CHAPITRE IX
l^ig^is.
Vinoy et Dacrot. ^ Combat de Chàtillon (19 septembre). » Inyestissement de Paris.'^— La défense, ligne, mobile, garde nationale. — Trocbu. — Reprise du Moulin-Saqnet et des Hautes Bruyères (22-23 septembre). — Combat de Ghevilly (30 septembre). — Combat de Bagneux et de Chàtillon (13 octobre). — Combat de la Malmaison (21 octobre). — Combat du Bourget (30 octobre). — Journée du 31 octobre. — La mission de Thiers.
— Entrevues de Versailles et de Sèvres. — Le plan de Trochu.
— Bataille de Villiers-Cœuilly (30 novembre). — Bataille de
#Champigny (2 décembre). — Lettre de Moltke. — Conférence de Londres. — Second combat du Bourget (21 décembre). -— Bombardement de Paris. » Bataille de Montretout ou de Y Buzenval (19 janvier). — Destitution de Trochu. — Vinoy général en chef. — Capitulation de Paris et armistice (38 janvier). — > Opposition de Gambetta. — Jules Simon i Bordeaux. — La paix. -^ Fondation de Tunité germanique.
Paris était prêt à soutenir un siège lorsqae se montrèrent les vainqueurs de Sedan. Palikao avait amassé des approvisionnements considérables et rassemblé un parc de bestiaux; il avait ébauché quelques redoutes, et pour armet et garnir les forts de Tenceinte, le ministre de la marine Rigault de Genouilly avait fait venir des ports plus de 200 pi^s de gros calibre et 14.000 marins, i0.600 matelots et 3.300 soldats d'infanterie, hommes robustes^ disciplinés, dévoués à leurs chefs, étrangers aux
éoarts de la révolution, ne connaissant que le devoii rigoureux et le remplissant avec abnégation, servant dans les forts et les camps comme à bord de leurs vaisseaux. Deux corps, le 13* et le 14*, composaient Tarmée active. Le 14* qui se formait à peine, avait à sa tète le généra^ Renault. Le 13* était commandé par le général Yinoy sage, expérimenté, unissant au talent le patriotisme. Envoyé au secours de Mac-Mahon, Yinoy avait, à lar nouvelle du désastre de Sedan, opéré la plus habile retraite. Une de ses divisions, la division Blanchard, fatiguée, manquant de cartouches, ignorant où était l'adversaire, fut un instant compromise. Les mouvemei\ts décousus des Allemands qui la poursuivaient, et surtout un retard fortuit la sauvèrent. Elle partit de Mézières après l'heure fixée; mais au moment où elle passait à Saulces-aux-Bois, des habitants de Rethel purent l'avertir que les ennemis occupaient leur ville. Yinoy changea son plan, quitta le chemin de Rethel, gagna lestement Novion-Porcien, puis Ghanmont-Porcien et de là, Montcornet et Laon par un crochet sur Seraincourt.
Bientôt paraissaient les Allemands. Dès le 4 septembre, les deux armées du prince royal de Saxe et du prince royal de Prusse s'ébranlaient, la première par Laon, Soissons, Compiègne et Pontoise, la seconde par Reims, Kpernay et Cbiiteau-Thierry. Celle-là s'établissait au nord de Paris ; celle-ci traversait la Seine à Yilleneuve Saint- Georges et à Juvisy. L'une et l'autre remarquaient sur leur passage une recrudescence de haine ; les villages vides, les meules de foin brûlées, les ponts détruits, les routes dépavées, couvertes d'éclats de verre ou barrées
par dés abatis, des obstacles dressés précipitamment et sans système, tout démontrait que la guerre prenait un nouveau caractère.
