentation du nombre de ses habitants est si faible, et surtout diminue d'une façon si régulikj
DE LA PUÉRICULTURE INTRA-UTÉRINE 4q3
renient progressive, qu'il est incontestable que cette simple constatation nous fait envisager l'avenir sous d'assez sombres couleurs.
Alors que, en 1870, l'accroissement de la population était de 2,57 pour 1000, il n'est plus actuellement que de 0,81.
En Allemagne, les chiffres correspondants sont: io,33 en 1870, et i5,6o à l'heure actuelle. De tels faits se passent de commentaires.
La lutte en faveur de la conservation de l'espèce, comporte deux procédés opératoires distincts : l'un, le plus simple, tend a majorer la natalité; l'autre, tout aussi efficace, a pour objet de diminuer la mortalité, spécialement chez les nouveau-nés.
Etant donné l'état actuel de nos mœurs, il est certain que l'augmentation de la natalité ne sera jamais, pour les classes élevées, qu'un vœu d'un désespérant platonisme.
Pour augmenter le rendement de l'espèce humaine, le moyen le plus sûr consiste donc à faire d'abord de la puériculture intra-utérine, c'est-à-dire à entourer de soins l'enfant en germe, de façon qu'il devienne l'être le plus vigoureux possible, avec les éléments fournis par les défauts et les qualités des producteurs.
ïgft ÉTUDES SUR LA GROSSESSE
II est certain que, si la sélection humaine n'était pas en contradiction absolue avec l'exercice de la liberté individuelle, il serait beaucoup plus rationnel de commencer par faire un triage parmi les reproducteurs. Si on pouvait procéder ainsi, beaucoup d'insuccès, inutilement onéreux pour la société, seraient certainement é^tés.
« Il faut, dit Platon dans sa République, « rendre les rapports fréquents entre les « hommes et les femmes d'élite, et très rares a entre les sujets moins estimables de l'un ou « de l'autre sexe. . . »
Quant aux différentes méthodes de puériculture intra-utérine, elles ont chacune leurs avantages et leurs inconvénients.
« Plus les moyens d'action seront variés, « dit M. Strauss (i), plus l'outillage complexe « et riche, et plus la récolte sera abon- « dante. »
Le fait que la collectivité est tutrice des enfants en germe, lui impose de veiller sur eux avant leur naissance, en secourant les mères nécessiteuses, de la façon qui lui paraît
Straus. Puériculture et dépopulation, iqoi,
DE LA PUÉRICULTURE 1NTR A- UTÉRINE fi$5
la meilleure ; il y a donc lieu de choisir, dans chaque cas, quel est le procédé de choix.
M. Bernardheig (du Havre) se déclare partisan de l'assistance maternelle à domicile.
Il est certain que cette méthode a l'avantage de ne pas créer une séparation pénible entre la femme et sa famille, séparation qui est souvent une cause de désorganisation du lover (vagabondage des enfants, liaisons nouvelles et alcoolisme pour le mari).
Mais il est un grand nombre de circonstances dans lesquelles cette puériculture à domicile ne sera qu'illusoire.
De telle sorte que, dans la majorité des cas, son efficacité ne sera pas comparable à celle du sanatorium de grossesse.
Celui-ci s'impose, d'ailleurs, dans tous les cas où la femme habite un logement insalubre, n'a plus de famille, ou est abandonnée par le mari ou l'amant.
Il est inutile d'attirer l'attention sur la fréquence de pareils faits, qui sont l'origine de tant de crimes : suicides des filles-mères, avortements, infanticides, etc.
B) Création de sanatoriums départementaux de grossesse. — Nous avons vu précédemment que la Convention Nationale avait déjà compris l'imérrieuse nécessité du sanatorium de
4g6 ÉTUDES SUR LA GROSSESSE
grossesse, qui ne fut réalisé qu'un siècle plus tard ; et que l'Académie de médecine, en 189] , avait nettement formulé le vœu suivant: « que, a dans chaque département, il soit établi au « moins un asile destiné à recevoir les femmes « pendant les derniers mois de leur grosce sesse ».
