‹ La Guérison Naturelle De La Syphilis AcquiseChapitre 7 sur 25 · EN MATIÈRE DE SYPHILIS · texte numérisé non relu

EN MATIÈRE DE SYPHILIS

Quand on parle de syphilis, le mot « guérison », dans son sens absolu ne peut avoir qu’une signification (1) : que l’organisme est débarrassé de tout tréponème, de tout virus syphilitique. Or nous n’avons actuellement à notre disposition aucun test positif qui permette de prouver la stérilisation d’un sujet (2).

Il faut se contenter d’un sens relätif, qui n’exclut pas d’ailleurs la possibilité de la stérilisation complète. Guérison signifiera que, s’il persiste du virus syphilitique chez le sujet examiné, il y a, en quelque sorte, un état d'équilibre entre l’organisme et le virus et qu’il est fort probable que cet équilibre ne sera pas rompu.

Cette probabilité, quels signes, la donneront-ils ?

Tout d’abord, le silence clinique. Jusqu’à la découverte de la réaction de Bordet-Wassermann, c'était sur cette absence d'accidents cliniques que les syphiligraphes jugeaient leurs malades guéris. Il s’agit, bien entendu, d’un silence clinique complet. Car la présence de petits signes tels qu’un reliquat d’'induration ou de la rougeur (erythema irritans) à la place du chancre, une érosion ponctuée unguéale isolée, une fissure ou

(1) Cette définition n’est en effet applicable qu’à la syphilis ou à certaines maladies chroniques (paludisme, amibiase, etc..). Une infection aiguë peut, au contraire, être considérée comme guérie encore que le convalescent demeure porteur de germes. C’est que « l’immunité syphilitique revêt un mode particulier »; tant que le virus syphilitique habite l’organisme, des réveils sont toujours possibles, tout en étant plus ou moins probables.

(2) Cf. discussion des différents textes proposés in E. ScHULMANN, Etudes cliniques de syphiligraphie, chapitre sur « Les critères de guérison de la syphilis »,

une leucoplasie linguale, signes sur lesquels M. MirraN a insisté (1) indique une syphilis en activité. ; Quant au temps pendant lequel doit se prolonger ce silence clinique, pour que la guérison soit probable, il est impossible de le déterminer de façon précise. Tout ce que l’on peut dire c’est que plus l'infection est ancienne, plus la probabilité augmente.

FourNIER, dans une statistique (2) portant sur 4.400 malades atteints d’accidents tertiaires, montre que ces accidents surviennent :

dans 70 pour 100 des cas entre la première et la dixième année de l'infection; dans 22,3 pour 100 des cas entre la onzième et la vingtième année ;

dans 5 pour 100 des cas entre la vingt et unième et la trentième année;

dans 1 pour 100 des cas entre la trente et unième. et la quarantième année;

et dans 0,28 pour 100, après la quarantième année (3). \

FOURNIER précise, en outre, que « la fréquence relative des manifestations du tertiarisme subit une ascension considérable de la première à la troisième année; qu’elle atteint son apogée à la troisième année, pour décroître de façon continue, assez rapide et presque régulière de la quatrième à la onzième année, tout en se tenant encore dans une moyenne assez élevée ».

Lorsque l’infection est âgée d’au moins vingt ans, l’apparition d'accidents tertiaires peut donc être tenue pour relativement improbable. Au delà de la trentième année pour fort improbable (4).

2° Réactions sérologiques négatives.

D'une façon générale, on admet en effet qu’une réaction sérologique positive est un signe de syphilis en activité, donc susceptible de réveil, même si le silence clinique est complet depuis plusieurs années. Par contre, si au silence clinique s’ajoutent des réactions sérologiques négatives, les probabilités de guérison augmentent encore.

(1) Revue fr. derm. et vénéréol. 1926, p. 611, et 1927, p. 3. . (@) FourNiEr. Evolution du tertiarisme, Semaine Médicale 1900. Cette statistique porte sur 4.400 malades (4.000 hommes et 400 femmes). Fournier avait déjà présenté une statistique et des conclusions semblables en 1889 au Congrès International de dermatologie et de syphiligraphie. À cette époque, son rapport était basé sur 2.395 observations.

(3) Le total de ces différents chiffres n’atteignant pas 100, il y a une légère erreur dans le calcul de ce pourcentage.

(4) Dans la pratique, lorsqu'on peut s’aider des critères sérologiques, de la réactivation et de la ponction lombaire, on peut présumer un syphilitique guéri, avant d'aussi longs délais.

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