Le 19 septembre, avait lieu le premier combat digne de ce nom, le combat de Ghàtillon. Un véritable homme de guerre, Ducrot, avait reçu le commandement supérieur du 13* et du 14* corps, Ducrot, qui après la capitulation de Sedan s'était évadé dans la gare de Pont-à- Mousson où personne ne se souciait de lui, Ducrot à la haute taille, à la forte carrure, au regard perçant, à la parole brève, Ducrot, emporté, fougueux, extrême dans ses affections et ses inimitiés, manquant parfois de prudence et de tact, mais vaillant, déterminé, plein d'un mépris superbe pour la populace de Paris, bravant non sans fierté les clameurs des clubs et les calomnies des journaux, faisant passionnément son métier de soldat, exhalant depuis Sadowa les patriotiques angoisses qui l'obsédaient, prévoyant la catastrophe et se raidissant contre elle de toutes ses forces pour la retarder, combattant l'Allemagne avec haine et avec rage ou, comme il disait, avec l'ardeur du vieux sang gaulois qui bouillait dans ses veines, Ducrot qui fut peut-être la plus saisissante figure du siège de Paris.
Il avait résolu de tomber sur le flanc droit des ÂllC' mands et d'assaillir les Prussiens de Kirchbach et les Bavarois de Hartmann pendant qu'ils traversaient la valiée de la Bièvre et défilaient processionnellement sur Versailles par Bicètre et Villacoublay. Il s'établit au plateau de Ghàtillon quMl voulait, malgré Trochu, conserver à tout prix. Mais iL n'avait avec lui que le 14* corps.
On ne lui confia pas le 13* : Yinoy, plus ancien de grade et mis en évidence par la retraite de Mézières, s'irritait d*être sous la dépendance de Ducrot, et Trochu n'osa réunir les deux corps d*armée.
De honteuses défaillances se produisirent. L'artillerie lutta vigoureusement tout le jour. Le 15* régiment de marche, jeté en avant au Plessis-Piquet, ne se replia qu*après une très ferme résistance. Mais aux premiers obus, les zouaves récemment formés et qui n'avaient encore des zouaves que Thabit, s'enfuirent en poussant des cris affreux et portèrent la terreur jusque dans la ville. La division Gaussade et la division d'Hugues se débandèrent. Caussade qui devait rester à Glamart, rentra de son chef àParis.LadivisionMaussionabandonnaBagneux. Désespéré, ne recevant ni munilionsni renforts, manquant d'eau, craignant d'être complètement enveloppé, Bucrot quitta le plateau de Ghâtillon. Aussitôt trochu faisait évacuer toutes les redoutes extérieures et sauter tous les ponts. Il ne gardait que le Mont-Valérien, le pont de Neuilly et le pont du chemin de fer d'Asnières.
La journée était irréparable. La confiance s'ébranla. Le peuple répéta que les troupes ne valaient rien, puisqueleszouavesavaientfuilespremiers. Les Allemands occupèrent les hauteurs de Ghâtillon, de Glamart, de Meudon qui dominent les forts du Sud. Le soir du 19 septembre, leurs armées faisaient leur jonction. L'armée du prince royal de Saxe s'installa de la Marne jusqu'à Saint-Germain et se lia par la division wurtembergeoise établie entre Seine et Marne à l'armée du prince royalqui tenait toutela région de Bougival à Ghoisy-Ie-Roi. î :S'VO^O linmmes, s'étendant suf un espace de vingt lieues,
osaient bloquer le gigantesque Paris. Mais les assié* géants se renforcèrent bientôt; ils étaient 250.000 au milieu d'octobre et, mettant à profit l'inaction des assiégés, ils se h&taient de garnir les positions essentielles, d'étager sur les coteaux des batteries qui commandaient les routes, de créneler et de barricader les villages, de les unir solidement les uns aux autres par des ouvrages de campagne, de commencer ces travaux d'investissement qu'ils devaient avec le temps améliorer et parfaire. Ils assuraient leurs subsistances par des ravitaillements réguliers, par l'emploi des vivres de conserve et notamment de la saucisse aux pois, par des réquisitions que leur nombreuse cavalerie opérait à longue distance, par des achats de la main à la main. Resserrer étroitement, hermétiquement la place, intercepter toutes ses communications, laréduire^ comme Metz, parla famine; tel était leur plan. « Eh bien, disaient les officiers prussiens dès le 24 octobre à un de nos intendants, vous ne mourez pas encore de faim à Paris? »
Les forces dont disposa Trochu, comprirent peu à peu 500.000 hommes. Mais, outre les marins des forts, le 35* et le 42% ramenés par Yinoy, étaient les seules troupes de ligne qui fussent inébranlables au feu. Aussi formèrent-ils comme le fonds de toutes les sorties, et ils donnèrent si souvent que leur effectif était à la fin du siège presque entièrement renouvelé. Le reste de l'armée de Paris n'était qu'un rassemblement confus qui n'avait que des apparences de cadres.