Le Conseil supérieur de l'Assistance publique a voté le même principe, sous une forme presque identique, à la suite du rapport de M. Drouineau •: « que chaque dépar- « tement soit tenu de pourvoir à l'hospitali- « sation des femmes enceintes dénuées de « ressources, soit dans les maternités hospice talières, soit clans les asiles-ouvroirs, soit ce dans les Maternités secrètes (1) ».
On peut affirmer que jamais vœux plus platoniques n'ont été émis, et que la question du sanatorium départemental de grossesse n'a jamais été prise en considération par les pouvoirs publics.
Et cependant les campagnes bénéficieraient dans une large mesure de la réalisation de ces projets d'assistance maternelle régionale.
A l'heure actuelle, en effet, la fille-mère
(1) Conseil supérieur de l'Assistance publique, session de juin 1892.
finit presque toujours par échouer à Paris ou dans les grandes villes, où elle se fixe le plus souvent pour toujours, comme nourrice d'abord, comme bonne ensuite, à moins qu'elle n'aborde la galanterie.
C'est donc une fille robuste et féconde, complètement perdue pour l'élément rural.
S'il existait des sanatoriums départementaux de grossesse, il est plus que probable que la fille-mère serait conservée dans son pays ; qu'elle y abandonnerait plus rarement son enfant ; et qu'enfin elle ferait retour au sol natal.
Quelques architectes ont eu le courage de s'engager dans cette voie nouvelle, de l'étude des asiles pour femmes enceintes ; le but était tellement lointain, qu'ils ont eu véritablement du mérite.
Parmi ces vaillants, je citerai spécialement M. Paul Legriel, architecte diplômé par le gouvernement, et auteur d'un projet de Maternité, qui lui a valu une médaille de 2e classe au Salon de 1896.
Depuis ce moment, M. Legriel a fait une étude toute particulière de cette question des sanatoriums de grossesse.
Le seul projet de ce genre, qui ait figuré à la classe 112 de l'Exposition de 1900, était exposé par lui.
B.ïucHArotntT. 3a
M. Legriel a bien voulu me communiquer partiellement ce projet, ainsi que plusieurs autres, qui envisagent successivement les principaux partis, qui sont capables de résoudre le problème, au point de vue purement architectural.
Comme préface à ces plans, je crois utile de reproduire un passage de la lettre qui les accompagnait.
« Je vous remets, m'écrit M. Legriel, une « réduction du plan d'ensemble (planche 2) : « Maternité et sanatorium pour femmes eu- « ceintes, que j'ai exposé à la classe 112.
« Ce plan repond au désir de certains « accoucheurs, qui souhaitent d'avoir, à « proximité l'un de l'autre, le sanatorium de « grossesse et la Maternité.
« C'est en cherchant dans cet ordre d'idées, « que j'ai été amené à concevoir la planche 1 : « Maternité et sanatorium réunis en un seul « groupe de bâtiments.
« L'avantage de ce parti consiste surtout « dans la possibilité de réaliser une très « grande économie, tant sur l'étendue réduite « du terrain, que sur diverses simplifications « administratives : bureaux uniques, une « seule cuisine, etc. ; enfin divers services « communs aux deux établissements.
« Le troisième dessin (planche 3) repré- « sente, seul et détaillé, le sanatorium dont « la planche 2 ne donnait que la masse.
« Le parti que j'ai adopté conviendrait surce tout à une grande ville, où le terrain, la « main-d'œuvre et les matériaux coûtent cher; « tous les services sont groupés autour d'une « cour carrée.
« J'ajoute qu'il me paraît impossible de « faire plus simple, et de construire meilleu» « marché, tout en répondant aux exigences « multiples du programme que je me suis « imposé.
