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Que pouvait contre ce déploiement de forces Tarmée de Mac-Mahon pelotonnée autour de Sedan? Les of0ciers prévoyaient une catastrophe. Flambés I Pris dans une souricière I Bloqués comme Bazaine I Voilà les mots qu'ils échangeaient. « Nous sommes perdus », disait le général Doutrelaine à Douay. — « C'est aussi mon opinion, répondait Douay, il ne reste qu'à faire de notre mieux avant de succomber. »Ducrotmontrait àson entourage le fer à cheval que dessinaient les Allemands, ou, comme il s'exprimait encore, leur éternel mouvement de capricorne, et il allait reposer au bivouac du !•' zouaves pour avoir un bon régiment sous la main si les troupes se débandaient pendant la nuit. WimpfTen, couché sur le sol, sans tente ni couverture, ne pouvait dormir et ne cessait de penser à la situation critique de l'armée. Il voudra le lendemain percer sur Garignan, comme Ducrot, sur Mézières. Mais les issues seront bouchées. De quelque côté que se replient les Français, ils se heurteront aux Allemands et lors même qu'ils réussiraient par un effort suprême à briser le cercle qui les entoure, non sans subir d'horribles pertes, ils seraient dispersés et rejetés en Belgique.
Le !•' septembre s'engageait la bataille décisive. 140000 Allemands s'ébranlaient contre 90000 Français. Trois de leur corps d'armée se dirigeaient vers la Givonne. Trois autres gagnaient la route de Sedan à Mézières. Un septième faisait face à Sedan et son rôle ne fut pas le moins important. G'est le II* corps bavarois ; il garnit les hauteurs de Wadelincourt et de Frénois, et pendant que ses chasseurs traversent le fau-
bourg de Torcy et s'approchent des ouvrages de Sedan pour abattre les servants sur leurs pièces, soa artillerie tonne soit contre les remparts de la place, soit par-dessus la ville sur les positions françaises qu'elle prend à revers.
Dès quatre heures du matin, dans le crépuscule et le brouillard, les Bavarois du général de Tann passent la Meuse et se glissent vers Bazeilles dont ils comptent s'emparer par surprise. Les officiers donnent leurs ordres à voix basse; les soldats marchent doucement, sans pousser un cri, sans tirer un coup de fusil. Leurs bourrahs n'éclatent que lorsqu'ils sont dans Bazeilles. Mais l'infanterie de marine veillait; elle occupe les maisons les plus solides et les endroits les plus propres k la défense, le château Dorival, la villa Beurmann, le parc de Monvillers ; elle arrête les assaillants par un feu meurtrier. La lutte s'opiniàtre et s'acharne; les deux partis se renforcent, jettent à tout instant des troupes fraîches dans la mêlée ; des habitants de Bazeilles combattent à côté des braves marsouins ; sut* plusieurs points le village est en flammes. Les Saxons secondent les Bavarois. Us se saisissent de la Moncelle ; ils se logent dans le bois Chevalier ; ils repoussent la division Lar* tigue qui tente dç les débusquer.
C'est alors, à six heures et demie, que Mac-Mahon reçoit un éclat d'obus qui lui déchire la fesse gauche. Il quitte le champ de bataille en désignant pour son successeur le général Ducrot, quoique moins ancien que Wimpffen et que Douay. Ducrot apprend la nouvelle A huit heures, et sa figure d'ordinaire calme et froide exprime le découragement et la douleur. Il lève les bras au ciel et
s'écrie : « Grand Dieu« que voulait donc faire ici le mare* chall » Mais^on émotion ne dure qu'un instant, et après avoir déclaré qu'il accepte la lourde responsabilité du commandement, il dicte d'une voix ferme des ordres de retraite. On s'étonne autour de lui, on le regarde avec consternation, on ose lui dire que la retraite entraînera la déroute. Ducrot répond que la retraite est la seule chance de salut, que pour ne pas être cernée, Tarmée doit se dégager, se concentrer sur le plateau d'Illy, se replier vers Méziéres. Il se rend auprès de Lebrun, et inutilement Lebrun objecte que ses troupes ont l'avantage, qu'elles perdront en reculant l'énergie et la confiance, qu'elles ne traverseront qu'avec de grandes difficultés le bois de la Garenne. Ducrot lui réplique que les Allemands manœuvrent pour prendre l'armée sur ses derrières et l'envelopper complètement; il prescrit à l'infanterie de marine de protéger la retraite, et déjà, pendant que la division ^çtrtigue contient les Saxons sur la Givonne, la brigade Gandil et la brigade Lefebvrequi n'ont pas encore donné, remontent vers le bois de la Garenne.
