‹ La guerre, 1914-1915Chapitre 29 sur 87 · ECHEC DE L'OFFENSIVE ALLEMANDE · texte numérisé non relu

ECHEC DE L'OFFENSIVE ALLEMANDE

sordonné et semblent ne tenir à aucun plan définitivement arrêté, soit qu'ils n'en aient en effet encore arrêté aucun et qu'ils cherchent à tâtons le défaut de notre cuirasse, soit qu'en disséminant leurs coups ils veuillent nous maintenir dans l'incertitude de leurs projets véritables et nous amener à nous étendre et à nous disperser davantage. Mais, si tel est leur dessein, ils n'y réussiront pas mieux que dans ceux qui ont précédé. Nous tiendrons partout, comme dit le général Joffre. Tenir bon, c'est le seul mot d'ordre que Wellington ait donné à Waterloo: il est des cas où cela suffit.

Nous avons, d'ailleurs, pour donner une idée exacte de la situation, autre chose que les communiqués officiels bi-quotidiens qu'on a quelquefois taxés de sécheresse. Le 4 novembre, le général Joffre a adressé au grand-duc Nicolas, généralissime de Tannée russe, un télégramme qui a produit sur l'opinion un effet profond. « Nous avons reçu, dit-il, avec un vif plaisir, toutes les nouvelles delà marche triomphante des armées russes au cours de ces quinze derniers jours et de la nouvelle avance qui vient de les amener à proximité de la frontière allemande. Je tiens à adresser à Votre Altesse Impériale mes meilleures félicitations. De notre côté, nous avons arrêté les attaques furieuses allemandes, et par une action énergique et incessante nous cherchons à détruire les forces ennemies qui nous sont opposées. Notre situation est bonne, et nos efforts combinés amèneront bientôt* je l'espère, le succès final. » Il s'en est fallu de peu que ce télégramme du général Joffre ne se croisât avec celui que le grand-duc Nicolas lui adressait à son tour, et qu'il adressait aussi à lord Kitchener, pour leur annoncer la victoire que, de son côté, il venait de remporter en

INTERVENTION DE LA TURQUIE

Galicie et qui est, disait-il, incontestablement le plus grand succès russe depuis le commencement de la guerre. Et le grand-duc ajoutait : « J'ai pleine confiance dans le rapide et entier accomplissement de notre tâche commune et je suis convaincu qu'une victoire décisive sera remportée par les armées alliées.» Bientôt, dit l'un; rapidement, dit l'autre : mots précieux pour nous et qui résonnent d'une manière encourageante à nos oreilles. Dieu veuille que ces espérances soient réalisées 1 Toutefois, s'il faut que nous ayons encore de la patience, nous en aurons autant qu'il faudra jusqu'au « succès final» et à la « bataille décisive ». Le succès sera dû à la collaboration étroite, intime des armées alliées qui, aune si grande distance l'une de l'autre, travaillent à la même œuvre, chacune avec ses qualités propres, toutes deux dans un même esprit et avec un même cœur.

Avons-nous besoin de dire la joie que nous a causée la victoire du grand-duc Nicolas? C'est, en effet, une grande victoire ; elle rend l'armée russe à peu près maîtresse de la Galicie. Les premiers succès de cette armée avaient été déjà très remarquables et leur rapidité avait paru foudroyante, mais ils avaient été remportés sur l'armée autrichienne seule, et on se demandait ce qu'il en adviendrait lorsque l'armée allemande, accourue au secours de son allié, lui aurait apporté ses méthodes de combat et des forces numériques importantes. Et, en effet, l'offensive russe a été un moment arrêtée, suspendue; mais elle a repris bientôt son élan et les armées austro-allemandes ont été refoulées. La bataille d'Augustow avait déjà dégagé le territoire russe de l'invasion allemande ; la nouvelle bataille a dégagé la Galicie et ouvert la route de Cracovie. Sans doute il reste encore beaucoup à faire aussi bien d'un côté de

Page 1