« Je n'ignore pas qu'au point de vue de « la contagion, ce parti offre le danger innéce rent aux plans compactes ; mais tous les « projets ont leurs inconvénients et leurs « avantages.
« D'ailleurs, vous voyez que j'en propose « d'autres, et que, sans sortir du domaine de « l'architecture, j'ai cherché les différents « modes de solution de ce problème com- « plexe.
« Ainsi les planches 4 et 5 figurent des « partis demandant plus de terrain que les (( précédents, et qui pourraient convenir aux « sanatoriums de campagne, ou tout au moins « de banlieue.
5oo ÉTUDES SUR LA GROSSESSE
« Ces bâtiments sont très aérés. Ils ne sont « pas reliés entre eux par des portiques ; « mais on peut modifier le projet à ce point « de vue, en établissant des communications « souterraines ou autres.
« Dans le projet n° !\ (planche 4), les cui- « sines sont communes au sanatorium et à la « Maternité, située en arrière, et non figurée « sur la planche ; l'administration et l'éco- « nomat voisinent dans un même bâtiment, à « proximité des femmes enceintes normales « et anormales (isolées).
« A ce propos, je dois vous prévenir que « j'ai conventionnellement divisé les femmes « enceintes anormales en trois catégories : « syphilitiques, tuberculeuses et albuminuri- « ques, que j'ai toujours cherché h isoler, « en mettant de plus cette dernière classe le « plus loin possible des cuisines, afin de faei- « liter leur surveillance alimentaire, et de « leur éviter des tentations olfactives.
« Dans le parti n° 5, ces trois catégories de « femmes sont isolées et séparées entre elles « dans le fond du plan, l'administration et la « direction occupant un bâtiment qui fait face « à l'économat, aux cuisines, etc.
« Dans les deux derniers projets (planches « 6 et 7), tous les bâtiments sont reliés par
DE LA PUÉRICULTURE INTRA-UTÉRINE Boi
« des portiques fermés ; ce qui me paraît dece voir être très apprécié dans la pratique, de « tout le personnel en général, et particu- « lièrement des médecins, internes, sagesce femmes, surveillantes, etc., sans oublier le « directeur, dont les rondes de police sont « ainsi rendues plus faciles et plus efficaces, ce en raison même de leur caractère occulte.
« Maigre cela, j'affirme que l'hygiène ne « perd pas ses droits, grâce à l'étendue con- (( sidérable du terrain qui est occupé.
ce En raison de la superficie importante incc dispensable à la réalisation de ces projets, « il me semble qu'ils conviendraient particu- « lièrement aux villes de province, dans lésée quels le terrain n'a pas atteint un prix élevé.
ee Je pourrais encore vous envoyer d'autres <c partis, dont je tiens les dessins à votre disee position ; mais ils me paraissent dériver plus ee ou moins des 7 précédents, et, par suite, « ne pas mériter une description spéciale, surce tout sous cette forme de croquis.
ee Tous ces Sanatoriums de grossesse ont e< été conçus avec un programme de 200 lits ce environ ; mais rien ne serait plus simple ce que de diminuer ou d'augmenter ce chiffre.
ee Je crois que les trois pavillons d'isolement, ec que j'ai destinés conventionnellement — -
5o2 ETUDES SUR LA GliOSSESSE
« je le répète — à des albuminuriques, tu- « berculeuses, ou syphilitiques, constituent (( une nouveauté, tout au moins en tant que « projet sérieusement étudié, et que la réali- « sation de ce dispositif présenterait de sé- <( rieux avantages ».
Après ces explications données par M . Legriel lui-même, et que j'ai cru devoir reproduire intégralement, je me bornerai à recommander l'examen attentif des esquisses très étudiées que ce jeune architecte a bien voulu dessiner spécialement pour moi.
Je pense ne pas blesser sa modestie, en affirmant qu'il est peut-être actuellement celui qui possède le mieux les connaissances si spéciales qu'exige la construction rationnelle et pratique des sanatoriums de grossesse.