Mais une seconde fois Tarmée allait changer de général. A neuf heures, WimpfFen faisait savoir à Ducrot qu une lettre de Palikao lui conférait le commandement au cas où malheur adviendrait à Mac-Mahon. Il avait attendu quelques instants avant de revendiquer le droit que lui donnaient son ancienneté et l'ordre du ministre. Mais la retraite prescrite par Ducrot lui paraissait impraticable. Comment plusieurs corps déjà fatigués feraient-ils sans trouble, au milieu du champ âe bataille, par un chemin difficile, six kilomètres de marche pour
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le moins? Ne seraient-ils pas resserrés par Tassaillanl et vivement refoulés sur les troupes nombreuses qui s'emparaient de la route de Mézières? Pourquoi ne pas lutter encore? Lebrun ne tenait-il pas ferme àBazeilles? Ne saurait-on, comme lui, tenir partout jusqu'à la nuit et se battre sur place de même qu'à Valmy? Wimpffen enjoignit donc à Lebrun de rester à Bazeilles — : « Tu auras, lui disait-il, les honneurs de la journée »• — , et à Ducrot, de garder ses positions: « Il nous faut, s'écriait-il avec exaltation, il nous faut une victoire! » — « Nous serons trop heureux, lui répondit Ducrot, si nous avons une retraite. »
La bataille continue donc plus ardente. Pour faciliter le mouvement qu'il projetait, Ducrot avait envoyé vers la Moncelle et le parc de Monvillers la division Lacretelle. Elle faisait des progrès dans la vallée de la Givonne. Ses tirailleurs qui ne portaient l'uniforme que depuis quelques jours, obligeaient par une vive fusillade les batteries saxonnes à rétrograder. Pareillement, à Bazeilles, la division Vassoigne et la brigade Carteret gagnaient du terrain, repoussaient les Bavarois sur la place du marché. Mais à onze heures les Bavarois et les Saxons, renforcés en infanterie et surtout en artillerie, appuyés par le tir efficace de leur canon, avaient refoulé l'assaillant soit sur Pond-de-Givonne, soit sur Balan et les hauteurs adjacentes. Bazeilles brûlait. Épuisés par une lutte de plusieurs heures, noircis par la poudre et la fumée, les Bavarois du général de Tann abandonnaient le village incendié pour se poster à la gare et dans les jardins du nord-ouest. Mais une brigade du II* corps bavarois, détachée de Frénois, secourait le
générât de Tann; elle traversait les prairies à gauche de Bazcilles, entrait dans Balan, et après une violente mousquelerie, enlevait le parc du chàteau« A une heure, Lebrun élail rejeté dans le Vieux Camp.
Gomme Bazcilles et Balan, Daigny tombait aux mains des Allemands. La première brigade de la division Larligue, la brigade Fraboulet de Kerléadec, défendait d'abord la rive de la Givonne avec vigueur; elle faisait plier rinfanterie saxonne et, sous la protection des mi« Irailleuses, marchait contre le bois Chevalier. Mais son artillerie fut rapidement démontée. Lartigue, Fraboulet, le chef d*état-major d*Andigné étaient blessés. Les zouaves et les chasseurs à pied, lassés et manquant de conQance, n avaient plus la même ardeur qu'à Frœschwillcr. Tournée sur ses deux ailes, chassée peu à peu des broussailles et des carrières, puis de Daigny et du parc de la Hapaille, la brigade se retirait à dix heures derrière la Givonne.
