‹ La guerre, 1914-1915Chapitre 12 sur 87 · LE CRIME DE LOUVAIN ET LES PREMIERS ATTENTATS SUR PARIS · texte numérisé non relu

LE CRIME DE LOUVAIN ET LES PREMIERS ATTENTATS SUR PARIS

Les publications britanniques, les discours de M. Asquith, de sir Edward Grey, de lord Kitchener ont atteint leur but : aujourd'hui, l'opinion anglaise est unanime comme la nôtre. Cependant il y a quelque chose de plus éloquent encore que tous les discours, ce sont certains faits. Les journaux ont parlé des actes de barbarie commis par les soldats allemands. Eh quoi ! au xxe siècle, on tue des femmes, et des enfants I On les met de force devant les soldats pour empêcher l'ennemi de tirer ! On viole, on assassine ! Ces anachronismes révoltants troublaient les consciences, mais l'esprit, quelquefois, restait hésitant : n'y avait-il pas quelque exagération dans ces récits d'épouvante? Nous étions, nous, trop près des événements pour pouvoir douter; chaque jour des témoins authentiques venaient tout confirmer; mais ceux qui étaient loin, très loin, de l'autre côté de l'Océan, hésitaient à croire à tant d'abominations. La mort violente de Louvain les a

PARIS EN DANGER

subitement éclairés d'une lumière irrécusable et effroyable. Louvain, ville charmante, tout imprégnée d'histoire, embellie par l'art, centre d'étude, de recueillement, de méditation, un des joyaux de la Belgique, un destrésors de l'humanité, Louvain a été saccagé. Ses principaux monuments ont été détruits, la bibliothèque de son Université a été brûlée, comme autrefois celle d'Alexandrie. Lorsqu'on l'a appris, un cri de douleur et d'horreur s'est élevé dans le monde entier. Un acte pareil suffit pour déshonorer une guerre, et l'Allemagne en gardera au front une marqueineffaçahle.EIle s'en soucierait sansdoutetrès médiocrement si,toutdemême,laréprobation universelle n'était pas lourde à porter,si lourde même que, un jour ou l'autre,, on finit par fléchir sous le poids. L'Allemagne a éprouvé le besoin de s'expliquer. Un journal suisse a publié unenote dont toutes les apparences sont celles d'un communiqué et, bientôt après, M. de Bethmann-Hollweg en personne a adressé à la presse américaine un long factum qu'on peut résumer en deux mots : — Louvain a mérité son sort; comme des soldats allemands étaient réunis sur une de ses places, des coups de feu sont partis de plusieurs fenêtres, ses blessés ont été achevés sur le champ de bataille ; on conviendra que de pareils actes exigeaient une vengeance immédiate et terrible !

C'est ce dont, au contraire, personne ne conviendra dans le monde civilisé. Quand même, — ce que nous ne croyons nullement, — les faits allégués seraient vrais, serait-ce une raison suffisante pour anéantir une ville et y a-t-il proportion entre la cause et l'effet? Si on répond oui, il n'y a guère une ville que les Allemands, s'ils le veulent bien, ne seront pas en droit de détruire, car il n'y en a pas

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