Que le xx° siècle se décide enfin à réaliser l'admirable vote de la Convention Nationale, c'est-à-dire à multiplier, sur le sol de la Nation, les asiles clans lesquels la fille enceinte « pourra... entrer à telle époque de sa gros- « sesse qu'elle voudra » !
Les descendants de ceux qui ont eu le mérite de faire la Révolution auront ainsi l'honneur d'avoir pris l'initiative de la première œuvre nationale ayant pour but la conservation et l'amélioration de l'espèce humaine.
DE LA PI ÉRICULTl R E I X TRA-U T Ê R I Y E 5o3
Nous ne saurions mieux terminer ce chapitre, que par cette belle citation de M. P. Straus (i) :
« Nos successeurs, lorsque l'humanité aura « pris conscience d'elle-même, dans la paix « et la fraternité universelles, s'étonneront de « la mollesse, ou plutôt de l'inertie avec lace quelle l'homme du xixc siècle veillait sur ce « qu'il y a de plus précieux au monde, la vie « humaine.
« Ils nous prendront à bon droit pour des barce bares à peine dégrossis, confits d'égoïsme, « à visées étroites, à sensibilité rudimen- « taire ».
C) Des différents moyens de faire face aux dépenses de puériculture. — M. Drouineau, le rapporteur du projet de loi discuté et préparé en 1892, dans le Conseil supérieur de l'Assistance publique, a établi que la dépense serait de 5 millions de francs pour les fillesmères, et 2 25oooo francs pour les femmes légitimes.
Ces chiffres nous paraissent beaucoup trop faibles.
Ils ne correspondent qu'à des demi-mesures.
(1) P. Strauss. Puériculture et dépopulation, p. 8.
6o4 ÉTUDES SUR LA GRQSSESSE
Pour trouver les crédits nécessaires à ces fondations essentiellement humanitaires, — puisqu'elles intéressent l'avenir de la race — on peut d'abord faire un revirement de fonds, au détriment des œuvres qui ont pour but d'entretenir les jeunes idiots, imbéciles, crétins, épileptiques, etc.
Qu'on utilise leur budget pour construire les premiers sanatoriums de grossesse !
Mais, étant donnée l'insuffisance notoire des crédits qu'on pourrait obtenir par ce moyen, il nous semble qu'il y aurait lieu de recourir à des mesures plus radicales, et qu'un des meilleurs emplois qu'on puisse faire de ce fameux « trésor des moines », dont il est tant question depuis quelques semaines, serait la fondation d'une caisse nationale de maternité.
MM. Trouillot et Brisson ont déclaré solennellement, à plusieurs reprises, que les biens des congrégations non autorisées, c'est-à-dire acquis contrairement à la loi, seraient affectés à des œuvres de haute solidarité sociale, et notamment à la caisse des retraites ouvrières.
Parmi les propositions qui ont été faites à la Chambre, à l'occasion de la loi sur les associations, nous signalerons encore celle de MM. Vaillant, Viviani et Zes'aès, qui tend à la saisie des biens de main-morte, qui seraient
DE LA PUERICULTURE INTRA-UTÉRINE 5o5
affectés à la création d'une caisse de retraite pour les vieillards, et pour les invalides du travail.
Mais aucun des parlementaires actuels ne semble avoir pensé qu'une partie de ces biens, notamment ceux provenant des congrégations de femmes, devraient logiquement être employée au développement de la puériculture, puisque la religieuse s'est soustraite volontairement au devoir social de la maternité.
11 est certain, en effet, que, pour les femmes, les vocations religieuses ne se trouvent pas seulement dans l'attrait du sacrifice et du dévouement, et dans l'espoir de félicités éternelles, ainsi assurées dans leur esprit.