La garde prussienne, venue de Carignan parPourruciux-Bois et Francheval, se liait à la droite des Saxons. Klle prenait Villers-Cernay, Haybes, Givonne; elle prenait La Chapelle où résistait bravement le i**^ bataillon des francs-tireurs de Paris, dit Lafon-Mocquart. Quatorze batteries,établi66 sur la rive gauche de la Givonne, entamaient une terrible canonnade contre la division Wolff qui tenait les positions de la rive droite. Vers midi des nuées de tirailleurs français fondaient sur Givonne; mais elles se dissipaient bientôt et disparaissaient sous un feu écrasant. Dix de nos pièces entraient hardiment dans le village pour riposter de plus près ; avant môme qu^elles fussent décrochées, une compagnie de fusiliers
prussiens les capturait avec toute leur escorte. Isolée et Ijientôt débordée sur sa gauche, la division Wolff recula vers Sedan.
Tandis que les Bavarois^ les Saxons, la garde prussienne arrivaient par Test et se rendaient maîtres de tous les passages de la Givonne, Tarmée du prince royal de Prusse, division wurtembergeoise, Xl^ et ye corps prussiens, avançait par Touest*
La division wurtembergoise qui servait de réserve, traversait la Meuse à Dom-le-Mesnil et barrait la route de Mézières.
Le XI* et le V* corps prussiens, commandés, l'un par Gersdorff, et Vautre, par Kîrchbach, passaient la rivière à Donchery, puis tournaient à droite par le défilé de la Falizette entre la presqu'île d'Iges et le bois du Grand Canton. Gersdorff occupait les villages de Saint-Menges, de Pleigneux, de Floing. L'infanterie de Douay — division Liébert — tenta de reprendre Floing ; mais après un combat furieux où Gersdorff fut frappé à mort, elle lâcha pied. 14 batteries du XI® corps garnirent au sudest de Saint-Menges, entre Floing et Pleigneux, les crêtes des hauteurs. Un des plus jeunes et des plus brillants généraux de Tarmée française, promu de i'avant-veille, le marquis de Galliffet, essaya d'enlever cette artillerie qui lui semblait en l'air; ses trois régiments de chasseurs d'Afrique, accueillis par une pluie d^obus et par le feu nourri de l'infanterie, tournèrent bride.
Le commandant du ¥• corps prussien, Kîrchbach, venfidt dans le même temps se poster en avant de Pleigneux et faire sa jonction avec la garde royale. Il
réunissait ses 12 batteries aux 14 batteries du IX® corps. A midi, 144 pièces, croisant leurs feux avec celles de la garde, se déployaient contre Illy et le bois delà Garenne, rectifiant leur tir au troisième coup, envoyant leurs obus comme au polygone avec la plus remarquable précision. Les troupes de Douay ne purent résister à cette canonnade formidable. Trois batteries françaises furent désorganisées en dix minutes. Infanterie, cavalerie, artillerie s'abritèrent dans le bois. A une heure, huit compagnies prussiennes du XP corps s'emparèrent du calvaire dllly.
Ducrot, alarmé par le fracas de la bataille, avait couru de toute la vitesse de sa monture vers Illy en se frayant un chemin à travers le torrent des hommes et des chevaux. 11 rencontre Wimpffenausud du bois. « Le Cercle, lui dit-il, se resserre de plus en plus ; Tennemi attaque le calvaire dllly ; hâtez-vous d'envoyer des renforts, si vous voulez conserver cette position, a ^— « Eh bien, répond Wimpffen, chargez-vous de cette tâche ; rassemblez ce que vous trouverez de troupes de toutes armes et tenez ferme par là, tandis que je vais voir ce que devient Lebrun. » Au nom du général en chef, Ducrot ordonne aux brigades Gandil et Lefebvre de se rendre à l'ouest du bois de la Garenne, au général Forgeot d'amener en face de Pleigneux et de Floing rartillerie de réserve, à la division de cavalerie Margueritte qu'il conduit lui-même, de marcher vers Floing, en longeant la crête du plateau.
