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LA CHUTE D'ANVERS

de fois cependant n'avons-nous pas éprouvé le sentiment que le comte Albert de Mun,en commençant son dernier article, publié après sa mort dans l'Echo de Paris, exprimait dans ces termes : «Vrai! Il faut avoir comme moi la confiance chevillée dans l'âme pour résister au régime des communiqués. » Comme lui, nous avons la confiance chevillée dans l'âme et si fortement même que des revers provisoires ne l'en feraient pas sortir.

Rien, d'ailleurs, ne fait prévoir des accidents de ce genre. La chute d'Anvers est un grand malheur, une grande douleur; mais elle ne changera pas le dénouement de la guerre. La situation générale reste satisfaisante. Si on la compare à ce qu'elle était il y a un mois, le progrès est trop sensible pour que nous n'y trouvions pas un encouragement.il y a un mois, nos armées avaient battu en retraite depuis Monset Charleroi jusqu'à la Marne. La sécurité de Paris n'était rien moins qu'assurée. Elle était menacée par la marche rapide, audacieuse, téméraire du général von Kluck, dont le canon retentissait déjà à nos oreilles. Aujourd'hui nous sommes revenus tout près de la frontière belge, dans le voisinage de la mer du Nord. C'est le moment qu'a choisi M. le Président de la République, et il a eu raison, pour rendre à nos armées une visite qui, dit-il dans sa lettre au ministre de la Guerre, a été « profondément émouvante ». Elle lui a permis de constater chez nos soldats « les impérissables vertus militaires qui ont fait, depuis de longs siècles, la force de notre race et la gran deur de notre pays ». Il a reconnu dans ces troupes magnifiques la « synthèse vivante de l'énergie nationale ». Il a indiqué et mis en relief la qualité maîtresse à laquelle elles devront la victoire, « qui ne sera pas seulement le prix de la bravoure, mais celui

I>A GUERRE DES TRANCHÉES

de la persévérance et de la ténacité ». Ce sont là, en effet, les vertus essentielles du soldat moderne. M. Poincaré, après avoir visité le général Joffre dans son état-major, est allé voir le général French dans le sien. Le télégramme qu'il a adressé au roi d'Angleterre et celui qu'il en a reçu sont une nouvelle manifestation de la solidarité des deux armées, solidarité qui ne tient pas seulement à la communauté des intérêts: elle a une base non moins solide dans la réciprocité de l'estime et de la confiance. Anglais et Français sont vraiment frères d'armes. Ils combattent pour la même cause, celle de la civilisation et de la liberté. Nous parlons de la liberté des nations et de leur indépendance auxquelles l'Allemagne, domestiquée par la Prusse, prétend imposer le poids étouffant de son hégémonie. Quant à la civilisation, elle est sans doute mieux représentée par les descendants de ceux qui ont construit la cathédrale de Reims que par les barbares qui l'ont incendiée. La victoire allemande, si le malheur voulait qu'elle se produisît, serait un recul de l'humanité.

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