Les régiments de marche qui furent constitués en véritables régiments de ligne, manquaient d'esprit de corps et de solidité ; le quart, le tiers au plus étaient de bons
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soldats ; les autres n'avaient nulle habitude du service, nulle instruction militaire.
La garde mobile, forte de 90 bataillons ou de 115.000 hommes, était supérieure en nombre à la troupe de ligne qui compta, dans le cours du siège, de 75 à 80.000 hommes; mais elle lui était bien inférieure en qualité. Les mobiles de la Seine, insubordonnés, turbu* lents, pillards, se livraient aux plus grands excès. Déjà, au camp de Chàlons, ils avaient impunément prodigué de grossières insultes à Ganrobert et à Tempereur. Ils refusaient de défendre les postes qui leur semblaient trop exposés et s'avisèrent, le 20 septembre, d'évacuer de leur plein gré le Mont-Valérien. Ceux des forts de la Briche et de la Double-Couronne louaient des vêtements bourgeois à Saint-Denis et venaient passer la nuit à Paris. Une fois, en janvier, 500 désertèrent la grand'garde de la Gourneuve. Une vingtaine s'échappèrent du fort d'issy pour coopérer à l'émeute du 22 janvier. Les mobiles de la province étaient plus sérieux. Mais ils se laissèrent envahir par la nostalgie et gâter par le contact des Parisiens. Ils étaient logés chez l'habitant et abandonnés aux excitations populaires. Beaucoup traînaient sur le pavé des rues ou dans les cabarets. Près de 8.000 furent atteints de honteuses maladies. Ajoutez qu'un décret du 14 septembre, rendu par le çouvernement, malgré l'opposition de Le Flô et de Trochu, avait soumis les grades de la mobile à l'élection. Les bataillons des départements conservèrent leurs chefs. Ceux de Paris n'élurent que des hommes incapables ou intrigants qui les flattaient ou leur faisaient de belles promesses. Les choix devinrent si mauvais qu'un décret du 19 décembre,
arraché par Ducroià Trochu, restitua, mais trop lard, la nomination des officiers au pouvoir exécutif. ^
La garde nationale ne formait que Ja toile de fond. Elle comprenait d*dbord 60 bataillons animés du meilleur esprit; elle finit par compter 283 bataillons ou 344.000 hommes et ne fut plus qu'une cohue où se trouvaient des enfants et des vieillards, des vagabonds, des repris de justice. Un grand nombre de commandants, attaches au parti qui méditait d'établir la dictature de la Commune, prétendaient se soustraire à l'autorité du gouvernement. Gustave Flourens, le dieu des Bellevillois, élu par cinq bataillons qu'il voulait conduire tous à la fois, avait obtenu de Trochu le titre de major de rempart et, de son propre mouvement, faisait battre le rappel et convoquait sa milice. Le 5 octobre, à la tète de dix bataillons, il sommait Trochu et ses collègues de changer le personnel des administrations et de procéder aux élections municipales. Le 8 octobre, 4.000 gardes nationaux armés descendaient de Belleville, de Ménilmontant et de Gharonne en proclamant la Commune et bloquaient un instant les membres du gouvernement dans l'hôtel de ville. Un décret ordonna que la garde nationale s'organiserait en compagnies de mobilisés volontaires ; 6.500 se présentèrent et on n'osa publier ce chiffre dérisoire. On prit dans chaque bataillon 4 compagnies, composées des hommes de 20 à 45 ans, et on en forma des régiments deguerrequi furentenvoyésàl'extérieur etemployés dans les tranchées. Ces régiments, à quatre bataillons, chacun de cinq cents hommes, étaient <:onstituéti dès le 20 novembre. Les uns eurent bonne contenance et remplirent simplement', dignament leur devoir, parce qu'ils se com«