Mais à la Moncelle et à Balan Wimpffen jugea la situation si grave qu'à son tour il demanda des renforts. La gauche du là*' corps, écrivait-il, était fort engagée, et
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Douay devait fournir à Lebrun tous les secours dont 11 pouvait disposer. Douay envoya la brigade Maussion et la division Dumont qu'il remplaça par la division Conseil- Dumesnil tenue jusqu'alors en seconde ligne. Mais les bataillons de Dumont et de Maussion se croi-^ sèrent au sud du bois de la Garenne avec la brigade Lefebvre, et les batteries de la garde prussienne crachèrent la mitraille au milieu de ces masses confuses. La brigade Lefebvre s'enfonça sous le couvert du bois et se dispersa. La brigade Maussion et la division Dumont refluèrent sur le plateau.
Sans se déconcerter, Douay réunit tous les fantassins de la division Dumont, qu'il forme en une grosse colonne, et s'élance vers le calvaire d'Illy pour le reconquérir. Mais battue de front et de flanc par une grêle de projectiles, prise de panique, cette infanterie se sauve dans une effroyable confusion. Aidé de Doutrelaine, de Renson, de Dumont et de Liégeard, Douay rallie les fuyards, les reforme en bataillons, leur donne comme soutien la brigade Maussion, les cache aux regards de l'ennemi par une haie très épaisse et les ramène sur le plateau où Doutrelaine, qui de sa haute taille dépasse la plupart des soldats, leur sert de jalonneur sous les obus. Deux batteries de la réserve arrivent au galop pour couvrir Tatiaque. Mais que peuvent-elles, malgré leur abnégation et leur mépris du danger^ contre le feu convergent des pièces allemandes? A peine ont^elles tiré trois fois qu'elles sont désemparées, pulvéHsées. D'autres batteries les remplacent aussitôt. Elles prennent de meilleure» dispositions; elles répondent plus éûergiquement à l'ennemi; elles détournent sur elles tout l'effort du
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canon prussien. Au bout d'une demi-heure leurs affûts sont brisés, leurs servants et leurs attelages, couchés par terre ; leurs caissons, broyés ; — quarante coffres sautèrent en cette journée dans le seul corps de Douay. Elles se dérobent en abandonnant leur matériel. Et Tinfanterie suit Tartillerie I A deux heures, éperdue, affolée, elle descend et roule vers Sedan I
La division Liébert tenait encore les <^roupes de Floing et de Gazai. Mais, comme disait Douay, elle ne se battait plus que pour l'honneur. Déjà réduite, accablée d'obus, iUe se voyait pressée et débordée par des bataillons frais qui débouchaient du village de Floing. Ducrot fait appel à la cavalerie : qu'elle charge par échelons sur la gauche, balaye ce qu'elle a devant elle, se rabatte à droite et prenne en flanc toute la ligne ennemie. Chasseurs d'Afrique, chasseurs à cheval, hussards, lanciers, cuirassiers se précipitent vers l'ouest. Margueritte les conduit; il tombe blessé par une balle qui lui traverse les joues et lui coupe la langue ; mais il jette des cris rauques « enavanti» et delà main ordonne d'attaquer. « Vive Margueritte, répondent les chasseurs d'Afrique, vengeonsle ! » Galliffet prend le commandement. « Nous sommes désignés, dit-il à ses officiers, pour protéger l'armée, et il est probable que nous ne nous reverrons pas; je vous fais mes adieux. » Il fond sur l'infanterie qui gravit les escarpements et atteint la crête du plateau. Plusieurs charges s'exécutent coup sur coup, et durant une demiheure, au son des trompettes et au milieu du crépitement des balles qui frappent les sabres et les fusils ou qui pénètrent dans la chair des chevaux avec le bruit d'un fer rouge plongé dans l'eau, la cavalerie franç.iUe s'élajice,