Beaucoup de jeunes filles qui entrent au couvent, y sont surtout attirées par la défaillance, par la crainte de la vie contre laquelle elles se sentent mal armées, et aussi par l'effroi momentané de la maternité, conséquence fréquente d'une sorte de débilité cérébrale et physique.
Enfin, pour un grand nombre, la voie de la grâce est surtout représentée par des désillusions, parmi lesquelles les dilficultés de la conquête du mari rêvé, doivent être placées au premier rang.
Si on remarque, en outre, que la société
5o6 ÉTUDES SUH LA GROSSESSE
civile n'a donné à la femme ni droits, ni protection, et que la société religieuse l'accueille avec des paroles de douceur et de protection infinie, on comprendra la fréquence des vocations religieuses féminines.
« La société laïque, a dit M. Viviani(i), fait « entendre un langage moins doux que celui « de la société religieuse. Elle demande le (( labeur, l'effort, l'action, et prescrit non « seulement d'accomplir son devoir, mais « encore de le chercher ».
Aussi, alors que, au moment de la Révolution, il n'existait que 27000 femmes dans les couvents, il y en a actuellement, tant en France qu'en Algérie, 1 83 901, suivant le recensement du Ministère de l'Intérieur (2). D'après cette statistique, quia été dressée par arrondissement, le nombre global des établissements de femmes serait de 16298, dont i3/j28ne seraient pas reconnus (129 4o,2 membres).
« Il faut, a dit M. Viviani, que la charité « religieuse fasse place à la solidarité. Il « faut transformer les couvents en foyers
(1) Dans son mémorable discours du x5 janvier à la Chambre.
(2) Statistique du 1e1' janvier 1901.
(( d'assurance sociale, vers lesquels on détour- « nera tous ceux qui ont de la foi. »
Quel meilleur emploi peut-on faire de la caisse des religieuses, que de créer, grâce à elle, une caisse de puériculture ?
L'esprit et la raison ne sont-ils pas satisfaits, par cette conception de la religion de l'humanité, ayant pour but le développement de l'espèce humaine, et le bonheur des générations futures : la femme faisant vœu de chasteté coopérant, d'une façon utile quoiqu'indirecte, au devoir social de reproduction de la race?
De cette façon, la jeune fille qui recule systématiquement devant l'accomplissement de la fonction maternelle, paye une sorte de taxe de remplacement, qui sert les intérêts supérieurs de l'espèce, auxquels elle se dérobe !
Le député du Nord, M. l'abbé Lemire, ce curé qui, d'après M. Cornély (1) déclare être un de ceux « qui allèrent avec le tiers à la « salle du Jeu de Paume », nous paraît avoir une idée bien nette de la question.
Dans le discours qu'il a prononcé à la Chambre le 28 janvier, M. Lemire a rendu hom-
(1) Le Figaro, 3o janvier 1901.
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muge h « ce courant des idées si puissant, « qu'il s'agisse de bienfaisance, de législation « comparée internationale, du repos des fem « mes et des enfants, de l'humanité en géné- « ral... »
En proposant la création d'une caisse de maternité, au dépens de la partie féminine du « trésor des moines », cette caisse av;mt surtout pour objet la création de sanatoriums départementaux de grossesse, nous pensons donner satisfaction à ces pseudo-philanthropes de sacristie, qui défendent les congrégations, en s'appuyant non seulement sur le bien qu'elles ont fait dans le passé, mais sur celui qu'elles font actuellement.
Quoi qu'il en soit, nous ne saurions mieux terminer ce travail, que par la consolante péroraison du discours de M. l'abbé Lemire : « Quoi qu'on fasse, on n'arrêtera pas ce « torrent, ou plutôt ce grand fleuve, qui coule « à travers le monde d'un mouvement géné- « reux et grandiose ».
La culture de l'enfant en germe étant le premier des devoirs de l'humanité, nous sommes intimement convaincu qu'elle sera apportée par ce grand fleuve, à l'aurore du xx° siècle.
TABLE DES MATIÈRES
' Puges.