‹ La guerre, 1914-1915Chapitre 28 sur 87 · ÉCHEC DE L'OFFENSIVE ALLEMANDE SUR LES DEUX FRONTS · texte numérisé non relu

ÉCHEC DE L'OFFENSIVE ALLEMANDE SUR LES DEUX FRONTS

Les nouvelles de la guerre ne changent pas beaucoup dans l'Europe occidentale, mais elles continuent d'être rassurantes. On peut prendre presque indifféremment l'un ou l'autre des communiqués officiels qui se sont succédé deux fois par jour depuis le commencement du mois ; ils se ressemblent tous et tous entretiennent la confiance. « Au Nord, dit l'un d'eux, l'ennemi paraît avoir concentré son activité dans la région d'Ypres, sans résultat d'ailleurs, nous tenons partout. » Nous tenons partout : plus tard, nous procéderons autrement et nous frapperons à un point bien choisi des coups plus décisifs. Pour le moment, on prête au général Joffre un mot qu'il n'a peut-être pas prononcé, mais qui définit assez exactement son action ; il aurait dit: « Je suis une râpe. » Il use, en effet, peu à peu l'adversaire; il le fatigue et l'épuisé; il lui enlève chaque jour un

INTERVENTION DE LA TURQUIE

morceau de terrain. Au bout de chaque quinzaine, l'amélioration est notable.

Où en sommes-nous aujourd'hui ? Il y a quelques jours, les attaques allemandes étaient la manifestation d'un plan défini dont l'objet apparaissait distinctement. L'Empereur avait donné Calais pour but à son armée et il se proposait de l'atteindre en forçant à tout prix ou en tournant notre extrême gauche le long du rivage de la mer. Malheureusement pour elle, l'armée allemande a trouvé l'Yser sur le chemin de Calais. Tous sesefforts sont venus se briser contre la résistance que les Belges, les Anglais et nous leur avons opposée là et qu'ils n'ont pas pu vaincre. La mer s'est armée contre eux comme la terre. La flotte anglaise et les forces maritimes que nous avons conservées dans les mers du Nord ont utilement collaboré avec nos armées, auxquelles le tir de leur artillerie a apporté un concours très efficace. Les Allemands, qui avaient réussi un jour à passer l'Yser et à mettre le pied sur la rive gauche, avaient déjà perdu en partie cet avantage provisoire, ils avaient été refoulés sur la rive droite lorsque l'intervention d'un élément nouveau a achevé leur déroute. Ils ne semblaient pas s'être rappelé qu'il suffisait de faire jouer quelques écluses pour inonder le pays et le rendre intenable. C'est pourtant ce qui est arrivé* Après avoir perdu la bataille de la Marne et celle de FAisne, les Allemands ont donc perdu celle de l'Yser. Quelle que soit leur ténacité, qui est grande, ils ne paraissent pas devoir s'obstiner sur ce point davantage^ mais ils en choisiront un autre. Où auralieu la nouvelle bataille? Il est difficile de le dire. Depuis quelques jours, les Allemands frappent sur toute notre ligne de front, et sur l'Yser même, des coups qui ont en apparence un caractère un peu dé-

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