se replie, se rallie, repart avec le même enthousiasme et la même rage, et ne cesse de tourbillonner sur les pentes de Floing. Elle assaille des artilleurs qui se défendent avec le sabre ou Técouvilion ; elle enfonce les lignes des tirailleurs ; elle renverse et culbute des pelotons, des compagnies. « les braves gens I » s'écriait le roi Guillaume qui de Frénois assistait h Taction^ et un autre témoin, un officier français, assure que le spectacle était émouvant, sublime, inoubliable. Mais partout Tinfanterie prussienne profite des fossés, des haies et des moindres accidents du sol pour s'embusquer. Une fusillade continuelle refoule peu à peu tous les chocs de ces beaux régiments qui se sacrifient héroïquement à l'armée et laissent sur le terrain plus de la moitié de leur monde. L'infanterie prussienne s'avance en poussant ses hourrahs. La division Liébert reculait pas à pas. Des bandes de chevaux qui galopent sans cavaliers désorganisent ses rangs. Les vainqueurs lui arrachent les hauteurs de Floing et le hameau de Gazai, menacent de lui couper toute retraite, et déjà touchent au nord de Sedan. Après avoir vainement cherché quelques positions où puisse se prolonger la résistance, Douay ramène la division Liébert en assez bon ordre sur le glacis de la place.
Durant les charges de GallifFet, Ducrot essayait d'entraîner la brigade Gandil. Par trois fois il tente un retour offensif, et Tépée au poing, se met avec les officiers de son état-major, à la tète des bataillons ou fractions de bataillons qui restent autour de lui. Quelques hommes le suivent; les autres démoralisés s'enfuient vers Sedan.
C'en était fait. Entre trois et cinq heures, par le nord.
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parTouest, par Test, les Allemands, garde prussienne» Saxons, XI* corps, abordent le bois de la Garenne. On tiraille et se bat à la lisière, dans les massifs et sur une grande clairière près de la ferme de Quérimont. A cinq heures, tous les défenseurs du bois ont posé les armes ou gagné Sedan, Sedan dont les faibles remparts semblent offrir un sûr refuge au soldat, Sedan qui depuis le premier coup de canon exerce, de même qu'un aimant, une irrésistible attraction sur des troupes lasses et découragées, Sedan où les fuyards, loin d'être à l'abri du, feu, reçoivent comme s'ils étaient sur le champ de bataille des obus de tous les points de l'horizon I
Au milieu de ce désarroi Wimpffen ne désespérait pas, ettandisque Douay et Ducrot luttaient infructueusement sur les plateaux d'IUy et de Floing, il avait pris une résolution suprême. Plutôt que de capituler dans Sedan, ne valait-il pas mieux se frayer une issue vers Garignan etMontmédy? A une heure, il envoyait ses instructions ; Lebrun se porterait derechef sur Bazeilles; Ducrot appuierait le mouvement de Lebrun et dirigerait ses efforts sur la Moncelle ; Douay ferait Tarrière-garde ; l'empereur accompagnerait l'armée. Après avoir erré tristement dans la matinée sur les hauteurs de la Moncelle, parmi les projectiles, sans trouver la mort qui eût expié ses fautes et ennobli son désastre, Napoléon avait regagné l'hôtel de la sous-préfecture. Wimpffen le pria de venir : « Que Votre Majesté vienaese mettre au milieu de ses troupes qui tiendront à honneur de lui ouvrir un passage. » Maisl'ordrequeWimpffendonnaitàses généraux, pouvait-il être exécuté ? Douay qui le reçut à deux heures objecta qu'il n'avait plus que trois brigades dépourvues
d'artillerie et de munitions. Ducrot qui le requt h trois heures, lorsqu'il descendait k Sedan, déclara que tout était perdu. Quant à l'empereur, il répondit que Wimpfien, au lieu de sacrifier plusieurs milliers d'hommes sans aucune chance de succès, devait entrer en pourparlers avec Tennemi. Il comprenait mieux que personne que Tarmée ne saurait prolonger le combat. A deux heures et demie, après avoir consulté son entourage, il fit hisser le drapeau blanc sur le donjon. Mais ce drapeau n'arrête pas les hostilités. Ducrot arrive. Napoléon lui déclare qu'il veut éviter désormais toute effusion de sang et lui dicte l'ordre de cesser le feu sur la ligne entière ; Ducrot refuse de signçr l'ordre en alléguant qu'il ne commande que le !•' corps. Le chef de l'état-major général, Paure, se récuse également. Lebrun se présente: « Selon les lois de la guerre, dit-il, il faut, pour demander un armistice, non pas arborer un drapeau blanc, mais envoyer une lettre signée par le général en chef. » Il écrit la lettre et se charge de la porter à Wimpffen.
Pendant ce temps Wimpffen, après avoir inutilement attendu la réponse de ses lieutenants et de son souverain, essayait de faire sa trouée. Il échoua. A deux heures, la division Goze, la division Grandchamp, la division Vassoigne, la brigade Âbbatucci, des bataillons de zouaves, le 47* de ligne abordaient les hauteurs qui dominent Haybes, Daigny, la Moncelle, Balan, et avançaient à travers les bois et les jardins. Mais le feu des pièces allemandes réunies en 21 batteries labourait le terrain en tous sens et conlre-battait l'artillerie française qui tirait en avant du camp retranché par-dessus
son infanterie. Écrasées par les projectiles qui les prenaient de front, d*écbarpe et de revers, menacées d'être tournées sur leur gauche, paralysées par la retraite du !•' et du 7* corps qui se précipitaient comme une avalanche du bois de la Garenne, arrêtées d'ailleurs à chaque instant par les clôtures et les parcs, les troupes se rejetèrent, les unes dans le fond de Givonne, les autres autour de Balan.
A quatre heures, près de la porte de Balan, Wimpffen reçoit la lettre de Napoléon qui l*invite à négocier. « Répondez à l'empereur, dit-il avec indignation, que je refuse.de parlementer et que je continue à combattre. » 11 tient le même langage à Lebrun. Ce général est suivi d'un sous-officier qui porte, en guise de drapeau blanc, une serviette au bout d'une lance. «Pas de capitulation, s'écrie Wimpffen, qu'on fasse disparaître ce drapeau! », et aux applaudissements des soldats, son aide-de-camp arrache le fanion. Lebrun explique qu'il s'agit d'armistice, et non de capitulation. Mais Wimpffen ne veut ni signer ni même lire la lettre que Lebrun lui remet au nom de l'empereur ; il n'a plus d'autre désir, d'autre pensée que de percer sur Carignan. « Eh bien, dit Lebrun, nous sacrifierons deux ou trois mille hommes sans résultat; mais, puisque vous le voulez, marchons!»
Wimpffen entre à Sedan et l'épée à la main, pousse jusqu'à la place Turenne, appelle à lui les troupes qui s'entassent dans la ville, les anime, les ébranle : « En avant, mes amis, en avant, à la baïonnette 1 » Son aide de camp d'Ollone crie que Bazaine arrive. Le général Faure fait abattre le drapeau blanc. Les clairons donnent le signal d'un mouvement offensif. 2000 soldats de tous
corps et de toutes armes, quelques gardes mobiles, de courageux Sedanais accompagnent Wîmpffen. On sort de Sedan, on pénètre dans Balan, on s'empare du yillage, on refoule les Bavarois sur Bazeilles Quatre généraux, Wimpffen, Lebrun, Gresley, Abbatucci entraînent Théroïque colonne. Wimpffen, hors de lui, ne cesse de répéter « en avant 1 » Mais bientôt, sous le feu de 78 pièces établies sur les hauteurs au nord-ouest de Bazeilles, cette poignée de combattants recule et se disperse. A l'extrémité de Balan, Wimpffen jette un regard en arrière ; personne ne le suit; il se résigne à rebrousser chemin. A cinq heures et demie Wimpffen rentrait à Sedan où se pressaient, s'accumulaient les fuyards, criant qu'ils étaient trahis, se bousculant et s'injuriant, piétinant sur les morts et les blessés- Fantassins, cavaliers, voitures, caissons, canons, encombraient la ville et rendaient la circulation impossible. Pour aller d'une rue dans une autre, le payeur de l'armée dut se mettre à quatre pattes et passer sous le ventre des chevaux. De toutes parts retentissait la sonnerie de cessez le feu. Le drapeau blanc Qottait de nouveau sur la citadelle. Du rempart, des: soldats agitaient leur mouchoir. Les braves qui venaientde brûler leur dernière cartoucheaux abords delaplace dans les bouquets de bois et à, l'abri des enclos, regagnaient Sedan et occupaient les chemins couverts. Devant les palissades, Prussiens, Bavarois, Saxons, sans distinction de rang et de grade, se serraient les mains avec émotion et chantaient le lied « Chère patrie, tu peux être tranquille. » Un parlementaire, le colonel Bronsart de Schellendorf, sommait l'armée française de capituler, et repartait accompagné du général Reille qui portait au
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roi Guillaume la lettre célèbre de Napoléon : « N'ayanl pas pu mourir au milieu de mes troupes, il ne me reste qu'à rendre monépée entre les mains de Votre Majesté. » Le roi répondait qu'il acceptait Tépée de Napoléon et demandait qu'un officier général muni de pleins pouvoirs vînt traiter avec Moltke.
Wimpffen avait donné sa démission. MaisDucrot,Douay, Lebrun déclarèrent qu'il exercerait jusqu'au bout le commandement qu'il avait revendiqué le matin, et l'empereur le pria de faire son devoir. Ulcéré, sentant, comme il disait, qu'il allait pour toujours briser son épée, Wimpffen se rendit à, la sous-préfecture. Une scène violente eut lieu devant Napoléon et les chefs de corps. Wimpffen, outré de colère, assura que les généraux avaient refusé de lui obéir. Ducrot, furieux, accusa Wimpffen d'avoir causé la catastrophe par une folle présomption.
A dix heures du soir, dans une maison de Donchery, Wimpffen conférait avec Moltke. En paroles brèves, précises, cassantes, le chef de l'état-major prussien exigea que l'armée française fût prisonnière de guerre. L'infortuné Wimpffen, arrivé de l'avant-veille et forcé presque aussitôt d'apposer son nom au bas d'une capitulation dont il n'était pas responsable, se récria contre de pareilles conditions. « Vous n'avez plus de munitions et de vivres, lui répliqua Moltke, et je puis brûler Sedan en quelques heures. » Six cent quatre-vingt-dix canons entouraient la ville !
Le lendemain, après une délibération du conseil de guerre qui reconnut la lutte impossible, Wimpffen signait la capitulation. Les Allemands n'avaient que 6000 hommes hors de combat. Les Français livraient, avec Sedan,
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quatre cent dix-neuf pièces de campagne et cent trenteneuf pièces de rempart; 3000 d'entre eux étaient tués et 14000 blessés; 3000 franchirent la frontière belge, 83000 restèrent parqués durant dix jours au milieu des plus grandes souffrances physiques et morales dans la presqu'île d'Iges et ne quittèrent ce « camp de la misère » que pour être menés en captivité. Napoléon avait demandé vainement que Tarmée f&t autorisée à passer sur territoire neutre. Il n'était plus qu'un prisonnier de guerre; il rendait, non Fépée de la France, mais sa propre épée, et Lorsque Bismarck lui proposait de négocier, il répondait que le gouvernement de l'impératrice régente pouvait seul faire la paix.